Black Mirror 19 : James Brown #3 « Forever Suffering »

28 Août

James-Brown-and-Muhammad-Ali

Entre 1968 et 1974, James Brown creuse inlassablement le sillon d’une musique rugueuse, sexuelle, sans concession. Ce sont ses dernières grandes années. Il se fera ensuite déborder, puis submerger par la version froide et édulcorée d’une Funk qu’il avait défendue corps et âme : le Disco prend le pouvoir, avec ses batteries synthétiques et son groove robotisé, et accompagne la défaite des luttes de libération.

James se perd, à tous niveaux. Il essaye désespérément de s’accrocher à son trône, mais ses fautes politiques lui font perdre le soutien du peuple des ghettos. La rupture est consommée définitivement quand il se rallie à Nixon, ennemi déclaré des pauvres et des Panthers. On manifeste même devant ses concerts, aux cris de « James Brown, Sold brother number one » (« le frère vendu n°1 »). Le tyran est de plus en plus isolé, il enchaîne les deuils, ses choristes et ses musiciens l’abandonnent. Même Bobby Bird, qui lui était toujours resté fidèle, finit par le quitter. Brown, rattrapé par ses démons, va sombrer dans la drogue, les violences conjugales, la prison.

On ne s’attardera pas trop sur sa déchéance. On préfère écouter les morceaux surpuissants qu’il a produits début 1970, avec les immenses musiciens qu’il continue d’attirer à lui, qu’il forme puis lessive : Bootsy Collins, Fred Wesley, Pee Wee Ellis, Maceo Parker, Clyde Stubblefield etc. Ceux qui prendront la relève, et inventeront le funk moderne qui donnera naissance au Hip-hop peu après, ceux qui seront saignés par la G-Funk de la côte Ouest au début des années 1990.

C’est aussi dans cette période que James Brown découvre l’Afrique, où il tourne pour la première fois en 1969. Cette rencontre le bouleverse. Il pleure en mettant le pied sur l’île de Gorée. Il fait la connaissance d’un de ses dignes représentants, Fela Kuti, qui pratique un Afrobeat inflammable qui doit beaucoup aux JB’s. Il joue devant un stade surchauffé à Kinshasa en 1974, pour le légendaire combat Ali / Foreman, avant de se produire à grand frais pour le sacre du sinistre Omar Bongo, reconduisant une fois de plus cette terrible fracture entre son amour pour le peuple et ses désirs de gloire.

James Brown meurt en 2006, après avoir assisté à l’avènement du Hip-hop, conscient que les B-boys lui devaient beaucoup, sinon tout. Son corps est exposé une dernière fois à l’Apollo Theater qui l’avait couronné en 1962, et des milliers d’anonymes viennent lui rendre un dernier hommage. Car malgré ses errances, il restera à tout jamais le « Godfather of Soul ».

L’émission : http://www.mediafire.com/listen/5bhm3ilzh05jxu5/BCK+MIR+S.02+EP.19+-+James+Brown+%233.mp3#3.mp3

On peut voir le très beau film « Soul 74 » qui raconte ce concert épique, là : https://www.youtube.com/watch?v=C8QDuwaSMfA

Mais aussi « When we were kings », indispensable, sur ce combat symbolique et légendaire, là : https://www.youtube.com/watch?v=QAZUjv3rr88

En complément de l’émission, une sélection qui fait une place de choix à ses choristes, grandes chanteuses trop souvent restées dans son ombre immense, alors qu’elles se révèlent renversantes. Et puis la relève du « Heavy funk » : Maceo, Fred Wesley, Bootsy Collins…

Deux heures de musique incandescente :  http://www.mediafire.com/listen/9mcliqedm8dr48h/BCK+MIR+S.02+EP.20.mp3

(Lynn Collins, la « Female Preacher », chez Soul Train)

 

Black Mirror, émission hiphop

En partant du sample, élément de base du hip hop, Black Mirror essaye de remonter le cours de l’histoire, de retourner aux racines d’une musique qui a commencé par regarder vers son passé pour aller de l’avant. Et cette histoire est avant tout une histoire sociale, celle du peuple Noir aux USA, déporté d’Afrique, réduit à l’esclavage pendant des siècles, puis soumis à la ségrégation, aux lois Jim Crow, au lynchage. De la plantation au ghetto, de l’esclavage légal à l’esclavage salarié. C’est aussi l’histoire d’un soulèvement, des révoltes d’esclaves aux émeutes de Watts, des églises noires au Black Panther Party, du blues aux block-parties.

Chaque semaine, un épisode thématique de deux heures : les work songs, les spirituals, Stagger Lee, Watts 1965, Los Angeles 1992, le rap indépendant, les femcees, Lino… On y écoute beaucoup de musique, on y apprend deux ou trois trucs, on y partage l’amour de cette culture. Black Mirror, c’est aussi un blog avec plein d’infos, des vidéos, et où on retrouve toutes les émissions en podcast ainsi que les playlists téléchargeables : www.blackmir.blogspot.com

 

Black Mirror

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