Séance du dimanche. Les ânes ont soif

28 Juin

500_______dessin-les-anes-ont-soif-diego6_33 Impossible d’y échapper dans ces derniers temps : entre deux sinistres nouvelles de massacres à Kobané, en Tunisie ou en France, le sujet qui inquiète le plus les politiciens et les journalistes d’accompagnement, c’est le suspense grec. Tsipras va-t-il enfin payer ? Peu de commentateurs ont de doute sur le fait que, dans cette histoire, c’est bien le FMI et les banques créancières de l’État grec qui ont raison. Le peuple grec doit payer pour ses représentants qui se sont goinfrés impunément, c’est la règle du Monopoly. Alors plus d’enfantillages : les retraités pauvres peuvent bien renoncer à une partie de leur pension, les autres peuvent bien attendre pour partir à la retraite. 67 ans… pour l’instant. De toute façon, avec la disparition progressive de l’accès aux soins et à l’éducation, l’espérance de vie va continuer à baisser, comme au Royaume Uni sous Thatcher, ce qui, soit dit en passant est une bonne nouvelle pour la dette. C’est comme ça, on n’y peut rien, c’est la réalité-telle-qu’elle-est, voilà voilà … on est bien (un peu) tristes quand on voit à la télé les souffrances du peuple, hein, on sait bien que ce n’est pas drôle tous les jours, nous aussi on a un petit cœur et d’ailleurs on y consacre un flash de temps en temps, la compassion, ça ne mange pas de pain (contrairement aux pauvres). Mais il n’y a pas d’alternative, vous le savez bien. Allez : on fera une émission de solidarité de temps en temps, pour recueillir vos dons et on continuera à aller en vacances dans les Cyclades. Le problème, c’est que cette séquence-là a un sale goût de déjà-vu : le FMI qui dicte sa loi, avec la complicité des instances politiques au service des intérêts spéculatifs transnationaux, c’est la répétition mot pour mot de ce qui s’est passé en Amérique Latine dans les années 1990-2000. En Argentine (voir une précédente séance du dimanche Mémoire d’un saccage) aussi, il fallait consentir de douloureuses mais nécessaires réformes pour que le FMI et ses complices ne laissent pas le pays s’effondrer… ce qu’ils ont quand même fait sans trop d’états d’âme en 2001 quand il n’y avait plus rien à en tirer. Le Brésil, le Mexique, la Bolivie (autre séance du dimanche : Même la pluie), l’Equateur, tous les pays latino-américains ont été mis à genoux et obligés de sacrifier ce qui restait de modèle social après les dictatures militaires des années 1980. Le seul à y avoir échappé, c’est le Chili, parce que, précisément, il avait servi de laboratoire aux recettes néolibérales sous Pinochet et que, du coup, les réformes y avaient été déjà faites au pas de l’oie. Bizarrement, on ne parle pas beaucoup de l’Amérique Latine ces derniers temps, et, surtout, on évite de comparer la situation de la Grèce, de l’Espagne ou du Portugal avec ce qui s’est passé de l’autre côté de l’Atlantique. Mais pourquoi donc, sapristi ? Ben peut-être parce que depuis, une partie importante de ces pays s’est mise en devoir de remettre les pendules à l’heure et de ne plus jouer au Monopoly, et ça, c’est pas bien. D’ailleurs l’Argentine est sommée de reprendre la partie : la Cour Suprême des Etats-Unis a donné raison à certains fonds vautours, c’est-à-dire des fonds 100 % spéculatifs et depuis ces braves gens sont autorisés à récupérer leur mise, avec les intérêts. L’Argentine risque de re-couler ? Où est le problème ? Le peuple argentin consentira de nouveaux sacrifices douloureux mais nécessaires, voilà tout. En attendant, comme l’Argentine et la Bolivie, l’Équateur a aussi décidé de se passer des « solutions » du FMI et consorts. Et non seulement ça ne va pas plus mal, mais la situation générale de la société s’est considérablement améliorée, la répartition des richesses se fait, les droits des minorités –notamment indiennes– sont globalement mieux respectés et les capitaux restent dans le pays. Rafael Correa, l’économiste hérétique qui est au pouvoir depuis 2007 pourrait donc proposer des solutions ? Non ? Pourquoi ? Parce que Tsipras doit payer et qu’il ne faudrait surtout pas donner de mauvaises idées aux autres. Et puis, bien sûr, c’est un vilain populiste, puisqu’il dit du mal du FMI. Les ânes ont soif est la première partie d’un documentaire intitulé Opération Correa, réalisé par Pierre Carles et deux membres d’Acrimed, Nina Faure et Aurore Van Opstal. Il suit le (non) traitement par la presse dominante de la visite officielle en novembre 2013 de Correa en France. Pourtant il avait des choses à dire, Correa, et en français, en plus, c’était facile. Mais non, il y a des choses qui ne sont pas bonnes à entendre, et encore moins à diffuser, comme par exemple que la politique adoptée par les gouvernements européens face à la « crise » conduit inexorablement au désastre, comme le prouve l’expérience latino-américaine, et que si, il existe des alternatives…

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Une Réponse to “Séance du dimanche. Les ânes ont soif”

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  1. Séance du dimanche. Debtocracy | quartierslibres - 19 juillet 2015

    […] pour sortir du cercle vicieux spéculatif. Une fois encore, les réalisateurs pointent vers l’Équateur et l’Argentine, qui ont attaqué le mal à la racine, en réalisant une analyse politique de ce […]

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