Séance du dimanche. Pixo

27 Sep

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Le Pixo c’est une espèce de tag, mais à la brésilienne, un truc totalement improbable. Les lettrages sont inspirés des runes sur les pochettes de disques de métal américains des années 90, mélangés à des signes tout droit sortis de l’imaginaire des gosses des favelas. Un style que personne ne pouvait voir venir arriver, imagine : des Brésiliens repiquent le langage du père de Legolas pour en faire l’expression artistique ultime des favelas. Que le gars qui avait vu venir ça lève le doigt on lui élève une statue (qu’on recouvrira de pixaçoes, évidemment).

Dans ce documentaire de 2009, deux documentaristes : Roberto T. Oliveira, João Wainer filment l’énergie de malade déployée par des bandes de gosses de São Paulo qui réalisent le carton le plus systématique et le plus radical de l’histoire du graffiti urbain. Comme les pionniers du tag et du graf qui cherchaient leur dose d’adrénaline en réalisant d’énormes fresques sur des wagons de métro, ces Bresiliens qu’on appelle les pixadores (du picho le bruit du spray de la bombe) posent leur signature, leur nom, celui de leur posse sur des endroits les plus dangereux de la ville, toits, façades, ponts pallisades, échaffaudages Ils escaladent les endroits les plus hauts et ils en font le plus possible. La prise de risque est réelle, démesurée même, les morts et les accidents sont courants. La dangerosité de la pratique est indissociable de la pratique artistique, elle en fait partie même, il s’agit de cartonner la ville, revendiquer sa possession, sans message intelligible, il faut rendre la lecture incompréhensible sauf par les initiés. La plupart des pixadores vivent dans les favelas, beaucoup sont analphabètes, ils n’écrivent pas mais inventent leur langage et leurs signes.

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Le Pixaçao date du début des années 80, finalement c’est assez vieux à l’heure des réseaux sociaux, on s’étonne qu’un mouvement aussi radical ait si peu émergé et soit si peu connu en dehors de son lieu de naissance. Peut-être est-ce parce qu’il est issu d’une culture populaire et qu’il est difficile de le faire rentrer dans une galerie afin qu’il devienne un objet de spéculation et d’investissement.

Une scène du documentaire montre l’intervention d’un gang de Pixadores qui font irruption dans une galerie d’art en cartonnant les oeuvres exposées, avant de repartir dans leur favela. A priori c’est tant mieux, le Pixo est encore un moyen d’expression, il signifie encore quelque chose pour les gens qui le pratiquent et il remet en cause le circuit fermé de l’art et de l’argent. Malgré tout cette séparation en dit long aussi sur l’état de la société brésilienne, les partitions violentes qui existent au sein de ces grandes villes, et le caractère avant tout spéculatif d’un marché de l’art complètement déconnecté de la réalité sociale.

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La vitalité des pixadores en dit long aussi sur la capacité créatrice des ghettos, sur des générations toujours capable de réinventer avec presque rien, mais beaucoup de débrouille et un maximum d’idées. Une pratique issue du quartier, par le quartier, pour le quartier, à l’assaut de la société. Le Quartier, pas le Cartier : selon le bon vieux procédé de la critique intégrée et suivant les bonnes vieiles pratiques de la marchandisation de tout ce qui peut rapporter du fric dès lors qu’on lui colle une étiquette d’art contemporain, ce documentaire a été projeté en France d’abord par les charognards de la fondation du même nom. Ça n’enlève rien à l’authenticité du mouvement, évidemment. A quand une pixação du nid de vautours ?

Le docu en entier

https://vimeo.com/29691112

-Des extraits en français

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