Black Mirror 18 : James Brown #2 « Say it loud ! »

27 Août

James Brown

De Harlem à la Maison Blanche

Après le live historique à l’Apollo Theater d’Harlem commencent pour James Brown les années fastes de sa carrière. Celles qui le voient révolutionner la soul avec ses musiciens aux ordres, contraints de donner le meilleur d’eux-même jusqu’à l’épuisement. Ensemble, ils imposent une nouvelle vision de la musique, plus rude (la « raw soul »), plus urbaine, plus dépouillée. Peu à peu, les mélodies s’estompent, tous les instruments se plient au groove ultime, squelettique, enragé, incendiaire, à l’image des ghettos qui s’embrasent.

La musique de James Brown sera la bande son des émeutes qui secouent les USA tous les étés de 1965 à 1969. Lui qui s’était tenu jusque là à l’écart de la politique va tenter de profiter de sa notoriété nouvelle pour s’improviser porte-parole de la rue, s’engouffrant dans des erreurs cuisantes, errant d’incohérences en contradictions. Admirateur de Luther King, hostile à la violence, lançant des appels au calme à la demande des autorités, serrant la patte du vice président, jouant pour les troupes au Vietnam, sortant le single patriote « America is my home » quelques mois après l’assassinat du révérend, on a souvent du mal à le suivre. En fait, James Brown a toujours défendu une forme de Black Power économique, il prônait un « capitalisme Noir », persuadé que l’éducation et le travail pouvaient à eux-seuls triompher du racisme structurel de l’État.

Tiraillé entre son amour pour le peuple du ghetto et ses rêves de gloire, celui que Carmichael (premier leader à employer l’expression « Black Power ») désignait comme dangereux parce que trop écouté a souvent produit une musique dont le sens profond semblait lui échapper: la révolte du monde Noir contre le monde Blanc, du ghetto contre l’élite. Il finira même par renier l’immense « Say it loud i’m black and I’m proud », hymne du Pouvoir Noir, regrettant qu’il ait été « mal compris », et qu’il lui ait coûté une partie de son public : les Blancs et les classes moyennes Noires.

Deux heures de musique, de politique, de luttes. « We’d rather die on our feet than keep a’living on our knees » (« Plutôt mourir debout que vivre à genoux »)

L’émission : http://www.mediafire.com/listen/9akmofexosofw5f/BCK+MIR+S.02+EP.18.mp3

 

« Cold Sweat »,live de 1968, le morceau qui contient tout le funk moderne

 

Plein de vidéos sur la page de l’émission : http://blackmir.blogspot.fr/2015/02/s02-ep18-james-brown-de-harlem-la.html

Une sélection de deux heures, en complément, ses débuts, de 1955 à 1964, où on le voit passer du R’n’B à la soul pour finir par poser les bases du funk dont il est, sinon l’inventeur, du moins le boss incontesté. L’occasion aussi d’écouter les fameuses « Funky Divas »; James Brown savait s’entourer, et a produit certaines des plus grandes chanteuses de l’époque : http://blackmir.blogspot.fr/search/label/EP.35%20%3A%20Selekta%20sp%C3%A9ciale%20Early%20James%20Brown%20%26%20Funky%20Divas

 

 

Black Mirror, émission hiphop

En partant du sample, élément de base du hip hop, Black Mirror essaye de remonter le cours de l’histoire, de retourner aux racines d’une musique qui a commencé par regarder vers son passé pour aller de l’avant. Et cette histoire est avant tout une histoire sociale, celle du peuple Noir aux USA, déporté d’Afrique, réduit à l’esclavage pendant des siècles, puis soumis à la ségrégation, aux lois Jim Crow, au lynchage. De la plantation au ghetto, de l’esclavage légal à l’esclavage salarié. C’est aussi l’histoire d’un soulèvement, des révoltes d’esclaves aux émeutes de Watts, des églises noires au Black Panther Party, du blues aux block-parties.

Chaque semaine, un épisode thématique de deux heures : les work songs, les spirituals, Stagger Lee, Watts 1965, Los Angeles 1992, le rap indépendant, les femcees, Lino… On y écoute beaucoup de musique, on y apprend deux ou trois trucs, on y partage l’amour de cette culture. Black Mirror, c’est aussi un blog avec plein d’infos, des vidéos, et où on retrouve toutes les émissions en podcast ainsi que les playlists téléchargeables : www.blackmir.blogspot.com

 

Black Mirror

 

 

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