Le coup d’état du 14 juillet 2015

15 Juil

Ce 14 juillet 2015, 500 idiots se sont amusés à jouer à un coup d’état fomenté et mis en scène sur le Net. Cette opération de communication a été relayée par tout ce que la dissidence en carton compte dans son réseau virtuel (quenel+, le cercle des volontaires, agence info libre, égalité et réconciliation, Meta Tv…).

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En amont de ce 14 juillet 2015, des centaines de milliers de pages et de vidéos visionnées sur le net pour au final 500 tocards sur les boulevards. Dans la vie réelle cela ne fait pas un ratio très élevé entre le pouce levé sur facebook et les combattant(e)s pour tenir le pavé.
C’est à l’image de la dissidence : un monde d’idiots et de mythos.
On peut juste rire en lisant le programme de cette magnifique journée telle qu’elle devait se passer : « C’est donc par une action directe, et conjointement avec toutes les forces armées françaises, que le peuple exercera sa souveraineté le 14 juillet 2015 en écartant les politiciens et en instaurant en leurs lieu et place un Conseil National de Transition qui occupera les quatre bâtiments symboles du pouvoir : l’Élysée, l’Hôtel Matignon, le Palais du Luxembourg et le Palais Bourbon. »

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La pensée magique dans toute sa splendeur, ça crie « CRS avec nous ! » et abracadabra le régime est renversé par adhésion spontanée des forces qui protègent le pouvoir en place.
Encerclés par un cordon de Gendarmes Mobiles, les fameux corps constitués qui devaient se rallier à la juste cause patriotique, 300 des 500 azymutés ont eu droit à un contrôle d’identité.

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Pas de peloton d’exécution ni de prison pour avoir « participé a une tentative de coup d’État » ni même une garde à vue, juste un petit contrôle d’identité.
C’est dire le sérieux que l’État français accorde à la menace que représentent ces blaireaux. Il y a plus de policiers sur les côtes des migrants et leurs soutiens que dans l’encadrement d’une manif sauvage de droite même pas réprimée.

Pendant ce temps dans la vie réelle, en Grèce pour être précis, un véritable coup d’État a eu lieu. Nos marcheurs complotistes ne l’ont pas vu venir car il n’ont pas l’air de s’y intéresser.
Ce 14 juillet 2015, pendant qu’un bande d’illuminés transpire dans une randonnée pédestre au cœur de Paris diffusée en temps réel sur les réseaux sociaux par les PME de la dissidence comme une action révolutionnaire, Alexis Tsipras et le peuple grec font face à un coup d’état du patronat européen.

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Isolé sur la scène politique institutionnelle européenne mais aussi dans le cadre de la solidarité internationale des peuples, Tsipras dépose les armes mais avec honnêteté il reconnaît la chose suivante :

« Nous avons gagné un référendum mais moi j’ai signé un accord auquel je ne crois pas. J’assume la responsabilité d’un texte que j’ai signé pour éviter le désastre ».

La BCE et le patronat européen tiennent l’économie grecque et le gouvernement Tsipras entre leurs mains en refusant de lui fournir de nouvelles liquidités. C’est un fait que nul économiste ne conteste. Incapables d’envisager une rupture définitive avec le modèle capitaliste, Tsipras et son gouvernement doivent dès lors subir le diktat des capitalistes européens.

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Comme pour Yasser Arafat qui avait négocié les accords d’Oslo en position de faiblesse face à l’État hébreux, le choix de Tsipras de négocier un accord dans une même position de faiblesse est terrible pour la population grecque. Il enfonce encore plus les Grecs dans l’abîme libéral en asphyxiant économiquement le pays.
Les accords d’Oslo ont marqué le début de la fin de l’OLP comme force révolutionnaire et entrainé une recomposition des forces politiques palestiniennes autour du front de refus.
Il en sera probablement de même pour Syriza avec cet accord, puisque ce sont les mêmes recettes libérales qui sont à nouveau servies au peuple grec.
Le désastre auquel Tsipras se soumet à un nom : c’est le capitalisme. Ce dogme politique, tout le monde en Europe à la droite de Syriza y adhère, y compris le FN – présenté par les médias dominants comme une force de rupture – qui appelle les Grecs à payer la dette.
Concrètement, l’accord du 14 juillet permet aux capitalistes européens de saigner la Grèce comme ils ont saigné la RDA il y a 27 ans. Pour cela ils vont utiliser un fond de privatisation qui devait avoir son siège au Luxembourg, mais, sans ironie, « grâce à Tsipras », il siègera en Grèce.
Le patriotisme grec est sauf : le pays sera saigné à partir d’Athènes.

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Ce fond de privatisation n’est rien d’autre qu’une société fiduciaire comme celle utilisée pour la privatisation d’entreprises publiques de la République Démocratique Allemande après la réunification allemande.
En Allemagne réunifiée, lorsque ce fond de privatisation la Treuhand a pris fin, seuls 1,5 millions d’Allemands de l’Est avaient encore un travail et les caisses de l’État avaient 120 milliards de dettes, alors qu’on attendait 300 milliards de recettes.
Par contre les capitaines d’industrie rhénans se sont goinfrés en bradant pièce par pièce l’appareil productif de la RDA.
Les capitalistes allemands ont pressuré sans aucune pitié leur « frères » de l’Est.
On ne peut qu’imaginer l’absence de retenue qu’ils vont mettre à piller le peuple grec.
Le discours nationaliste qui valorise le terroir et la culture ou la race n’a qu’un rôle de diversion. Il sert juste aux riches locaux à s’en sortir sur le dos de « leurs pauvres ». Le nationalisme n’est pas un barrage au pillage. Sankara et Allende n’étaient pas des « nationalistes », ils ont été assassinés par des nationalistes en raison de leur refus de se soumettre à des forces impérialistes extérieures.

Le front du refus commence à s’organiser en Grèce. La position de Tsipras ne fait pas l’unanimité dans la gauche révolutionnaire grecque. En témoigne, parmi d’autres, la réaction de la section française de Syriza :

« Placés sur ce carrefour critique, celui où se trouve le gouvernement qui a été élu pour réaliser les espoirs et les revendications du peuple grec, mais aussi de toute la Gauche européenne, nous devons clamer haut et fort NON ! PAS UN SEUL PAS EN ARRIERE ! Il faut d’ores et déjà changer vraiment de stratégie. Ceci signifie : Aucune concession aux exigences des « partenaires » sur le droit du travail, la protection sociale, les privatisations, la fiscalité. Application immédiate de l’ensemble du programme de Thessalonique, qui est notre contrat avec le peuple grec et la substance des déclarations de programme du gouvernement. Réalisation immédiate des déclarations de programme, votées majoritairement par le Parlement après la constitution du gouvernement. Que le message clair du peuple grec, qui a catégoriquement rejeté au référendum récent toute forme de mémorandum, ne soit pas mésinterprété. »

La bataille n’est donc pas finie en Grèce avec la défaite de Tsipras face à l’euro-groupe. Les révolutionnaires grecs vont une fois encore être en première ligne pour protéger les personnes qui vivent sur le territoire grec.
Loin des complots en carton, des coups d’État sur le net et autres incantations appelant la police et l’armée à devenir des forces révolutionnaires, la situation en Grèce est la démonstration qu’aucune classe sociale dans l’histoire de l’humanité n’a renoncé a ses privilèges de son plein gré.

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Les classes dominantes européennes sont prêtes à tout pour protéger leurs marges et garantir leurs revenus. Y compris à bafouer l’expression démocratique d’un peuple régulièrement présenté comme berceau de la culture et de la « civilisation » européenne.
Cette loi du plus fort que trop d’Européens acceptent quand elle s’impose au reste du monde et particulièrement à l’Afrique porte un nom : c’est l’impérialisme.
Le peuple grec subit de plein fouet aujourd’hui l’impérialisme français et allemand, chacun jouant un rôle comme le bon flic et le méchant poulet.
Hollande dans le rôle du gentil et Merkel dans celui du méchant.
Cette répartition des rôles entre la France et l’Allemagne a permis de faire plier Tsipras et de soumettre son gouvernement aux injonctions du capitalisme européen. On rappelle au passage aux esprits pollués par les délires antijuifs dissidents que le capitalisme européen est majoritairement « blanc » et « chrétien ».
Pour cette élite économique, ça baigne : ils n’ont jamais autant engrangé de bénéfices.

Le 14 juillet 2015, il y a bien eu un coup d’État. Il n’est pas le fait des imbéciles des petits actionnaires de la dissidence en carton qui imagine une alliance avec les forces répressives de l’état bourgeois français. Il a eu lieu en Grèce où les impérialismes français et allemand viennent de faire tomber le seul gouvernement qui tentait de leur tenir tête.

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Ce gouvernement, malgré cette défaite, a fait avancer plus de choses en 6 mois de lutte contre l’UE que les saillies verbales des nationalistes européens. Les Nationalistes et conservateurs aboient contre l’Europe mais gouvernent comme en Hongrie sans jamais être soumis à des pressions comme l’a été le gouvernement de Siriza.
Les révélations de Yanis Varoufakis, ancien ministre de Syriza, sur le fonctionnement de l’eurogroupe et sur la violence des échanges avec les représentants grecs sont là pour montrer que le seul et véritable ennemi  du capitalisme européens c’est la gauche radicale.
Quand les lignes stratégiques se brouillent ou s’effacent, il faut revenir à l’essentiel : Socialisme ou barbarie. Les révolutionnaires grecs le savent : « Le doute porte sur la possibilité d’y parvenir, non sur la nécessité de le tenter. »

«  Bien sûr, nous avons eu davantage de soirées défaites que de matins triomphants… Et, à force de patience, nous avons gagné le droit précieux de recommencer. »

Une tentative, un échec, jusqu’à la victoire finale.

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7 Réponses to “Le coup d’état du 14 juillet 2015”

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  1. 15 July, 2015 13:50 | Boycott - 15 juillet 2015

    […] Le coup d’état du 14 juillet 2015 https://quartierslibres.wordpress.com/2015/07/15/le-coup-detat-du-14-juillet-2015/ […]

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    […] amis. Il n’y a que les idiots de la dissidence pour penser que les « corps constitués » peuvent être des alliés. Le mois de Ramadan est souvent un mois conflictuel avec la police française. Ce n’est pas que […]

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