Séance du dimanche. Debtocracy

19 Juil

Debtocracy_poster Le 14 juillet 2015, ce n’est pas à un démontage de prison qu’on a eu à faire, mais à la mise sous séquestre de tout un peuple. Les dirigeants de l’Eurogroupe, agissant comme chargés d’affaires des intérêts financiers qui détiennent les créances de l’État grec ont purement et simplement décidé de prendre le contrôle de la vie des Grecs. La démocratie ? Quelle démocratie ? Au cas où quelqu’un aurait encore un doute sur la question, l’Union –Bancaire– Européenne vient de tomber définitivement le masque. On oublie les discours lénifiants sur la construction européenne comme remède aux nationalismes et à la guerre. Il y a longtemps que les « extra-communautaires » le savent : l’UE, c’est une forteresse où les pauvres de l’extérieur ne sont pas les bienvenus, où ceux qui ont réussi à passer la porte sans se noyer sont traités comme des animaux, et gare à ceux qui voudraient s’y opposer. Les pauvres de l’intérieur le savent désormais : l’Union Européenne c’est la guerre économique, c’est une machine de guerre destinée à saigner les peuples pour le compte des organismes spéculatifs. L’exemple de la Grèce le montre clairement : s’il faut se passer des apparences de la démocratie, ce n’est pas un problème. S’il faut prendre prétexte de la position du gouvernement finlandais –préoccupé par une défection du parti des Vrais Finlandais, qui n’ont de « vrai » que leur ancrage à l’extrême droite– pour écraser le gouvernement démocratique d’Athènes, aucun problème. Le service après-vente médiatique est là pour faire de la « pédagogie » auprès des futures victimes et expliquer qu’il faut que les Grecs « arrêtent de danser le sirtaki » et payent « leurs » dettes. Toujours plus de « crise » pour toujours plus de « dette » pour un départ à la retraite de plus en plus tardif et dans des conditions de plus en plus précaires. Un droit du travail de plus en plus adapté aux circonstances (c’est-à-dire massacré), un dynamitage minutieux de tout ce qui ressemble de près ou de loin à des services publics –éducation, santé, transports– au profit de compagnies privées. Le paradis macroniste est à l’horizon, et on nous annonce qu’il est là pour durer. Tout le monde se réjouit de voir la Grèce rester dans « l’Europe » : les socialistes et les Verts ont même voté pour le plan qui va saigner les classes populaires grecques, le PCF, après avoir dit qu’il voterait pour, a fini par se diviser entre vote contre et abstention, le tout après pas mal de tergiversations… Un plan de casse sociale que même Thatcher n’aurait pas osé imaginer. Ça n’étonnera ni les Portugais, ni les Espagnols, ni les Italiens, qui sont dans la même situation, à peu de chose près. Les prochaines victimes se trouvent en France, en Allemagne, en Belgique, au Danemark, etc. vieil homme banque En écrasant les classes populaires enfermées dans des frontières qui ne servent qu’à faire appliquer ces mesures ultra-libérales, les créanciers, leurs petits commis politiques et les responsables médiatiques du service après-vente contractent une dette de sang. Ce genre de dette aussi se paye un jour. Cash et avec les intérêts. Debtocracy, sorti en 2011, est le premier documentaire des réalisateurs de Catastroika, Katerina Kitidi, Aris Chatzistefanou. Il analyse la crise dans laquelle la dette a plongé la société grecque en 2010 et cherche des exemples de cas où d’autres pays ont pu imaginer –même dans un cadre social-démocrate– des solutions pour sortir du cercle vicieux spéculatif. Une fois encore, les réalisateurs pointent vers l’Équateur et l’Argentine, qui ont attaqué le mal à la racine, en réalisant une analyse politique de ce qu’est la dette et en refusant d’en rembourser une grande partie. Le gros avantage de ce genre d’analyse, c’est qu’elles montrent que ce qu’on nous raconte en permanence est faux : le capitalisme n’est pas une fatalité, ce n’est pas une catastrophe naturelle, c’est un choix politique, et derrière les choix politiques, il y a toujours des intérêts et des personnes chargées de les défendre.

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Une Réponse to “Séance du dimanche. Debtocracy”

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  1. 19 July, 2015 12:53 | Raimanet - 19 juillet 2015

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