Thomas Sankara : « la dette est un néo-colonialisme »

20 Juil


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Discours de Thomas Sankara sur la dette (29 Juillet 87) – Français sous-titré en anglais

A l’heure de la mise sous tutelle de l’économie grecque, il faut prendre le temps d’écouter le discours de Thomas Sankara, le révolutionnaire anti-impérialiste Burkinabé en juillet 1987. Dans une tribune adressée à l’Organisation de l’Union Africaine, il explique le poids de la dette sur les pays africains et la façon dont elle permet aux pays occidentaux d’exercer une pression sur les pays en voie de développement. La dette devient un moyen d’assujettir et de garder sous contrôle un pays tiers. Elle devient le moyen d’exiger, en échange de nouveaux délais de remboursement, des réformes insoutenables, la vente de bien appartemant à l’Etat, des partenariats commerciaux biaisés, une baisse des droits de douane, la libéralisation de l’économie. Thomas Sankara, n’est pas un prophète, mais c’est un homme lucide, en juillet 1987 il affirme déjà que la dette est un « néo-colonialisme », il s’adresse aux autres représentants des pays africains en leur disant que s’il est le seul à s’opposer au règlement de la dette, demain il sera mort…. Les faits lui donnent malheureusement raison, il sera assassiné lors du coup d’état de Blaise Compaoré le 17 octobre 1987 avec la complicité de la France. Ainsi en va-t-il de ceux qui s’opposent aux intérêts économiques des grandes puissances capitalistes, privées ou publiques. Les systèmes d’oppression évoluent, ce qu’il n’est plus possible d’imposer par la force, le sera par l’économie. Et si la pression économique échoue, il restera toujours la force.

Le capitalisme ne vit que parce qu’il conquiert de nouveaux marchés. Toutes proportions gardées, l’Europe incapable aujourd’hui de s’ouvrir de nouvelles perspectives économiques, tétanisée par l’essor des BRICS et la puissance des Etat-Unis pratique une nouvelle forme de colonialisme, assignant la place de bons et mauvais citoyens, au sein même de ses frontières. La Grèce fait partie des citoyens de seconde zone. Il est urgent de relire Sankara pour saisir ce qu’il se joue en Grèce. La dette est un outil de domination économique. Le livre du sociologue américain David Graeber « Dette 5000 ans d’histoire » paru en 2013 situe le principe de la dette au coeur de l’économie capitaliste et de la domination économique.

Le phénomène de la dette, le fascisme, le colonialisme, le racisme ne sont que des formes de la domination capitaliste, il faut rappeler ce qu’ils sont : des formes d’oppression qui servent à assurer la continuité d’une domination économique.

Le premier ministre grec Alexis Tsypras pour habile tacticien qu’il soit, témoigne de l’impossibilité d’un changement issu des élites politiques, fussent-elles issues d’un parti de gauche. Pas de perspective de changement s’il manque le soutien et la force de volonté des classes populaires, des travailleurs et des chomeurs. Ce n’est dans une réunion de l’eurogroupe que pourront avancer les conditions sociales du peuple grec.

La dette est un nécocolonialisme elle est utilisée pour menacer et faire taire les peuples, exiger d’eux des réformes antisociales et étouffer leur possibilités de révolte.

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3 Réponses to “Thomas Sankara : « la dette est un néo-colonialisme »”

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  1. 20 July, 2015 11:27 | Boycott - 20 juillet 2015

    […] Thomas Sankara : « la dette est un néo-colonialisme » https://quartierslibres.wordpress.com/2015/07/20/thomas-sankara-la-dette-est-un-neo-colonialisme/ […]

  2. Les limites de l’antisystème viennent d’être atteintes | quartierslibres - 4 août 2015

    […] « rembourser » la dette. Un nationalisme de riche impérialiste, bien loin du combat mené par Thomas Sankara. Dans la mondialisation capitaliste, tous les nationalismes n’ont pas la même valeur et ne sont […]

  3. La séance du dimanche : Le capitalisme | Quartiers libres - 6 décembre 2015

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