Séance du dimanche. Incident à Oglala

16 Août

INCIDENT-A-OGLALA

Un documentaire réalisé en 1992 par Michael Apted. Robert Redford en voix off. Il retrace l’histoire de Leonard Peltier, le plus ancien prisonnier politique des États Unis après la libération d’Albert Woodfox, des Black Panthers, libéré le mois dernier.

Le documentaire part de l’incident en lui-même, qui devait aboutir à la condamnation à perpétuité de Leonard Peltier, membre de l’American Indian Movement. Le 26 juin 1975, deux agents du FBI – Jack R. Coler et Ronald A. Williams – pénètrent à Oglala, la réserve sioux-Lakota de Pine Ridge, à la poursuite de Jimmy Eagle, un jeune Indien soupçonné d’un vol gravissime, qui valait bien une telle poursuite de la part de de deux agents fédéraux : une paire de bottes. L’arrivée sur les chapeaux de roue des cow boys du FBI en pleine réserve indienne est vécue comme une provocation –toute ressemblance avec une autre réalité suburbaine dans un autre pays serait vraiment fortuite–, il s’ensuit une fusillade Coler et Williams sont abattus et un autre jeune Amérindien de 21 ans, Joe Stunts, est également tué.

Il faut se souvenir que la situation à Pine Ridge à ce moment-là était de toute façon explosive : deux ans auparavant avait eu lieu l’occupation du site extrêmement symbolique de Wounded Knee, situé au cœur de la réserve, par les opposants indiens au chef officiel de la réserve, Richard « Dick » Wilson, aidés par des activistes de l’A.I.M. (American Indian Movement), alors en pointe dans la lutte politique pour l’éfgalité des droits, aux côtés, entre autres, des Black Panthers. Cette occupation avait duré 71 jours (voir notre séance consacrée à La révolte amérindienne de Wounded Knee).

Wounded Knee 1973

Elle avait permis de faire connaître la cause amérindienne aux Etats-Unis et dans le monde entier, mais si certaines revendications avaient pu être satisfaites, le résultat sur place avait été plus que mitigé. Outre que plusieurs victimes étaient à déplorer dans les rangs des assiégés, Richard Wilson avait très rapidement pu reprendre le pouvoir à l’intérieur de la réserve, où il faisait régner la terreur avec sa milice personnelle, les GOONS (Guardians of the Oglala Nation), qui multiplièrent les exécutions sommaires au sein des sympathisants de l’A.I.M. et de ses opposants, en toute impunité : 66 personnes sont mortes de mort violente à Pine Ridge entre 1973 et 1975. Une situation explosive, donc, qui explique en partie pourquoi une telle fusillade a pu éclater pour un prétexte aussi futile.

Le problème c’est qu’on ne touche pas au FBI. Que les pauvres se tuent entre eux, c’est une chose. Que des Amérindiens pauvres –Pine Ridge est un des endroits les plus misérables des États Unis– s’entretuent, ça ne pose aucun problème aux autorités fédérales. Mais qu’on s’en prenne à l’État en tirant sur deux de ses agents, c’est impardonnable. Dans les jours qui ont suivi la fusillade a commencé une chasse à l’homme menée par des centaines d’agents du FBI quadrillant Pine Ridge et traquant en particulier l’A.I.M., dont plusieurs centaines de militants furent arrêtés. Il fallait absolument trouver un coupable ou, à défaut, le fabriquer. Trois militants sont arrêtés, deux sont acquittés. Un troisième, réfugié au Canada puis extradé sert de bouc émissaire et écope d’une condamnation à perpétuité.

Leonard peltier fist

C’est Leonard Peltier, condamné à partir de preuves falsifiées, des faux témoignages obtenus sous la menace, des jurés manipulés, dans des conditions dont plus personne ne doute qu’elle n’ont rien à voir avec la justice, et tout avec une vengeance d’État.

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