Séance du dimanche. 2 août 1980, attentat de la la gare de Bologne

9 Août


Séance du dimanche

Le 2 août 1980, il y a 35 ans, une bombe explosait dans la salle d’attente des seconde classe de la gare de Bologne. Une bombe de vingt-trois kilos placée au milieu d’une salle bondée de gens qui, tout simplement, partaient en vacances, le 2 août pour le mois d’août, le mois d’août, en Italie comme ailleurs, les gens prennent le train et partent en vacances. Et puis Bologne, c’est un nœud ferroviaire important. Ça permet d’aller vers le nord, vers les plages de l’Adriatique ou de Toscane, vers le sud. Il y a forcément du monde. Alors mettre vingt-trois kilos d’explosifs à 10 h 25 du matin, c’est sûr que ça produit son effet. Deux-cents grammes bien placés, déjà, ça fait des dégâts, ça peut blesser du monde et ça crée à coup sûr une belle panique. Vingt-trois kilos, ça fait un massacre. 85 morts, plus de 200 blessés, de grands, des petits, de enfants, des vieux. De tout, quoi. Des gens qui voyagent en train en seconde classe pour partir en vacances. Un des pires attentats commis en Europe de puis 1945. La gare fut presque totalement détruite par l’explosion. La salle d’attente fut atomisée avec les personnes qui se trouvaient à l’intérieur. Un train situé au-dessus et déjà plein de voyageurs fur également renversé et en partie détruit. Presque immédiatement, Francesco Cossiga et son gouvernement évoquèrent la thèse d’une explosion accidentelle de chaudière. Une explication pratique, simple et massive, qui avait l’avantage immense de couper court à toutes les questions : si c’est la faute à pas de chance, pas de coupables, pas de réseaux de soutien, pas d’enquête. Le problème, c’est qu’il apparut très vite que ce n’était pas une chaudière, que c’était bien des explosifs et qu’il y avait bien des responsables. Dès le 26 août, la responsabilités des milieux néo-fascistes était établie, et il semble toujours clair que de sont des membres des Noyaux Armés Révolutionnaires (N.A.R.) qui ont posé la bombe. Valerio Fioravanti, une ancienne star de série télé, et Francesca Mambro, sa compagne, tous deux membres actifs des NAR ont été arrêtés et condamnés en tant qu’auteurs matériels du massacre. Mais l’enquête révéla qu’on n’avait trouvé que l’infime partie émergée d’une organisation qui menait jusqu’au cœur de l’État italien, ce qui explique l’empressement de certains à enterrer l’affaire. Outre les militants des NAR, plusieurs militants de Terza Posizione, un groupe clairement fasciste, Roberto Fiore et Gabriele Adinolfi en particulier, furent impliqués, mais, informés à temps, ils purent fuir à l’étranger. Surtout, l’enquête remonta jusqu’à deux hauts officiers des services secrets militaires italiens, le SISMI, et jusqu’à Licio Gelli, le fameux grand-maître de la loge P2 (Propaganda Due), mettant au grand jour la trame de la « stratégie de la tension »: le terrorisme noir était au moins téléguidé par une tendance importante des services et des réseaux d’intérêts dont l’objectif était de déstabiliser l’État pour le forcer à abandonner tout cadre démocratique et à prendre des mesures autoritaires sur la société, le tout pour favoriser les affaires. Une stratégie qui avait marché en Argentine quelques années auparavant, quand l’Association Anticommuniste Argentine (triple A), un groupe paramilitaire composé de fascistes, de barbouzes et de flics parrainé par un ministre lui-même en relation directe avec Licio Gelli, José López Rega, avaient frappé aveuglément la société. Le degré de violence atteint en 1975-1976 avait fourni les arguments à l’armée des arguments acceptés par une bonne partie des classes moyennes pour prendre le pouvoir et s’attaquer à la « subversion », c’est-à-dire tout pas uniquement les groupes armés révolutionnaires, mais tout ce qui ressemblait de près ou de loin à une organisation de lutte sociale, syndicat, association de gauche, etc. L’attentat de la gare de Bologne n’était pas le premier du genre, depuis ceux de la Piazza Fontana à Milan et celui de Brescia, plusieurs bombes fascistes avaient tué. Mais son effet aura été contre-productif pour ses commanditaires : la découverte d’un vaste complot néo-fasciste au sein de l’État capable d’un tel assassinat de masse un jour de départ en vacances retourna l’opinion. Les Brigades Rouges, Prima Linea, les NAPC avait donné lieu à de très nombreuses arrestations. Dans ce cas précis, on put apercevoir les parties les plus visibles de la trame: Gelli, des néo-fascistes, quelques officiers des services, mais on ignore toujours qui étaient les vrais commanditaires. Du coup l’hypothèse du retour à un régime militaire, comme en Argentine ou en Grèce au même moment fut abandonnée, les affaires pouvant de toute façon être menées dans un cadre démocratique formel. La plupart des responsables condamnés ont fini par être acquittés. Fiore et Adinolfi ont pu rentrer de leur exil doré, l’un pour fonder Forza Nuova, l’autre pour parrainer Casa Pound, le mouvement faf qui fait baver d’envie Soral et l’ensemble de la galaxie extrême-droitière française.

plusieurs documents sur l’attentat :

1/ l’annonce à la télévision française

http://www.ina.fr/video/CAB8001203901

2/des images sans paroles prises sur le vif, qui montrent sans besoin de commentaires la violence de l’explosion et du massacre

3/ Un film qui vient de sortir, La Linea Gialla, à l’occasion des 35 ans de l’attentat. Il est franchement moyen, mais il a le mérite d’exister, de rappeler les faits, images d’archives à l’appui, et de poser les bonnes questions : qui était derrière les fafs qui ont posé la bombe ? Pourquoi ne les connaît-on toujours pas ? Lors de la commémoration des 30 ans de l’attentat, aucune personnalité du gouvernement Berlusconi -lui aussi ancien de la loge P2- ne s’est déplacé à Bologne. Francesco Cossiga, ancien chef du gouvernement à l’époque des faits s’obstine lui à attribuer l’attentat au FPLP palestinien…

3 Réponses to “Séance du dimanche. 2 août 1980, attentat de la la gare de Bologne”

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    […] terroristes aveugles, dont le point culminant aura été bien sûr l’explosion du 2 août 1980 à la gare de Bologne. Action revendiquée en l’occurrence par les N.A.R. (Noyaux Armés […]

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