Black Mirror 2 : We Got Soul

5 Août

 

spirituals (1)

We Got Soul

Dans les premiers temps de l’esclavage, les Noirs étaient considérés comme comme de simples outils de travail, comme du bétail dépourvu d’âme, ce qui justifiait moralement la condition qui leur était faite. Toute pratique religieuse leur était interdite, la leur et celle du maître.

Les choses se mirent à changer au 18ème siècle, avec les deux vagues d’évangélisation qu’on appela le « Grand réveil ». Des évangélistes venus du Nord convertirent massivement les esclaves au protestantisme, d’abord contre la volonté des maîtres. Mais en ces temps où les révoltes d’esclaves se faisaient de plus en plus menaçantes, ils y virent vite leur intérêt : la religion semblait apaiser le cheptel humain dont ils disposaient. La promesse d’un monde meilleur, la perspective d’une justice divine dans l’au delà semblait le rendre plus docile. On ouvrit des Eglises Noires, on y plaça des pasteurs Noirs, venus du Nord ou affranchis, qui formèrent ensuite la première classe moyenne Noire. On retourna aussi la justification morale de l’esclavage : si on réduisait ainsi des hommes et des femmes à cette condition, c’était au nom de la mission divine de l’homme blanc, qui devait amener ces sauvages vers Dieu. Mais ce que n’avaient pas prévu les maîtres, c’est que ces lieux de culte réservés aux Noirs devinrent aussi des lieux de rencontre, de réunion, parfois même de conspiration. On pouvait se retrouver entre frères et sœurs, loin du regard de l’homme blanc.

Dans ces églises naquit une nouvelle forme musicale, qui était une version Noire des psaumes : les « spirituals ». Rythmés par les claquement de main et de pieds, battis sur le modèle de la « question/réponse » né dans les champs, conçus pour mener à la transe, on pouvait y mettre toute sa douleur, sa révolte et son espérance. En s’adressant à Dieu, on pouvait exorciser sa peine. Mais parfois, l’espoir se faisait plus terrestre. De nombreux spirituals possèdent un double sens, et on peut y lire des appels masqués à l’évasion, au soulèvement, la croyance que justice sera peut être faite sur cette Terre, dans cette vie.

Plus tard, c’est le mariage impie entre cette musique divine et le blues, musique du diable, qui va donner naissance à la « soul music », littéralement la « musique de l’âme ». Belle ironie : c’est d’un  peuple prétendument sans âme que va naître la musique de l’âme par excellence.

 

 

 

Black Mirror

En partant du sample, élément de base du hip hop, Black Mirror essaye de remonter le cours de l’histoire, de retourner aux racines d’une musique qui a commencé par regarder vers son passé pour aller de l’avant. Et cette histoire est avant tout une histoire sociale, celle du peuple Noir aux USA, déporté d’Afrique, réduit à l’esclavage pendant des siècles, puis soumis à la ségrégation, aux lois Jim Crow, au lynchage. De la plantation au ghetto, de l’esclavage légal à l’esclavage salarié. C’est aussi l’histoire d’un soulèvement, des révoltes d’esclaves aux émeutes de Watts, des églises noires au Black Panther Party, du blues aux block-parties.

Chaque semaine, un épisode thématique de deux heures : les work songs, les spirituals, Stagger Lee, Watts 1965, Los Angeles 1992, le rap indépendant, les femcees, Lino… On y écoute beaucoup de musique, on y apprend deux ou trois trucs, on y partage l’amour de cette culture. Black Mirror, c’est aussi un blog avec plein d’infos, des vidéos, et où on retrouve toutes les émissions en podcast ainsi que les playlists téléchargeables : www.blackmir.blogspot.com

BCK+MIR+STICKER+last

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  1. Black Mirror | Raimanet - 7 août 2015

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