Black Mirror 14 : Early Reggae, Rude Boys et politricks

21 Août
Jimmy Cliff aka Ivanhoé, pose à la Stagger Lee.

Jimmy Cliff aka Ivanhoé, pose à la Stagger Lee.

 « Early Reggae, Rude Boys et politricks »

En 1968, l’allégresse de l’indépendance paraît déjà bien loin en Jamaïque, qui s’enfonce de plus en plus dans la crise. Le chômage et la misère s’emparent de l’île durablement. Les deux partis qui se disputent le pouvoir laissent la situation sociale empirer, et arment les rude-boys pour faire régner la terreur chez l’adversaire. Les flingues inondent les shanty towns. La musique ne suffit évidemment pas à apaiser le ghetto, la violence atteint un niveau dramatique et explose à chaque élection. Le temps des chansons d’amour est vite révolu, pour laisser place peu à peu à une critique sociale explicite : la musique doit prendre position.

Le mot « Reggay » apparaît pour la première fois en 1968 dans un morceau des Maytals, comme une réponse au « Rocksteady » d’Alton Ellis deux ans plus tôt. Encore une danse. On entend dans ce « Do The Reggay » ce qui sera la signature pour longtemps de la musique jamaïcaine : un tempo encore ralenti, une guitare rythmique doublée d’un écho caractéristique, une basse plus lourde et chaloupée qui assure l’ossature et permet à la batterie de se libérer du battement pour virevolter, ornementer, parler. Ce reggae naissant va se faire conscious, il se tourne vers l’Afrique ancestrale et ses rythmes de révolte qui ont survécu à l’esclavage, vers les racines, les « roots ». Les tambours des maroons, ces anciens esclaves insurgés réfugiés dans les collines, s’invitent dans la musique populaire, comme pour affirmer une filiation directe entre esclavage et ghetto, entre révolte passée et colère présente. Les jamaïcains pauvres ont posé les bases de leur musique. Elle se nourrit de leur histoire particulière et sera bientôt indissociable, et pour longtemps, d’une religion qui leur est propre : Rasta.

C’est le Reggae qui va faire connaître cette minuscule langue de terre montagneuse au monde entier, à travers la B.O d’un film Noir, tourné dans le ghetto avec peu de moyens, qui raconte l’histoire de tous les rude-boys : « The harder they come », sorti en 1972. Jimmy Cliff, petit mec de la campagne monté à la capitale en rêvant de gloire, se retrouve vite contraint de tremper dans le trafic pour s’en sortir. A la manière d’un Stagger Lee des temps modernes, il est poursuivi par le pouvoir pour avoir buté un flic, et devient une légende du ghetto, qui le protège et l’adule. Succès mondial, essentiellement pour sa musique, le film offre pourtant une peinture de la vie des ghettos de Kingston qui frappe par son authenticité. Désœuvrement, espoir, violence, trafic, corruption, danse… tout y est, comme un précieux témoignage de cette période charnière tant au niveau musical que social et politique.

L’émission : https://tilidom.com/start_download?token=AEF4A92AB

Black Mirror, émission hiphop

En partant du sample, élément de base du hip hop, Black Mirror essaye de remonter le cours de l’histoire, de retourner aux racines d’une musique qui a commencé par regarder vers son passé pour aller de l’avant. Et cette histoire est avant tout une histoire sociale, celle du peuple Noir aux USA, déporté d’Afrique, réduit à l’esclavage pendant des siècles, puis soumis à la ségrégation, aux lois Jim Crow, au lynchage. De la plantation au ghetto, de l’esclavage légal à l’esclavage salarié. C’est aussi l’histoire d’un soulèvement, des révoltes d’esclaves aux émeutes de Watts, des églises noires au Black Panther Party, du blues aux block-parties.

Chaque semaine, un épisode thématique de deux heures : les work songs, les spirituals, Stagger Lee, Watts 1965, Los Angeles 1992, le rap indépendant, les femcees, Lino… On y écoute beaucoup de musique, on y apprend deux ou trois trucs, on y partage l’amour de cette culture. Black Mirror, c’est aussi un blog avec plein d’infos, des vidéos, et où on retrouve toutes les émissions en podcast ainsi que les playlists téléchargeables : www.blackmir.blogspot.com

Black Mirror

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