13 août 1977: Lewisham

13 Août

Angleterre, années 70: face à un National Front en plein essor électoral, les initiatives destinées à en combattre les idées et les apparitions se multiplient sur le terrain. L’année 1976 voit notamment l’avènement de Rock Against Racism. C’est dans ce contexte, un an plus tard, qu’eut lieu la « bataille de Lewisham » (un quartier populaire du sud de Londres) qui vit les partisans du National Front mis en déroute le 13 août 1977.

Face aux méthodes policières déployées lors de l’arrestation de 21 jeunes noirs du quartier, une association de défense des « 21 de Lewisham » vit le jour, autour des familles des jeunes. En guise de réponse à cette initiative, le National Front prévoyait une manifestation contre la délinquance pour le 13 août, dont le parcours devait relier New Cross à Lewisham.

Ce jour-là, de 4 000 à 6 000 anti-fascistes (selon les sources) se rassemblèrent pour s’opposer au défilé des quelques 800 partisans du National Front, face à des forces de police armées de matériel anti-émeute jamais utilisé auparavant en Angleterre.

La riposte antifasciste eut lieu en deux temps: tout d’abord, un cortège de plusieurs milliers de personnes se rassembla en une marche pacifique organisée en parallèle à celle du National Front. Ce premier cortège était emmené par  la campagne locale de lutte contre le racisme et le fascisme (« All-Lewisham Campaign Against Racism and Fascism »),  des autorités religieuses, le parti communiste, quelques personnalités politiques locales, de nombreuses associations de quartier et des représentants syndicaux qui avaient d’abord tenté, en vain, de faire interdire la manifestation.

Les membres de Rock Against Racism, du Socialist Workers’ Party et du comité de défense et d’autres groupes encore invitaient quant à eux les manifestants à poursuivre la journée en se rassemblant à l’endroit même où le National Front avait prévu son point de départ, à Clifton Rise. Pour ce deuxième groupe, l’organisation d’une manifestation parallèle n’était pas suffisante: il fallait empêcher purement et simplement le National Front d’occuper la rue. Plusieurs centaines de personnes se rendirent à ce second rendez-vous. Les fascistes du National Front, contraints d’interrompre leur manifestation, ne durent leur sortie qu’à l’escorte des forces de police, sans qui ils n’auraient pas été en mesure de reprendre leur route un peu plus loin, sous les jets de fruits des habitants,  jusqu’au centre de Lewisham, où les attendaient encore d’autres antifascistes et des jeunes du quartier, plus nombreux que les partisans du National Front et les forces de police réunis. Face à une telle mobilisation, les manifestants décidèrent finalement de modifier et d’écourter leur trajet en rejoignant à la hâte le nord du quartier. Le centre ville fut ensuite le théâtre d’affrontements nombreux entre les forces de police et les antifascistes, les premiers n’hésitant pas à faire usage de tout leur arsenal contre les seconds, non sans avoir d’abord protégé et laissé partir les sympathisants du National Front.

Cette journée marqua un tournant important dans l’histoire de l’antifascisme en Angleterre. Si les médias ne retinrent de cette journée que des violences de la part des antifascistes et déformèrent largement le déroulé des événements, les habitants du quartier et les antifascistes surent démontrer qu’ils ne céderaient pas la rue aux fascistes, infligeant au National Front « sa plus lourde défaite sur le terrain » et favorisant la création, à la fin de l’année, de la Anti-Nazi League.

 

Lewisham

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