96 degrees in the shade : un été chaud pour les nôtres

16 Juil

En ce début d’été, on cumule la chaleur et le mois de Ramadan, le tout sur fond de restriction budgétaire dans nos communes.
On cumule. Parce que si on aime bien le soleil, nos magnifiques grands ensembles, cités HLM et autres blocs urbains ne sont pas super bien conçus pour un climat chaud. La concentration urbaine organisée de la misère rend nos quartiers plus étouffants quand le mercure grimpe au dessus de 30°c.
De quoi rendre le climat un brin tendu et de jeter tout le monde dehors, sur la dalle ou dans les rues. Quand on est entre nous ça va, il y a quelques frictions mais tout reste de l’ordre de l’embrouille entre voisins.
Mais comme on vit dehors, sur la voie publique, on est obligés de compter avec les forces de l’ordre qui viennent s’immiscer dans notre quotidien. Ce n’est pas toujours facile, d’autant qu’en fonction de l’histoire du quartier la présence de la police prend souvent des allures de force d’occupation.
C’est durant le mois de Ramadan que les passages à l’acte d’agressions racistes et sécuritaires sont les plus nombreux.
Le mois de Ramadan qui est un moment joyeux dans le quartier titille les haines d’une partie de la population hostile aux habitants des quartiers populaires qu’ils imaginent être une 5ème colonne dans la société française.
Là où tout se complique pour nous qui vivons dans ces quartiers, que nous soyons musulmans ou non, c’est que bon nombre de ces gens nourrissant une animosité à notre encontre bossent dans la police ou la gendarmerie

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Par expérience nous savons que les policiers sont rarement nos amis. Il n’y a que les idiots de la dissidence pour penser que les « corps constitués » peuvent être des alliés.
Le mois de Ramadan est souvent un mois conflictuel avec la police française. Ce n’est pas que les autres ne le sont pas, c’est que celui-là est particulièrement dangereux pour qui croise la police en patrouille au quartier. La liste est longue de ceux de nos quartiers qui sont décédés lors de confrontations avec la police ou des justiciers durant le Ramadan. Il suffit de se rappeler Zyed Benna et Bouna Traore.
Cette année on cumule : chaleur, Ramadan, période de vacances et crise économique en guise de cerise sur le gâteau.
Si on n’est pas encore en Grèce, nos quartiers populaires subissent eux aussi de plein fouet la politique d’austérité. Comme on n’y vote pas ou peu, les élus ne prennent pas la peine de faire des efforts pour nos gosses. La réforme des rythmes scolaire a donné l’opportunité de restructurer les services jeunesse de nombreuses municipalités. Les économies se font sur les sorties, l’animation et l’encadrement des jeunes. Malgré le travail des associations comme le Secours Populaire ou l’engagement de petites associations de quartiers voire de certaines figures de quartier pour permettre le départ en vacances des petits ou l’animation, beaucoup de nos mômes trainent au quartier et s’ennuient. Les économies de bouts de chandelle pour équilibrer les comptes de municipalités obsédées par l’immobilier (l’urbanisme, pour être poli) font qu’elles oublient trop facilement que nous existons. Tout ça va coûter plus cher dans la partie du bilan comptable humain et nous rappeler qu’on est bien peu de chose.
Rien n’arrive jamais totalement par hasard, le contexte social précède toujours la conscience et l’action.
Si la tension est palpable au quartier pour toutes ces causes, il faut un détonateur pour que « ça vrille». Rien de tel que de la poudre et une étincelle. Ça tombe bien, c’est le 14 juillet: le quartier regorge de pétards.
En ce jour de fête nationale, trois jeunes hommes ont été lourdement blessés après avoir croisé les forces de l’ordre. Ça n’est pas le fruit du hasard. Pas de complot non plus, juste une addition de malheurs qui font qu’une personne qui passe au mauvais endroit au mauvais moment voit sa vie et celle de ses proches basculer dans un cauchemar.
C’est arrivé aux Mureaux, à Argenteuil et aux Ulis.
Dans ces trois villes, ce sont des jeunes gens qui ont été la cible de tirs de flashball.

flashball_ulis
Dans les trois cas, la configuration est la même : ils ont été pris pour cible par les forces de l’ordre après la prière du soir alors qu’ils rentraient chez eux ou faisaient un tour dans le quartier pour saluer des amis.

Blessure_les_Mureaux
Ils n’étaient pas impliqués dans d’éventuelles échauffourées : comme souvent au quartier, quand il y a de l’agitation et que tu ne cours pas, tu deviens une cible. C’est toujours plus facile pour les flics de savater les innocents qui ne s’enfuient pas que de prendre le risque de se retrouver en face à face avec des mecs chauds comme la braise.
Pour les flics l’équation est simple : si ce n’est toi, c’est donc ton frère, et comme pour la police on a presque tous la même gueule, un tir qui touche c’est fatalement un coupable qui est puni.
Pour ces trois familles, comme malheureusement pour celles qui les ont précédées sur ce chemin des violences policières, il va falloir se battre pour obtenir justice et vérité. La machine policière, elle, tourne déjà à plein régime avec ses mensonges et ses insinuations balancées dans la presse et sur les réseaux sociaux pour salir les victimes.
On n’est qu’au début de l’été, il fait chaud, la France a de la fièvre. Elle est malade du racisme et de la misère sociale.

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