Black Mirror 5 : Strange Fruit

8 Août

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« Strange Fruit »

L’émancipation de 1865, censée libérer tous les esclaves des Etats du Sud, n’est pas du goût de tout le monde. Elle accorde le droit de vote et l’égalité formelle aux Noirs, et va être vécue par les suprémacistes blancs comme une profonde défaite, une atteinte humiliante au « mode de vie » ancestral sudiste.

Dès la fin du XIXème vont se mettre en place dans ces Etats des séries de lois, écrites ou non, qui vont régenter les rapports entre Noirs et Blancs, pour perpétuer la séparation totale entre eux, et maintenir la domination absolue du pouvoir blanc sur les anciens esclaves. Ces lois de ségrégation vont prendre le nom de « lois Jim Crow », en référence à un personnage célèbre de « minstrels shows », ces spectacles itinérants dans lesquels les comédiens blancs se noircissaient le visage au charbon, et singeaient les Noirs du sud : Jim Crow est paresseux, libidineux, animal, voleur, sournois… Les lois qui prennent son nom vont sévir jusqu’à la fin des années 60. Dans tous les espaces publics, les Noirs ne doivent pas se mélanger aux Blancs. Train, bus, bars, restaurants, toilettes, trottoirs. Les Noirs doivent adopter le comportement servile qui leur est réservé. En sortir peut leur coûter la vie. Le KKK, milice suprémaciste, prend son essor et réunit de nombreux notables, y compris des hommes de Loi. La pratique du lynchage s’instaure assez massivement : on torture et on exécute sans procès, avec parfois une participation active d’une grande partie de la population blanche, le but étant de maintenir par la terreur toutes les anciennes règles esclavagistes.

Dans les années 1930, Billie Holiday, chanteuse de cabaret du Nord, a chanté cette sinistre tradition qui a tué des milliers d’hommes et de femmes, dans le sublime morceau « Strange Fruit » qui lui colla à la peau jusqu’à la fin de ses jours. A l’origine, un beau poème écrit par un prof juif communiste new-yorkais, Abel Meeropol, pour un journal syndical. Mais Billie, qui ne s’était jamais mêlée de politique auparavant, y mit une telle intensité dramatique, semblant charrier dans sa voix des siècles de souffrance, que ce morceau devint le sien, et le symbole de la lutte pour une réelle émancipation. Une des premières « Protest songs » africaines-américaines, un monument de l’histoire des vaincus, un hymne du Mouvement.

L’émission : http://www.mediafire.com/listen/u4vaq4mucs6hdv0/BCK+MIR+10.mp3

 

 

Black Mirror

En partant du sample, élément de base du hip hop, Black Mirror essaye de remonter le cours de l’histoire, de retourner aux racines d’une musique qui a commencé par regarder vers son passé pour aller de l’avant. Et cette histoire est avant tout une histoire sociale, celle du peuple Noir aux USA, déporté d’Afrique, réduit à l’esclavage pendant des siècles, puis soumis à la ségrégation, aux lois Jim Crow, au lynchage. De la plantation au ghetto, de l’esclavage légal à l’esclavage salarié. C’est aussi l’histoire d’un soulèvement, des révoltes d’esclaves aux émeutes de Watts, des églises noires au Black Panther Party, du blues aux block-parties.

Chaque semaine, un épisode thématique de deux heures : les work songs, les spirituals, Stagger Lee, Watts 1965, Los Angeles 1992, le rap indépendant, les femcees, Lino… On y écoute beaucoup de musique, on y apprend deux ou trois trucs, on y partage l’amour de cette culture. Black Mirror, c’est aussi un blog avec plein d’infos, des vidéos, et où on retrouve toutes les émissions en podcast ainsi que les playlists téléchargeables : www.blackmir.blogspot.com

 

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