Cas d’école : ça commence encore plus tôt l’inégalité

7 Sep

Il y a un an, sous l’influence de l’extrême droite catholique, nos sorties d’école s’enflammaient sur la théorie du genre et la protection morale de nos enfants ainsi que sur l’inquiétante baisse du niveau scolaire. Il fallait protéger nos petits de tout ces dangers auxquels l’école les exposait, à tel point que certain.e.s avaient décidé de retirer leurs enfants de l’école en signe de protestation. Quels étaient les périls ? L’ « ABCD de l’égalité » allait contraindre nos enfants à se masturber en classe et nos filles et garçons à se travestir pour de devenir des « LGBT ». Les enseignants, obéissant au service d’un Etat « franc-maçon », avaient désormais pour mission de détruire les enfants qu’ils accueillaient dans leurs classes au nom d’un projet métaphysique aussi effrayant que mal défini par les propagateurs de cette rumeur.

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Qu’en est-il aujourd’hui, seconde rentrée scolaire après cette mobilisation reposant sur la peur ?
Nos filles ne sont pas devenues des garçons et nos garçons ne sont pas contraints à sortir leur zizi devant leur maitresse pour une démonstration de masturbation.

En revanche, l’aménagement des rythmes scolaires décidé par le gouvernement Valls/Hollande a profondément modifié l’organisation scolaire, éducative et culturelle de nos quartiers populaires. Et cette restructuration est réellement nocive à l’avenir de nos enfants.

Pendant que l’extrême droite catholique, et ses supplétifs issus nos quartiers, détournaient l’attention des parents d’élèves sur des questions fantasmées de morale, le gouvernement Valls engageait une profonde réforme marchande de l’école, de la maternelle au primaire.
La réforme des rythmes scolaires que le gouvernement nous a vendu comme permettant à nos enfants de faire du violon, du piano, du cheval – en somme des activités artistiques, sportives et éducatives nobles – se traduit dans les faits par moins d’heures de cours encadrés par l’Education Nationale, dotée de moins de moyens et remplacées par des heures de centre de loisirs – que l’on nous annonçait gratuites – mais dans les faits, aujourd’hui payantes.
Cerise sur le gâteau socialiste, et rançon de décisions non concertées, avec la modification des taux d’encadrement venue compléter cette réforme des rythmes scolaires, l’accueil de nos enfants sur le temps périscolaire est devenu une catastrophe éducative.
La réforme a apporté en effet une modification importante des taux d’encadrement minimum dans les accueils de loisirs. Elle permet aux organisateurs de diminuer leur nombre d’animateurs. On passe à un animateur pour 18 enfants pour les plus de 6 ans.
Les personnes qui vont chercher leurs enfants dans un centre de loisirs d’un quartier populaire réalisent sans mal la régression dans la qualité des projets éducatifs avec de pareils ratios d’encadrement. Tubes FM à fond en lieu de hautbois et clavecins promis, un ballon de foot sur une cour en bitume pour les garçons et des coloriages pour les filles en lieu des projets sociosportifs et culturels. Les défenseurs de la morale peuvent être contents : la réforme des rythmes scolaire accroit les inégalités sociales qui leur permet de dénigrer l’école publique pour mieux mettre en valeur l’école privé et religieuse qu’ils défendent et qui les fait vivre.
Nos pères et mères la morale le savent bien, le Diable se niche toujours dans les détails.
Comme par exemple dans cette séquence d’agitation politique dans laquelle on détourne notre attention sur des histoires de morale tandis que la dégradation de l’école publique et gratuite explose dans les quartiers populaires en raison de cette « réforme » des rythmes scolaires.

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Nos quartiers sont rarement situés dans des villes riches. Dès lors, les moyens consacrés à la formations des animateurs et à l’exercice de leur mission sont réduits à peau de chagrin, transformant encore plus les centres de loisirs en garderie et les animateurs en grand frère/sœur, justes capables d’éviter qu’un petit mette ses doigts dans la prise.
En somme une garderie familiale, mais payante.
Toutes les communes, y compris celles gérées par les socialistes, conviennent aujourd’hui qu’il leur faut dorénavant faire payer cet encadrement, qui devait être gratuit.
Le discours officiel est « la promotion par l’éducation », dans les faits c’est « une éducation en promotion ».
C’est à dire au rabais pour nous et une possibilité de faire des affaires sur notre dos pour une clique d’affairistes à laquelle les défenseurs de la Morale appartiennent.

L’État a réalisé de belles économies en se déchargeant d’heures d’encadrement sur les communes. Il leur a fait miroiter des compensations financières qui sont au final insuffisantes. L’autonomie sans les moyens : c’est la catastrophe. Comme d’habitude c’est à nos frais que sont les dégâts.

Les classes populaires doivent aujourd’hui payer un encadrement gratuit auparavant. Pour réaliser cette opération de casse du service public, le gouvernement avait besoin d’un contre-feu sur un débat stérile : l’extrême droite lui a servit sur un plateau sa mobilisation outrancière et réactionnaire sur les ABCD de l’égalité et autres « théories du genre ».
Tandis que l’extrême droite faisait diversion sur des questions morales importées sans raison à l’école, le gouvernement socialiste s’est déchargé d’heures d’encadrement sur les communes qui aujourd’hui nous les facturent.
Le droit est devenu une marchandise, un produit de consommation. De l’intérêt commun à la privatisation des services publics : chacun pour soi et la Morale pour tous.
Les socialistes, avec la complicité active et objective de l’extrême droite ont pu ainsi rompre l’égalité devant les apprentissages, accentuant l’avènement de l’école à plusieurs vitesses (et donc à plusieurs prix) des marchands qui remplace l’École publique.

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Adversaire acharnée de l’école publique qui doit offrir à tous les enfants l’accès au savoir, l’extrême droite catholique y a trouvé son compte en agitant ses fantasmes de masturbation à l’école, de viols d’enfants et d’éducation transgenre.
Elle a contribué à affaiblir l’école publique et gratuite avec la complicité du gouvernement socialiste, poussant de nombreuses familles vers l’enseignement privé et religieux.
La logique marchande des libéraux au pouvoir est compatible avec la logique du « tout pour ma gueule » des droites radicales.
Pendant que l’extrême droite et ses complices agitaient des moulins à vents, les socialistes faisaient des économies sur notre dos tout en offrant le marché des premiers cycles de l’Éducation Nationale au secteur privé.

6 Réponses to “Cas d’école : ça commence encore plus tôt l’inégalité”

Trackbacks/Pingbacks

  1. Farida Belghoul : Game Over. | Quartiers libres - 29 mars 2016

    […] Dur maintenant d’assumer les déclarations filmées devant le tribunal sans mettre à mal les basses œuvres réalisées par les JRE qui ont permis d’amplifier le fossé entre l’école et les parents des classes populaires pour le plus grand profit des écoles privées cultuelles. Cerise sur le gâteau de la dissidence en carton, pendant que Tata Farida nous vendait l’école payante de ses bailleurs de fonds de la droite catholique en l’enrobant avec un discours pieu, le gouvernement était lui bien content de voir une bataille sur des moulins à vent détourner l’attention d’une fraction des classes populaires des réformes alors en cours dans l’Éducation Nationale. L’ABC de l’égalité n’a rien changé dans les cours d’école. Nos gamins n’ont pas été violés en masse par des maîtresses d’école satanistes comme Tata Farida le clamait. Par contre, les nouveaux rythmes scolaires ont renforcé les inégalités sociales en transformant les activités périscolaires en garderies sociales dans les écoles des villes populaires qui n’ont pas la volonté et les moyens d’organiser des cours de violon et d’équitation pour des familles qui ont déjà du mal à payer la cantine. Les municipalités, pour leur grande majorité, en ont profité pour se « restructurer » c’est-à-dire faire des économies sur la qualité de l’encadrement. […]

  2. Qui aime Trump aime la Police | Quartiers libres - 11 mai 2016

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  6. C’est la rentrée | Quartiers libres - 3 septembre 2016

    […] a aussi permis au Gouvernement de détruire encore un peu plus le service public d’éducation nationale. Cela a suscité partout des […]

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