Je me sens impuissant, l’air me manque, je ne voie rien, n’entend que les cris…

4 Août

« J’arrive pas à croire que je viens de serrer la main de Fadela Amara…

Ouf, pas de photographe, ça n’alimentera pas le « mais commeeeeeeent avez vous oséééééé parlementer avec ces traiiiiiitreeeeesseeeuuuuuh »…

Déjà que ça ne m’enchantait guère, déjà que la seule chose qui m’empêchait de verrouiller la porte et froncer les sourcils pendant les 9 heures de négo en mode « vous avez fait d’la merde pendant trop longtemps, aujourd’hui vous assumez » était la peur de voir débarquer la marée chaussée et la perspectives de conséquences lourdes pour les réfugiéEs…

Allez, il fait beau, les NPNS nous sourient de manière figée se demandant vraisemblablement si nous respecterons notre engagement de quitter leurs locaux, j’ai autre chose à faire que de refuser cette main tendue…

On a mieux à faire, on profite de l’ambiance festive pour finir le travail entamé la veille par les camarades : ouvrir le portail du collège Baudé, qui n’a pas reçu d’élèves depuis plus de dix ans, qui attend que soit rendue effective la décision de le désamianter…

Mais la place des fêtes n’est pas la rue Lauriston, il est des engagements qui s’oublient plus facilement que d’autres…

Ainsi donc, deux semaines après avoir été humiliéEs lors d’une réunion avec la Mairie qui n’avait rien d’autre à proposer que des sarcasmes, nous décidions d’occuper cet espace immobilisé pour rien depuis tant de temps par la Mairie, quand celle ci nous mettait au défi de trouver des lieux libres et occupables dans Paris…

Encore saisi des réflexions nous opposant quand à la conduite des négociations de la veille, où nous avons échouéEs à obtenir les locaux NPNS pour le mois d’Aout, et où nous avons décidés de ne pas durcir le ton au nom de la sécurité des réfugiéEs et du respect de la parole donnée, nous nous acquittons donc de notre tâche, sans trop savoir combien de temps nous parviendrons à tenir…

L’équipe est en place, comme un seul homme l’assemblée occupant NPNS se lève et se dirige vers le lycée pour nous rejoindre…

Alarme silencieuse? Dénonciation du voisinage? Planque depuis la veille? Toujours est il qu’une dizaine de policier en civil, n’abhorrant aucun signe permettant de les identifier, nous emboîte le pas et « sécurisent le périmètre »…

deux devant le portail ouvert, dont l’un le flash-ball dégainé, 5 qui font le tour du batiment, 4 qui pénètrent les lieux…

J’initie le contact en m’approchant du premier, je sens son malaise, nous savons tous les deux que je n’ai rien à faire ici, mais que sans commission rogatoire il ne peut pas m’interpeller…

Il ne se présente pas, il me demande simplement ce que je fais là.. Je ne dis rien.. Il réitère sa question, ses collègues le suivent et interrogent mes camarades.. Personne ne pipe mot…

Nous sommes alors conduit dans un couloir à l’abri de tout regard extérieur, là ça commence à monter en pression…

Les camarades réfugiés sont indexés de manière agressive mais verbale, je manipule mon téléphone l’air préoccupé pour tenter une diversion…

Bingo!

Le BACeux est une espèce de bâtard tellement prévisible.

« T’as quoi dans la main? »

(je fais mine de protéger mon téléphone)

« Hé l’en…é il appelle depuis tout à l’heure! Donne moi ça fils de p…
– Oui avec plaisir. Je peux voir ta commission rogatoire gros? Puisqu’on en est à s’tutoyer… »

« Gros » m’attrape le poignet, croyant m’appliquer une terrible clef sûrement apprise auprès d’un mytho bedonnant qui pense réellement que son close combat est efficient, je n’ai aucun mal à me dégager de la prise ni à esquiver la tentative de balayette qui suit…

Je range mon télephone dans ma poche arrière, les collègues de mon vaillant opposant se ruent sur moi…

Tout d’abord ils me saisissent à deux, parviennent à bloquer mes bras, mais pas à me mettre au sol malgré leurs lamentables tentatives où ils se retrouvent eux même l’un la tête contre le mur l’autre au sol…

L’objectif est de gagner du temps, je ne veux pas réellement me battre, je ne porte pas de réels coups, ils ne parviennent pourtant pas à avoir le dessus…

Les camarades tentent de me porter secours, mais deux autres excités leur crie dessus et les intimides, les enjoignant de rester assis contre le mur…

Je décide alors d’arrêter de me défendre, à la faveur de quoi le type au sol me tire à lui, son collègue me poussant, fiers d’eux ils sont convaincus avoir enfin réussit…

Un troisième les rejoint, je ne voie plus rien de la scène, je me contente de la subir…

Je suis face au sol, un genou s’encastre entre mes omoplates et appuie très fort… La dernière fois que j’ai subi ce traitement, je suis resté trois jours au lit, je prends mon mal en patience et ne me débat absolument plus pour ne pas amplifier la douleur…

Un pouce entre dans mon oeil et refuse d’en sortir, pour juguler ma plainte, je sens une étreinte autour de mon cou. Je ne peux plus parler, je ne peux plus respirer…

Dans mon dos, j sens que ça s’fait plèz!

Une menotte arrimée au poignet gauche, le bras bloqué, mon tout premier agresseur ne parvient pas à convaincre l’autre bras de se solidariser de son alter-égo prisonnier… Celui-ci est trop occupé à se frayer un chemin pour tenter de manifester mon incapacité à respirer…

Ce que je ne sens pas à cet instant, et que H. me narrera traumatisée après coup, c’est qu’un joyeux luron profite de la situation pour m’asséner une volée de coups de pieds dans la tête… j’imagine que c’est la trace de sa semelle, ou le fait de m’avoir bloquer contre la rainure de la porte, qui a produit la marque qui a impressionné la plupart des observateuRICEs…

Pourtant, je ne pense absolument pas à mon crâne… J’ai mal aux cervicales, au dos, je ne peux pas respirer, je ne peux pas parler, mon bras droit peine à émerger des masses entremêlées sur moi…

Je sais que je ne dois pas paniquer pour économiser l’oxygène, mais je commence à avoir peur…

Des images de Lamine Dieng, de Michael Brown m’assaillissent…

Le gars qui m’étrangle crie « t’arrêtes maintenant? hein? t’arrêtes »…

Abruti! Tu voie bien que j’ai arrêté, vu que quand j’arrêtai pas j’étais debout et tu n’arrivai pas à m’approcher…

Et surtout, comment répondre? Moi je veux bien me rendre, dire « oui t’es l’plus fort t’as gagné », mais aucun son ne sort de ma gorge compressée…

Je me sens impuissant, l’air me manque, je ne voie rien, n’entend que les cris de celui qui est en train d’essayer de me tuer et les pleurs de H. témoin directe…

Enfin, mon bras droit se dégage. Naïf, je considère qu’il me suffit de lever le pouce en signe d’acquiescement pour que mon agresseur stoppe sa prise…

Mais non, au contraire, il sert plus fort et crie de plus belle « ARREEEETES! »

Je commence à avoir la tête qui tourne sérieusement, je ne sens même plus les coups, je ne pense qu’à l’alerte qui reste coincée dans ma gorge, étouffée par l’autre bâtard…

Peut être une larme de H. l’a-t-elle émue, peut être a-t-il conscience que même si on est dans un couloir isolé il devra rendre des comptes de son geste s’il va trop loin, je sens un léger relâchement dans l’étreinte..

 » .e .eux .lu. .èspiheeer » parviens je à articuler. On aurait dit un bébé gnou entouré de chacals qui appelle sa mère dans un dernier râle, sans espoir…

Une voix sortie d’outre tombe, qui fini de me terrifier moi même, et manque de plonger H. en évanouissement. Une voix qui rend fous H. et Y. qui tentent de me porter secours, barrés par la fine équipe de super guerriers de l’Etat…

L’étreinte ne se resserreplus, mais est tout de même maintenue de longues secondes avant qu’ils ne se décident à me relâcher…

« Lui on l’embarque, les autres on les laisse.
– Vite ça s’agit dehors! Oh putain ils sont au moins 100, déter…
– Extraction! Extraction, vite, viiiiite!
(V. entre la première) Hoooo mais pourquoi mon camarade est en sang? Vous lui avez fait quoi?
– (H. la suit) Il faut le soigner! Soignez le immédiatemment!
– (moi) si vous m’enmenez menotter, illes vous lynche!
– Va niq… ta mère! »

Dernier échange avant qu’ils ne me démenottent, et s’enfuient comme les lâches qu’ils sont devant l’entrée triomphale des camarades…

La suite vous la connaissez, j’ai eu peur de mourrir et d’en plus échouer à tenir le lieu le temps qu’ils arrivent, mais cet épisode à permis de gagner suffisamment de temps pour transformer un lycée populaire abandonné en maison des réfugiés…

‪#‎TousLesKeufsSontDesBâtards‬ ‪#‎RefugeWelcome‬‪#‎RoooooockSoSolidaritéAvecLeBalaffré‬ »


https://www.facebook.com/rocksogadactu/posts/1642185012666900:0

Récit d’H. (20 ans, 1m58, 48kg …), en larmes :

« J’étais avec un soutien. Nous avons été bloqués dans un couloir. 3, 4, 5 flics en civils étaient là. Ils m’ont pas touché ils ont été gentils avec moi. Ils se sont jetés sur R. (l’autre soutien) de façon violente.
Il a le crâne ouvert.
Il y avait du sang.
Il n’y avait personne d’autre au moment de la scène.
En gros, il (soutien) était allongé par terre. Au moins 3 flics et yen a un qui l’étranglait très fort, un qui lui prenait les bras. Ils le tapaient tout en le bloquant. J’ai fondu en larmes.
R. a crié :  »je peux pas respirer je peux pas respirer », ils continuaient à l’étrangler.
C’était long.
R a le crâne ouvert. À vue d’oeil au moins 10 cm.

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