Les limites de l’antisystème viennent d’être atteintes

4 Août

Durant des années à force de punchlines et de postures provocatrices, les Zemmour, Soral and Co relayées par les médias dominants ou des entreprises d’ingénierie politique sponsorisées par le FN comme E&R (Egalité et Réconciliation), ont réussi à faire croire à beaucoup que de simples insultes étaient une forme de contestation de l’ordre établi.
Raconter des mensonges historiques, dire n’importe quoi sur l’actualité est devenu une marque de rébellion face au « système ».

Quenelle_lepen_gollnisch
Des chiffres sur l’immigration complètement truqués, l’histoire réinventée pour disculper l’occupation nazie et transformer l’empire colonial français en entreprise de charité et l’ancien régime en âge d’or de l’humanité, l’islamophobie devenue une norme, les attaques contre les juifs dépeint comme les maîtres de la finance internationale, les homosexuels assimilés à des pédophiles : tout ça nous a été présenté par les promoteurs du racisme ordinaire comme « antisystème » parce que condamnable par la loi.
Le truc était simple, il suffisait de dire que la justice protégeait seulement les « lobbys » et que libérer la parole raciste était un synonyme de lutte pour la Vérité.
En fait de lobbys, il s’agit très souvent d’association héritières plus ou moins légitimes de luttes minorités qui subissent en métropole les discriminations économiques et sociales péniblement étayées par les préjugés groupe dominant.
Au nom de la lutte contre le conformisme, les « antisystèmes » ont libéré la parole raciste et contribué à renforcer l’ordre social inégalitaire qui existe en France.

VA_zemmour

Idem au niveau économique, les « antisystèmes » ont réussi à faire croire qu’ils défendaient les intérêts des « petites gens qui travaillent » alors qu’ils n’ont eu de cesse de stigmatiser les pauvres en les traitants d’assistés, de parasites voire d’outils du système.
De Zemmour à Batskin, la constante est de mettre en scène une opposition entre une partie des dominants français et d’autres qui seraient des chevaux de Troie de la finance mondiale. L’idée est de faire bloc auprès des bons riches autour du drapeau tricolore au nom des valeurs fondatrices de la civilisation française, comme l’apéro saucisson-pinard et le bikini.

Dans les faits, les « antisystèmes » défendent leurs intérêts économiques par tous les moyens possibles. Leur arme de lutte contre le système est la fraude fiscale et une politique d’entreprenariat à la limite du légal. C’est une constante chez eux, tant Dieudonné que le FN se retrouvent dans des affaires d’impôts non payés et d’or planqué en Suisse. Les bizness de Dieudonné et Chatillon sont au moins à la limite du cadre défini par la loi. L’évasion fiscale ne peut être que le fait de riches, et la seule différence entre Dieudonné, et son bizness, et une multinationale battant pavillon français c’est la taille du larcin. Les méthodes et les objectifs sont les mêmes.

Dieudonné_JMLP_Chatillon
Du reste, les mercenaires qui protègent les intérêts des multinationales du CAC40 sont recrutés en nombre dans les rangs de l’extrême droite. Les « antisystèmes » qui fustigent « l’hyperclasse mondialisée » sont les premiers chez qui se recrutent les chiens de garde du fric qui mordent les pauvres sur le territoire français et ailleurs.
En fait d’antisystème, ils sont surtout sur une ligne idéologique qui se résume simplement à « tout pour ma gueule ». Ils comptent sur l’égoïsme ambiant pour s’attirer la sympathie sinon l’envie des gens qui ont envie de profiter d’un statut plus enviable que celui de leur voisin. C’est un libéralisme aménagé pour une partie de la population qui a peur du déclassement et qui veut des matières premières et des marchandises à bas prix mais sans les effets secondaires qui vont avec. Du cacao et du coltan à bas prix sans les migrants contraints de fuir les guerres de pillage. Des produits de consommation fabriqués à bas prix en Chine et ailleurs mais sans le chômage que cela génère en France.

FN_immigration

Durant des années le discours de Le Pen et ses sbires a toujours été présenté par les médias dominants comme « antisystème ». Rien que cela aurait dû faire réfléchir une bonne partie des gens qui croient que les illuminatis contrôlent le monde et que le FN est un rempart face au « mondialisme ».
Si les médias ou ses opposants politiques vendent le FN comme l’épouvantail de service ce n’est pas sans raison.

Il y a peu de temps, lorsque le peuple grec se prononçait contre l’austérité imposée par l’Europe Marine Le Pen déclarait que les grecs devaient « rembourser » la dette. Un nationalisme de riche impérialiste, bien loin du combat mené par Thomas Sankara. Dans la mondialisation capitaliste, tous les nationalismes n’ont pas la même valeur et ne sont pas porteurs d’émancipation. Le nationalisme français est le fer de lance de l’impérialisme d’un pays qui a colonisé tout ce qu’il pouvait depuis plus de 500 ans.
Aujourd’hui le FN n’en finit pas de montrer qu’il est une organisation boutiquière de nouveaux riches qui va au tribunal pour régler ses affaires internes.
Si le discours du Front National a pollué l’ensemble de la société française et réussit à faire croire que nier des massacres et banaliser le racisme était « antisystème » parce que « politiquement incorrect », il va être difficile de faire croire qu’un parti politique et une mouvance dont le discours est basé sur la rupture avec le système puisse laisser la Justice du dit système arbitrer ses contentieux sans passer pour hypocrite.

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Les droites radicales n’ont pas toujours été étiquetées du label « antisystème ». Avant la seconde guerre mondiale, cette mouvance assumait avec fierté les qualificatifs de fasciste, réactionnaire, national-socialiste et royaliste. Après le 8 mai 1945 c’était plus dur de porter ses couleurs tant les régimes modèles du Reich prospère de 1000 ans et l’autarcie fasciste basés sur l’économie de guerre ont laissé l’Europe dans un état désastreux.
Du coup, pour continuer leur œuvre les militants et idéologues des droites radicales se sont transformés en « combattants de la liberté », c’est-à-dire en « anticommunistes ». Cette comédie a duré jusqu’à la fin des années 80. Ensuite ils ont opté pour le terme d’« antisystème », simple communication politique.
Ce terme ils l’ont repris pour se donner une apparence d’opposition au modèle libéral dont ils ont toujours été les premiers serviteurs. En fait d’antisystème, ils sont surtout opposés aux services publics et l’accès aux droits pour toutes les populations vivant sur le territoire français. Ils sont plus « anti-social » qu’ « antisystème ». Leur logique c’est le « tout pour ma gueule » et le recours à l’identitaire et au folklore patriotique ou racial pour rallier des gens à leurs intérêts lorsque leur posture bravache et individualiste du  « seul contre tous » ne suffit plus  à tenir un rang dominant dans la compétition économique.

FN_europe
Le terme « antisystème » ne tombe pas du ciel. Il a été utilisé et popularisé par les gauches radicales lors du reflux des idéaux révolutionnaires commencés à la fin des années 80.
Dans les années 90, avec la victoire du bloc capitaliste il est devenu difficile pour toute la gauche radicale de s’inscrire dans la perspective socialiste fut-elle en rupture avec le modèle soviétique. C’est dans cette incapacité à formuler clairement son adhésion à un projet socialiste que les gauches radicales ont forgé le terme d’antisystème pour s’opposer au capitalisme en Occident. Jusqu’à la crise de 2008 il était de compliquer de convaincre qu’il y avait un autre modèle de développement économique que le capitalisme. C’est ainsi que durant presque 20 ans une partie des militants de gauche radicale et des quartiers ont lutté contre les injustices d’un système qui semblait indépassable faute d’alternative. La trajectoire de la Ligue Communiste Révolutionnaire en Nouveau Parti Anticapitaliste incarne au niveau de l’intitulé des organisations ces petits renoncements et arrangements.
Dans ces années du capitalisme triomphant, tout le monde était invité à jouer en bourse via son Minitel puis Internet. Dans ces conditions, lutter contre les injustices c’était lutter « contre le système ». S’il n’y a pas d’alternative que l’on peut désigner, alors on ne peut qu’être contre ce système : à défaut de ne pas savoir ce que l’on veut, on sait contre quoi on se bat et ce que l’on ne veut pas.
C’est dans ce clair-obscur, duquel surgissent toujours les monstres que l’extrême droite a pu glisser sa disquette. Elle a été aidée en cela par les partis de gouvernement qui n’ont eu de cesse de lutter contre les extrêmes.
Pour museler toute contestation à gauche, toute forme de critique était assimilée à l’extrême droite et/ou faisait le jeu du FN. Être contre la construction d’une Europe libérale, c’était être comme le FN. Cette ligne a été une constante pour les partis libéraux aux manettes ces 30 dernières années. Lors de la victoire« Non » grec au référendum, Emmanuel Macron s’était fendu d’un tweet assimilant Syriza au FN.

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La combine marche pour les partis de gouvernement depuis des années. Elle profité à la droite et au PS. Elle profite surtout aux classes possédantes qui s’enrichissent comme jamais parce que le FN et les droites radicales désignés comme ennemi N°1 du système n’a jamais fourni une seule forme d’opposition concrète, ou figurée, au patronat et aux milieux d’affaires auxquels ils rêvent d’appartenir.

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Aujourd’hui le FN est un parti de gouvernement qui explique que le peuple grec doit payer la dette et que les musulmans arrivent par bateaux entiers pour envahir la France et perpétrer des attentats. Ce parti de petits rentiers règle ses problèmes de règlement intérieur au tribunal et veut se donner une allure respectable. Le costume « antisystème » n’est plus utile, les droites radicales vont jouer la comédie des gestionnaires raisonnables, des bons chefs de familles du terroir pour continuer leur besogne.

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17 Réponses to “Les limites de l’antisystème viennent d’être atteintes”

Trackbacks/Pingbacks

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    […] pas cher, d’avoir des téléphones portables dernier cri tout en faisant tourner le CAC40. Chacun pour sa gueule, on se plaint de payer trop d’impôts quand on gagne bien sa vie et on ne veut pas cotiser pour […]

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  3. Ligue des tocards | Quartiers libres - 15 septembre 2015

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    […] : flinguer au nom des intérêts économiques de la France ce n’est pas être un rebelle ou un antisystème et encore moins un héros. C’est juste être le larbin de l’impérialisme français et de […]

  6. Ça a voté et après ? | Quartiers libres - 17 décembre 2015

    […] de leur gestion passée et présente, plus le Front National monte, fort de sa posture « seul contre tous ». Il finira mécaniquement devant si on ne parvient pas à arrêter cette dynamique, entretenue […]

  7. Clash Dieudonné / Soral : le téléphone pleure | Quartiers libres - 23 décembre 2015

    […] de Jean-Marie Le Pen normalisaient le FN. Il a rendu de sacrés services à l’extrême droite de Philipot et Marine Le Pen. Cette alliance tacite entre ces extrêmes droites s’incarne dans les fondateurs et protecteurs […]

  8. La liberté d’expression | Quartiers libres - 15 janvier 2016

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