Black Mirror 6 : Kunta Kinte

10 Août

Kunta Kinte Kunta Kinte Tiers Monde

« Kunta Kinte »

Tiers-monde de l’équipe Din-records a sorti en 2014 un album intitulé « Toby or not Toby ». Toby, c’est le nom que les planteurs esclavagistes font accepter à coups de fouets au héros du roman d’Alex Haley, Racines, sorti en 1976, et qui a fait grand bruit à l’époque, parce qu’il allait contre le cliché tellement ancré de l’esclave heureux de son sort, paresseux et souriant, ce Jim Crow dont on a parlé dans le dernier épisode. Le vrai nom de Toby, c’est Kunta Kinte, mandingue de Gambie, kidnappé à l’adolescence alors qu’il était promis à un destin de grand guerrier.

Une série télé tirée du roman a été diffusée aux USA à partir de 1977, qui a battu des records d’audience (la moitié des américains devant leur télé !). Alex Haley, c’est en outre le biographe de Malcolm X, et si on a depuis remis en cause la véracité de Racines, qui se présente comme l’histoire transmise de génération en génération de sa propre famille, son bouquin offre quand même un récit de la vie des esclaves bien loin des clichés rassurants de La Case de l’Oncle Tom. On y voit l’insoumission, le désir ardent d’évasion, la volonté farouche de se rappeler d’où l’on vient, de sauver son histoire, son identité, ses croyances. Les maîtres craignaient les esclaves plus qu’on ne le pense, et chaque révolte a vu se durcir encore plus les codes régissant leur asservissement. Un moyen de contrôle plus pernicieux encore fut la division orchestrée au sein des esclaves eux-même, tout un système hiérarchique entre favoris et bétail humain, entre Noirs ébènes et métisses issus du viol, système dépeint raconté avec humour par Malcolm X, qui voit là l’origine d’une division pérenne au sein du peuple Noir :

Malgré cela, il y a eu d’incessantes révoltes collectives, quelques 250 sur le sol américain selon des chiffres difficiles à vérifier, dont la plus célèbre et la plus sanglante reste celle de Nat Turner en 1831. Ailleurs, certaines furent victorieuses, comme celle des maroons de Jamaïque, dont on reparlera dans des épisodes à venir. La résistance passait aussi par le sabotage, l’évasion, la mémoire. C’est de tout cela dont il s’agit dans cette épisode. Kunta Kinte est depuis devenu une icône reprise à leur compte par tous les « nègres insoumis », aux États-Unis et ailleurs, celui à qui on peut tout prendre sauf sa dignité, sa fierté, sa droiture.

 

Black Mirror

En partant du sample, élément de base du hip hop, Black Mirror essaye de remonter le cours de l’histoire, de retourner aux racines d’une musique qui a commencé par regarder vers son passé pour aller de l’avant. Et cette histoire est avant tout une histoire sociale, celle du peuple Noir aux USA, déporté d’Afrique, réduit à l’esclavage pendant des siècles, puis soumis à la ségrégation, aux lois Jim Crow, au lynchage. De la plantation au ghetto, de l’esclavage légal à l’esclavage salarié. C’est aussi l’histoire d’un soulèvement, des révoltes d’esclaves aux émeutes de Watts, des églises noires au Black Panther Party, du blues aux block-parties.

Chaque semaine, un épisode thématique de deux heures : les work songs, les spirituals, Stagger Lee, Watts 1965, Los Angeles 1992, le rap indépendant, les femcees, Lino… On y écoute beaucoup de musique, on y apprend deux ou trois trucs, on y partage l’amour de cette culture. Black Mirror, c’est aussi un blog avec plein d’infos, des vidéos, et où on retrouve toutes les émissions en podcast ainsi que les playlists téléchargeables : www.blackmir.blogspot.com

Black Mirror

 

 
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