Black Mirror 3 : « I’ got the Blues »

6 Août

robert-johnson

« I’ got the Blues »

Quand l’esclavage est officiellement aboli en 1865, les anciens esclaves sont contraints de louer leur force de travail dans les mêmes plantations ou sur les pharaoniques chantiers de construction : la digue du Mississippi, les voies de chemin de fer, les routes. Errance, misère, et la prison ou la mort qui menace à chaque coin de rue, avec les lois de ségrégation (le fameux système Jim Crow, du nom d’un personnage de minstrel show, ces spectacles dans lesquels des Blancs se grimaient au charbon pour singer le mode de vie des Noirs) qui très vite après cette illusoire abolition se mettent en place dans le Sud pour que les Noirs restent à la seule place que leur concèdent les Blancs suprémacistes : moins que des chiens.

Une des seules choses que gagnent les Noirs avec l’émancipation, ce n’est pas la liberté ; seulement quelques heures de « loisirs » dans la semaine. Ils découvrent aussi la solitude, la guerre de tous contre tous pour essayer de gagner misérablement de quoi survivre. C’est de ça que va naître le Blues : quand tu as les mains libres et que plus personne n’est là pour t’accompagner, tu te saisis d’un instrument pour t’accompagner, celui du maître, la guitare. C’est elle qui va faire le contre-chant typique des musiques africaines américaines, la réponse à l’appel que tu lances au collectif dans les champs, en prison ou à l’Église. Le Blues va devenir la musique de ces hommes seuls qui vont de plantation en plantation, de chantier en camps de travail. La musique de ceux que Dieu a abandonné, et qui le répudient, la musique du diable. Une musique qui tire son nom d’une sensation, faite d’abandon, de fatalité, de désespoir, et qu’on chante pour tenter de s’en défaire.

Une musique d’exil aussi, qui accompagne la fuite vers les villes du Nord, où on espère trouver la terre promise des spirituals, dans la vie sur Terre. Une musique de désillusion. Des champs de coton aux ghettos, mais toujours « no place to go ».

Emission radio:

 

 

 

Black Mirror

En partant du sample, élément de base du hip hop, Black Mirror essaye de remonter le cours de l’histoire, de retourner aux racines d’une musique qui a commencé par regarder vers son passé pour aller de l’avant. Et cette histoire est avant tout une histoire sociale, celle du peuple Noir aux USA, déporté d’Afrique, réduit à l’esclavage pendant des siècles, puis soumis à la ségrégation, aux lois Jim Crow, au lynchage. De la plantation au ghetto, de l’esclavage légal à l’esclavage salarié. C’est aussi l’histoire d’un soulèvement, des révoltes d’esclaves aux émeutes de Watts, des églises noires au Black Panther Party, du blues aux block-parties.

Chaque semaine, un épisode thématique de deux heures : les work songs, les spirituals, Stagger Lee, Watts 1965, Los Angeles 1992, le rap indépendant, les femcees, Lino… On y écoute beaucoup de musique, on y apprend deux ou trois trucs, on y partage l’amour de cette culture. Black Mirror, c’est aussi un blog avec plein d’infos, des vidéos, et où on retrouve toutes les émissions en podcast ainsi que les playlists téléchargeables : www.blackmir.blogspot.com

Black Mirror

 

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  1. Black Mirror | Raimanet - 7 août 2015

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