Black Mirror 4 : Stagger Lee

7 Août

Stagger Lee

Stagger Lee

 

1895, le soir de Noël, à Saint Louis, Missouri. Deux types jouent aux cartes, ou aux dés, dans un bar mal famé du quartier rouge : Stagger Lee, macro, ou dealer. Billy Lion, un cave, ou un flic, ou une poucave. Billy perd, ou triche. Stack se fâche. Son chapeau, un Stetson à 5 dollars, tombe à terre dans l’embrouille. Affront suprême. Stagger Lee sort son flingue et, malgré les supplications du mauvais joueur, abat froidement Billy de quelques balles dans le buffet. Quelques lignes dans la presse du coin. Un Noir tue un autre Noir. Histoire banale, qui aurait dû s’arrêter là. Mais c’était compter sans la magie de la transmission orale.

Très vite apparaissent des chansons qui vont faire de ce fait divers une des légendes urbaines les plus fécondes de la culture africaine-américaine. On chante Stagger Lee dans les champs, dans les plantations, dans les fermes pénitentiaires. Les bluesmen se saisissent de son histoire et la trimballe le long des routes d’errance. De version en version, la figure de « Stack o Lee » se transforme. D’abord symbole du mauvais joueur qui ne supporte pas la défaite et tue son frère pour une sombre histoire de chapeau, il va devenir le « Bad Man » par excellence, le mec dur, froid, impitoyable, à qui on doit le respect. Le mec du ghetto, qui répond à des lois qui ne sont pas celle du blanc, ces fameuses lois de ségrégation qui sévissent dans le Sud pour perpétuer l’esclavage. Stagger Lee devient l’anti « Jim Crow ». Quant à Billy Lion, ou « Billy The Liar », il va incarner celui qui ne respecte pas la loi du ghetto, qui n’honore pas la parole donnée. Celui qui triche, celui qui s’écrase, la « victime » méprisable.

La figure de Stagger Lee va traverser les époques. On la retrouvera dans la Soul, cette musique de l’âme qui accompagne la lutte pour la dignité et l’égalité dans les années 60. On la retrouve chez les héros des films Blaxploitation qui glorifient les macros et les dealers. Dans la littérature Noire. Chez les Black Panthers. Dans le gangsta Rap des années 90. Dans le Rocksteady. Et partout, il est le hors-la-loi par excellence. Celui qui obéit à ses propres règles, qui piétine la « bonne morale » pour se faire sa place dans un monde régi par la loi blanche issue de l’esclavage.

 

L’émission : http://www.mediafire.com/view/82wgd6ls18gx46f/BCK%20MIR%209%20STACKOLEE.mp3


Premier film de Blaxploitation : Sweet sweet back tue un flic, et se fait poursuivre tout au long du film, sans jamais ciller quand il s’agit de faire sa loi.

Version courte dans l’émission Frontline de BBoyKonsian.

 

 

Black Mirror

En partant du sample, élément de base du hip hop, Black Mirror essaye de remonter le cours de l’histoire, de retourner aux racines d’une musique qui a commencé par regarder vers son passé pour aller de l’avant. Et cette histoire est avant tout une histoire sociale, celle du peuple Noir aux USA, déporté d’Afrique, réduit à l’esclavage pendant des siècles, puis soumis à la ségrégation, aux lois Jim Crow, au lynchage. De la plantation au ghetto, de l’esclavage légal à l’esclavage salarié. C’est aussi l’histoire d’un soulèvement, des révoltes d’esclaves aux émeutes de Watts, des églises noires au Black Panther Party, du blues aux block-parties.

Chaque semaine, un épisode thématique de deux heures : les work songs, les spirituals, Stagger Lee, Watts 1965, Los Angeles 1992, le rap indépendant, les femcees, Lino… On y écoute beaucoup de musique, on y apprend deux ou trois trucs, on y partage l’amour de cette culture. Black Mirror, c’est aussi un blog avec plein d’infos, des vidéos, et où on retrouve toutes les émissions en podcast ainsi que les playlists téléchargeables : www.blackmir.blogspot.com

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