L’âne médiatique et le tonfa

16 Juin

crayon-tonfaL’âne médiatique a encore frappé. En second rideau, bien sûr : le coup de pied de l’âne vient toujours après la charge du bourrin casqué, quand la victime est à terre. Faut respecter la répartition des rôles : d’abord les coups de tonfa, ensuite l’explication de texte. Une fois de plus, la violence c’est les autres . Ce n’est pas la brutalité gazières des TNRS (Tortues Ninjas Républicaines de Sécurité) contre des migrants et des militants solidaires lors de l’expulsion de la caserne de pompiers désaffectée de la rue Louis Blanc. Ce n’est pas non plus la violence des ordres d’expulsion donnés en rafales par le gouvernement, la Préfecture et la mairie de Paris pour cacher sous le tapis la misère des migrants, qui font tache dans les rues de Paris au moment où débute la saison touristique. Non, la violence, pour l’âne médiatique, elle vient toujours du mouvement social : de la banlieue , des militants, des manifestants, des lycéens, bref de tout ce qui empêche de braire en rond à l’ombre des puissants. Ici, donc, la violence c’est forcément celle des « irresponsables » qui ont cherché à détourner les Erythréens et les Soudanais de La Chapelle de leur destin naturel selon le pouvoir national-hollandiste : un éparpillement deux-trois jours dans des centre d’accueil avant un regroupement dans un centre de rétention (républicain, hein, attention). D’ordinaire, les équidés à grandes oreilles chargés d’établir la responsabilité de la violence font un vague effort pour articuler une explication. Dans le cas présent, un simple changement de légende sur une photo aura suffi. Un homme sur le trottoir, couvert de sang et visiblement amoché retient son œil sous le regard d’un CRS : c’est forcément un « policier sévèrement blessé à l’œil par une pierre », alors qu’il suffisait de vérifier l’info pour savoir qu’il s’agit d’un militant NPA adhérent de la CGT. Manipulation ? Tout de suite les grands mots ! Non, c’est juste un éblouissement face à la beauté de l’Ordre et à la justesse de son intervention. Le tonfa, ça n’aveugle pas seulement les militants…
photo 1Et d’ailleurs, s’il y avait manipulation consciente, ce serait peut-être moins grave, effectivement , les réflexes conditionnés qui poussent à reconnaître un flic en civil en chaque blessé en cas de charge policière, c’est plus inquiétant, surtout quand ce réflexe est suivi sans le moindre mouvement d’oreille par l’ensemble des confrères. L’âne médiatique, on le sait, se déplace toujours en troupeau. Dernièrement, il écrit plutôt en bleu-marine pour assurer son picotin en cas de changement de régime. C’est qu’il a l’estomac sensible… Pour la circonstance, il a enrichi sa palette d’une touche de rouge, un poil rance. L’info bidonnée a été reprise en boucle par l’ensemble des étables habituelles : Le Monde, Le Parisien, Le Figaro, Libération, France Info, L’Express, La Croix, La Montagne, Valeurs Actuelles, sans oublier la plupart des chaînes qui régurgitent de l' »info » prédigérée en continu, tous reprennent en chœur la thèse de la manipulation des migrants et de la violence de leurs défenseurs, qui devaient avoir un grand intérêt personnel dans l’affaire, bien sûr. Mais la palme revient pour l’instant – le concours reste ouvert– à l’Humanité, l’appendice bien connu du PCF qui suit d’habitude plutôt le mouvement social que le troupeau des éditocrates à gages. Mais là il fallait défendre la position municipale des « élus », alignés -constructivement- sur la position de la mairie socialiste de Paris. Alors pas de pitié : on oublie le sort des migrants et on ressuscite le communisme des cavernes pour taper à manchette rabattue sur « le NPA », les « anarchistes autonomes » (sic), qui « veulent leur ZAD » et transforment tout en « gigantesque AG estudiantine ». Beurk. Devant l’urgence de la situation, une seule solution … claquer des sabots et rentrer dans le rang ! On reprend les éléments de langage matraqués par la mairie de Paris et le service de com de la Préfecture sur le « cynisme » des hitléro-trotskistes qui n’avaient rien à faire entre les migrants et les gentils TNRS envoyés pour les prendre en charge…

évacuation PajolAu fait, qu’arrive-t-il quand le troupeau braie faux ? Quand il balance une info bidonnée ? Pas facile de rétro-braire, d’accord, et pourtant on serait en droit d’attendre un démenti, un correctif. Peut-être même une dénonciation de cette  nouvelle séquence de criminalisation massive de toute mobilisation, et de répression de toute manifestation. Nous sommes tout ouïe. Non ? Pas même un petit hi-han pour faire semblant d’être un tout petit peu désolés d’avoir brai en chœur sur les épaules des matraqueurs ? Quoi ? Salauds de pauvres ? Ah d’accord, là on comprend mieux…

âne sur les épaules

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