Archive | août, 2015

Black Mirror 21 : Biggie & Tupac #2 « Who shot ya ? »

31 Août

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Suite et fin de la légende Biggie et Tupac, figures incontournables et maudites du Rap US des années 90. On reprend à l’entrée de 2PAC en prison, pour une sombre affaire de mœurs. Le jury n’a pas retenu l’accusation de viol, mais il est quand même incarcéré. Quelques jours auparavant, il a failli mourir dans une embuscade dont il tiendra toujours responsable l’équipe de Biggie, qui fut pourtant son pote à leurs débuts. Au placard, il entend des rumeurs et reçoit des courriers qui alimentent sa paranoïa. Issu d’une famille de Panthères, il aurait dû se rappeler comment s’y était pris le pouvoir pour abattre le mouvement, répandant des bruits de trahison sur chaque côtes pour que s’entre-tuent les leaders. Il lit, beaucoup, ne parvient plus à écrire une ligne, son imagination elle-même est emprisonnée. Et puis il signe un pacte avec le diable. Suge Knight, patron sulfureux du premier label de rap réellement tenu par des gangsters, Death Raw (« Couloir de la mort »), lui propose de payer sa caution en échange de trois albums. Lire la suite

Séance du dimanche. Charlie Bauer marathonien de l’espoir

30 Août

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Un documentaire de Martin Monge, sorti en 2006 sur Charlie Bauer, parti poursuivre son œuvre d’insoumission et de révolte dans un autre monde en août 2011. Charlie n’a évidemment rien à voir avec Alain Bauer, le dealer de sécurité bien connu, élevé au grain rocardien –la deuxième droite– comme Valls lui-même. Charlie Bauer, c’est précisément l’inverse de la trahison à répétition des partis de gouvernement. Fils de résistants juifs communistes de l’Estaque, à Marseille, en rupture totale avec le PCF qui votait les crédits militaires pour la Guerre d’Algérie, il aura été de tous les combats. Anticolonialiste, il soutient activement le FLN. Antifasciste il collabore un temps avec Pierre Goldman. Insoumis et réfractaire il pousse l’illégalisme jusqu’à mener une série d’actions avec Jacques Mesrine, dont il infléchit le discours dans un sens plus nettement révolutionnaire. Braquages, « reprise individuelle », redistribution sauvage au quartier. 25 ans de tôle, dont 9 à l’isolement, c’est autant d’années consacrée à l’analyse du rôle social des prisons -la préservation les intérêts de classe de ceux qui dirigent l’État et la répression pure de l’individu-, et une lutte acharnée contre les QHS et l’impunité des tortionnaires de l’enfermement. C’est aussi l’occasion (forcée) pour lui de déposer la quincaillerie et faire une pause dans la guerre sociale ouverte pour affûter des armes théoriques destinées à réarmer les classes populaires. Une licence en socio et une thèse en anthropologie sociale plus tard, et enfin sorti de zonzon, il n’a jamais renoncé : le meilleur du communisme libertaire, dégagé de tout carcan bureaucratique. À lire, parmi ses bouquins, Fragments d’une vie, une autobiographie à la nitroglycérine, et Le redresseur de clous, qui témoigne qu’il n’a jamais cessé de tenir la ligne.

Black Mirror 20 : Biggie et Tupac #1

29 Août

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Pour finir cette sélection de Black Mirror, on raconte l’histoire croisée de deux monstres sacrés du rap US des années 1990. Deux gamins que tout oppose, mais qui ont commencé par être potes et partager des scènes avant d’incarner la guerre fratricide qui a opposé les côtes Est et Ouest et s’est achevée dans un bain de sang. Les deux ont été assassinés à six mois d’écart, en 1996 et 1997, sans que personne ne soit jamais inculpé pour ces meurtres.

 

Deux potos qui freestylent autour d’une table, avant de se déchirer pour des intérêts qui ne sont pas les leurs

 

Depuis, les spéculations et autres théories du complot vont bon train : règlements de compte entre les patrons de leurs labels respectifs Bad Boy et Death Row ? Dommage collatéral de la guerre des gangs qui oppose les Bloods et les Crips ? Manipulation de Suge Knight, terrifiant patron de Death Row, pour se débarrasser de son poulain Tupac qui voulait le quitter et réclamait les millions qu’il lui devait ? Complot du F.B.I pour affaiblir un mouvement Hip-hop en plein essor, perçu comme un danger par le pouvoir ? Mystification (Tupac, en réalité, serait planqué à Cuba avec sa tante Assata, Black Panther réfugiée) ? On ne répondra pas à ces questions. Mais on tâchera de retracer le parcours fulgurant et foudroyé de ces immenses rappeurs, dont la musique et la légende ont marqué durablement le mouvement, et ont résumé à eux-seuls le pire et le meilleur de ce que peut nous offrir le rap.

Première partie aujourd’hui : les origines, les premières années, la filiation, les collaborations, l’explosion. Où l’on voit Tupac grandir dans un environnement ultra-politisé, entouré d’anciennes Panthères, élevé par une mère seule qui se noie dans son addiction à la drogue, triste sort de nombre de militants et militantes du Black Power décimé par le pouvoir. Il se passionne pour le théâtre, la littérature, puis le rap, et son charisme légendaire lui fait vite rencontrer le succès, d’abord avec Digital Underground, puis en solo. Sa musique est alors engagée socialement, ancrée dans la réalité des rues californiennes, féministe même parfois.

 

Les débuts de Tupac en solo, la conscience encore bien aiguisée

 

 

Il rencontre Biggie en 1993, un gamin obèse surprotégé par une autre mère célibataire, qui après avoir fait un peu de placard pour deal se consacre entièrement au rap et devient vite une star de son coin de rue.

 

Les débuts de Biggie, au coin du block

 

Tupac lui offre ses premières scènes, une amitié forte les lie. Mais Tupac tombe dans un guet apens alors qu’il allait enregistrer dans le même studio que Biggie et son boss Puffy Combs, bolosse aux dents longues. Il prend 5 balles, manque d’y passer, et accuse immédiatement l’équipe de son ancien pote. Deux jours plus tard, il passe en procès et est incarcéré pour une sombre histoire de mœurs, qu’il dénoncera toujours comme un coup monté pour l’abattre une deuxième fois. Les destins étaient scellés. Tout était prêt pour la sinistre mascarade des années suivantes, une guerre Est/Ouest qui fit vendre du papier, enrichit les labels, et coûta la vie à de nombreux frères Noirs.

 

L’émission : http://www.mediafire.com/listen/urqw2zbr55k1u7t/BCK+MIR+BIGGIE+2PAC.mp3

 

 

De nombreuses images d’archives, d’interviews et de lives rares sur la page de l’émission : http://blackmir.blogspot.fr/2015/06/s02-ep30-biggie-tupac-part-2.html)

On peut lire des textes d’Assata, tante de Tupac et Black Panther réfugiée à Cuba, là : http://www.bboykonsian.com/Assata-Shakur-parle-depuis-l-exil_a2849.html

Pour comprendre le rôle de la drogue dans la fin du mouvement de libération : https://quartierslibres.wordpress.com/2015/03/06/capitalisme-came-genocide-michael-cetewayo-tabor/

 

 

Black Mirror, émission hiphop

En partant du sample, élément de base du hip hop, Black Mirror essaye de remonter le cours de l’histoire, de retourner aux racines d’une musique qui a commencé par regarder vers son passé pour aller de l’avant. Et cette histoire est avant tout une histoire sociale, celle du peuple Noir aux USA, déporté d’Afrique, réduit à l’esclavage pendant des siècles, puis soumis à la ségrégation, aux lois Jim Crow, au lynchage. De la plantation au ghetto, de l’esclavage légal à l’esclavage salarié. C’est aussi l’histoire d’un soulèvement, des révoltes d’esclaves aux émeutes de Watts, des églises noires au Black Panther Party, du blues aux block-parties.

Chaque semaine, un épisode thématique de deux heures : les work songs, les spirituals, Stagger Lee, Watts 1965, Los Angeles 1992, le rap indépendant, les femcees, Lino… On y écoute beaucoup de musique, on y apprend deux ou trois trucs, on y partage l’amour de cette culture. Black Mirror, c’est aussi un blog avec plein d’infos, des vidéos, et où on retrouve toutes les émissions en podcast ainsi que les playlists téléchargeables : www.blackmir.blogspot.com

 

Black Mirror

 

Livre du samedi : Le Livre de Handala / Naji Al-Ali

29 Août

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Le livre de Handala : Les dessins de résistance de Naji al-Ali

Une autre histoire de Palestine

 

Présentation de l’éditeur :  LE 29 Aout 1987, en plein Londres, la balle d’un tueur fit de NAJI AL-ALI un des premiers caricaturistes assassinés pour leurs dessins.  
L’histoire de ce dessinateur palestinien, né en Galilée en 1936, est d’abord celle d’une enfance volée et du destin tragique de ces innombrables familles de réfugiés entassées à la hâte dans les camps de l’Unwra créés spécialement en 1949, suite à la Grande catastrophe nationale, la Nakba.
Pour NAJI, ce fut le camp de Aïn al-Hilwe, au Sud-Liban, qui marqua un parcours sinueux et mouvementé dès le départ : celui d’une prise de conscience et de l’engagement politique face à un envahisseur aussi illégitime que soutenu par la mauvaise conscience des puissances coloniales du moment, mandatées pour se partager des territoires administrés auparavant par l’empire ottoman.  
Durant tout son parcours, NAJI AL-ALI n’abandonnera jamais l’idée d’un État palestinien libre et indépendant dont le socle fondateur avait été anéanti lors d’une répression féroce en 1939, privant pour longtemps les Palestiniens de leurs élites et cadres dirigeants.
La résistance palestinienne s’organisa à partir des années 50-60 : l’œuvre de NAJI prit son envol, avec la création en 1969 de son alter ego, le petit HANDALA, observateur imperturbable de la réalité tragique d’un peuple humilié et dépouillé de tout, sauf de sa fierté. Lire la suite

Straight Outta Palestine

28 Août

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Black Mirror 19 : James Brown #3 « Forever Suffering »

28 Août

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Entre 1968 et 1974, James Brown creuse inlassablement le sillon d’une musique rugueuse, sexuelle, sans concession. Ce sont ses dernières grandes années. Il se fera ensuite déborder, puis submerger par la version froide et édulcorée d’une Funk qu’il avait défendue corps et âme : le Disco prend le pouvoir, avec ses batteries synthétiques et son groove robotisé, et accompagne la défaite des luttes de libération.

James se perd, à tous niveaux. Il essaye désespérément de s’accrocher à son trône, mais ses fautes politiques lui font perdre le soutien du peuple des ghettos. La rupture est consommée définitivement quand il se rallie à Nixon, ennemi déclaré des pauvres et des Panthers. On manifeste même devant ses concerts, aux cris de « James Brown, Sold brother number one » (« le frère vendu n°1 »). Le tyran est de plus en plus isolé, il enchaîne les deuils, ses choristes et ses musiciens l’abandonnent. Même Bobby Bird, qui lui était toujours resté fidèle, finit par le quitter. Brown, rattrapé par ses démons, va Lire la suite

Black Mirror 18 : James Brown #2 « Say it loud ! »

27 Août

James Brown

De Harlem à la Maison Blanche

Après le live historique à l’Apollo Theater d’Harlem commencent pour James Brown les années fastes de sa carrière. Celles qui le voient révolutionner la soul avec ses musiciens aux ordres, contraints de donner le meilleur d’eux-même jusqu’à l’épuisement. Ensemble, ils imposent une nouvelle vision de la musique, plus rude (la « raw soul »), plus urbaine, plus dépouillée. Peu à peu, les mélodies s’estompent, tous les instruments se plient au groove ultime, squelettique, enragé, incendiaire, à l’image des ghettos qui s’embrasent.

La musique de James Brown sera la bande son des émeutes qui secouent les USA tous les étés de 1965 à 1969. Lui qui s’était tenu jusque là à l’écart de la politique va tenter de profiter de sa notoriété nouvelle pour s’improviser porte-parole de la rue, s’engouffrant dans des erreurs cuisantes, errant d’incohérences en contradictions. Admirateur de Luther King, hostile à la violence, lançant des appels au calme à la demande des autorités, serrant la patte du vice président, jouant pour les troupes au Vietnam, sortant le single patriote « America is my home » quelques mois après l’assassinat du révérend, on a souvent du mal à le suivre. En fait, James Brown a toujours défendu une forme de Black Power économique, il prônait un « capitalisme Noir », persuadé que l’éducation et le travail pouvaient à eux-seuls triompher du racisme structurel de l’État. Lire la suite