Les traditionnels supplétifs de l’Etat

27 Juil

Depuis la chute de l’aristocratie, les droites radicales n’ont de cesse de vouloir se faire passer pour des forces révolutionnaires alors qu’elles ne rêvent que d’une chose : un ordre hiérarchisé, fondé sur des critères de classes voire de races et organisé autour d’un grand chef. Avec un tel programme, on est loin d’un « ordre nouveau ».
Une partie des militants des droites radicales veut réhabiliter l’aristocratie traditionnelle. C’est le cas de Marion Sigaut, un des produits phare d’E&R, restée fidèle à Soral (le fait qu’il soit son éditeur lui permet de supporter les insultes). Le reste fait des discours sur la mise en place d’une nouvelle élite, soit l’arrivée au pouvoir d’une nouvelle aristocratie qui aurait gagné ses titres de noblesse au travers des combats de races et de classes que promeuvent les droites radicales.

soral_sigaut_nantes

Dans le cas français, ils égrènent leur chapelet de fiel depuis plus de deux siècles, de Boulanger à la famille Le Pen en passant par Pétain et Poujade. Leur discours rageur et simpliste (c’est la faute des juifs, des immigrés, des musulmans, etc.) stigmatise les dérives du pouvoir en place et capte l’attention des personnes excédées par les injustices, à plus forte raison dans des circonstances de crise politique et économique.
Nous sommes aujourd’hui dans une configuration propice à ce type de discours, face à une « république » incapable d’apporter des réponses aux questions de race et de classe, c’est-à-dire d’appliquer une justice économique et sociale.

Le premier cercle des militants des droites radicales, leurs luttes et leurs revendications sont toujours l’expression de la crispation d’une partie de la population qui s’estime au-dessus de ses semblables et qui se bat pour conserver ses petits privilèges. Seules les crises économiques et politiques peuvent leur permettre de rassembler au-delà.
Pour cela, elles utilisent toujours le même baratin vertueux, chevaleresque et rebelle plus ou moins bien mis en scène qui fustige l’ordre établi.

Il est parfois très long et difficile de comprendre comment les idéologues, théoriciens, polémistes et clowns attachés à l’extrême droite raisonnent et mettent en place leur pensée.
Pour déconstruire ces postures de rebelles, il suffit néanmoins de considérer les faits.

soral_adinolfi_mars2013

En France, un type comme Soral bombarde tout un tas de mensonges à l’aide de son agence d’ingénierie politique. Ce faisant, il assure depuis 10 ans un boulot de communication pour le Front National.
Parmi les mensonges ventilés, il y a celui selon lequel l’extrême gauche et les militants de quartiers seraient à la solde de l’Etat, tandis que les nationalistes seraient des modèles d’indépendance.
Regardons simplement les faits :
Soral est un ami et admirateur du mouvement italien Casapound, référence de l’extrême droite européenne actuelle. Il a déclaré à plusieurs reprises que, s’il était italien, il militerait dans les rangs de Casapound.
Il donne des conférences avec Gabriele Adinolfi, militant d’extrême droite impliqué dans des attentats durant les « années de plomb ».
Il existe ainsi une filiation idéologique entre Soral et ces extrémistes de droite italiens.
La réalité est sous nos yeux : Soral et beaucoup de droitards français travaillent avec des militants italiens qui sont racistes, liés au crime organisé et au terrorisme. Ceci peut déjà donner à réfléchir sur la « morale » de ces défenseurs du « front de la foi » et autres paladins tricolores au discours vertueux.
Il y a de surcroît une autre réalité, encore moins glorieuse pour les amis italiens de la dissidence française : les fascistes italiens sont des auxiliaires avérés des services secrets italiens et de la police transalpine en générale.

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Le mensonge prend l’ascenseur ; la vérité prend l’escalier. Elle met donc plus de temps pour arriver. En Italie, elle a mis 41 ans pour expliquer comment les fascistes d’Ordre Nouveau et les services secrets italiens ont tué avec des explosifs 8 personnes qui manifestaient contre l’extrême droite à Brescia.
Les militants italiens des droites radicales de cette époque ont été le fer de lance de la lutte contre le communisme. Ils ont bossé avec les services de police italiens et même avec les services secrets américains.
En l’occurrence, « bosser », ça veut dire tuer des gens en posant des bombes afin de créer un climat de terreur et favoriser la répression ou faire accuser l’extrême gauche. Un chouette boulot.

Les dossiers déclassifiés prouvent aujourd’hui que tout ce qui avait été dit à l’époque par les militants de gauche était vrai. La génération militante de Gabriele Adinolfi a contribué à assassiner des gens pour renforcer le pouvoir bourgeois et impérialiste en place. Il faut ensuite un sacré culot et être bon comédien pour parler de la lutte contre l’impérialisme américain quand on a semé la mort pour préserver ses intérêts.

Aujourd’hui, Casapound évolue dans un contexte moins tendu. Pas besoin de leur demander de poser des bombes. Le quotidien de leur violence, c’est toujours celle exercée à l’encontre des militants de gauche et des immigrés, mais aussi les règlements de comptes internes pour des histoires d’argent sale.
Regardons les faits : en ce mois de juillet, il n’y a pas qu’à Paris que des migrants tentent de régulariser leur situation. A Rome, c’est aussi le cas.
Des migrants ont été accueillis provisoirement par les autorités municipales dans un quartier très résidentiel. Rien d’illégal dans leur présence. Cependant, la population locale a vécu le partage de leur beau quartier avec des gueux du tiers-monde comme une violence inouïe.

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Casapound a alors volé au secours des riches du quartier pour déloger les migrants en faisant le coup de poing.
Un peu comme une sorte de BAC bénévole, une milice d’italiens « pure race » prête à défendre les quartiers riches où habitent une grande partie de ses militants.
En définitive, on a assisté à un face à face qui a tourné à l’arrangement à l’amiable entre les forces de police et les « fascistes du troisième millénaire ». Il faut dire que le responsable de la police en question, un des gradés qui s’est illustré lors du G8 de Gênes, est d’autant plus sensible à la cause de Casapound que son fils en a été membre jusqu’en 2013.

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Bien que rebelle dans le discours, l’extrême droite est toujours intimement liée à la police et à l’armée qui sont – faut-il le rappeler – les défenseurs de l’ordre économique et social dominant. L’extrême droite est structurellement attachée à la préservation des privilèges des pouvoirs en place. Ce sont souvent juste des moins bien classés qui voudraient gratter un peu en pressurant des pauvres. Comme rebelle, on peut trouver mieux…

Il suffit de regarder le nombre de mercenaires qui y grouillent. Quant aux indics, il n’y a pas besoin de voyager dans les années 70 à Brescia pour trouver des militants d’extrême droite mouchards des forces de l’ordre. Il suffit de considérer le cas de Claude Hermant, impliqué dans les ventes d’armes qui ont servi à alimenter le choc des civilisations de janvier dernier.
Et que dire de leur réaction quand la police tue ou mutile quelqu’un : ils ne se mobilisent jamais et prennent toujours la défense des policiers. Les flics, juges et militaires sont les chiens du garde du capital et l’extrême droite leur apporte toujours son soutien.

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Dans leur monde de mythos, tous clament que les militants de la gauche radicale sont couverts par la police alors qu’eux sont des rebelles qui se battent contre le monde moderne, pour un ordre nouveau, et d’autres slogans creux.
Dans les faits, ils collaborent avec la police et les forces armées sur et hors du territoire, quand ils n’en sont pas des agents directs. Les menteurs les plus audacieux d’entre eux ont réussi à faire croire à des idiots que les « corps constitués » pourraient aider à changer la société en prenant le pouvoir par la force. En réalité, quand les flics et l’armée prennent le pouvoir pour instaurer un pouvoir autoritaire, ce n’est pas une révolution mais un coup d’Etat et les premiers à prendre cher sont généralement les quartiers populaires.

Quand les services secrets et l’extrême droite travaillent main dans la main dans un pays voisin, ça saute aux yeux. Mais quand ça se passe dans son pays, on manque parfois de recul, ou on s’est trop habitué à croire qu’un raciste pouvait devenir un allié voire un ami pour peu qu’on crache avec lui sur d’autres minorités.

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