Entretien avec Salah Hamouri : Ceux qui luttent savent !

29 Sep

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Salah, ton nom et ton visage sont connus en France de nombreux militants et sympathisants de la cause palestinienne. Pourtant, au-delà de ton incarcération et de ta libération, peu de gens ici connaissent ton parcours.

C’est vrai, en France mon histoire est souvent réduite à ma condamnation, à 7 années de prison et à la campagne de mobilisation pour ma libération.

Pourtant, j’ai été incarcéré 3 fois. Je suis entré en prison pour la première fois à l’âge de 16 ans pour 6 mois de détention. J’ai été remis en prison à 19 ans pour 5 mois de détention administrative. Je suis sorti en juillet 2004 et en mars 2005 j’ai été incarcéré cette fois ci pour 7 ans. Ces incarcérations peuvent paraitre surprenantes dans un parcours militant en Europe mais c’est une trajectoire banale pour un jeune Palestinien qui a grandi durant la seconde Intifada.

Peux-tu nous raconter comment les événements se sont enchainés pour toi ?

J’ai quinze ans quand débute la seconde Intifada. Comme de nombreux jeunes Palestiniens, je participe aux actions et aux manifestations contre l’occupation. J’y participe plus avec mon cœur qu’avec ma tête. C’est le sentiment d’injustice qui domine et qui me pousse à m’engager et à participer à l’Intifada. Comme beaucoup à cette époque, la mort des martyrs me marque : l’opération de résistance de Wafa Idriss sera pour moi, parmi d’autres, un acte important qui me poussera à m’engager d’avantage. En 2000, je suis blessé par balle lors d’une manifestation. En 2001, je suis incarcéré une première fois pour 5 mois, pour des tags appelant à la résistance populaire et pour avoir collé des affiches sur les murs de mon école. En 2004, alors que je suis étudiant à Bethleem, je suis incarcéré une deuxième fois suite à une perquisition dans un logement que je partageais avec des camarades étudiants. Les israéliens recherchaient deux d’entre nous qui seront condamnés à 2 et 4 ans de prison. Les 4 autres locataires de ce logement – dont moi – seront maintenus en détention administrative sans charge. Nous serons libérés au bout de 5 mois sans procès ni inculpation. En 2005, 7 mois après cette deuxième détention je suis de nouveau arrêté et cette fois condamné à 7 ans de prison.

Colombe Palestine

C’est le parcours classique d’un jeune qui se révolte en Palestine. De 2000 à 2004, pour moi comme pour de nombreux jeunes Palestiniens de ma génération ce sont des années d’engagement au quotidien pour la résistance populaire, tracts, manifestations, actions, nous ne vivons que pour l’Intifada. Notre jeunesse et notre enthousiasme compensent notre manque d’organisation et notre éloignement des organisations politiques structurées de la Résistance. Ce sont des années de luttes un peu autogérées, comme tu peux en avoir à cet âge avec ton groupe de copains. J’ai des idées politiques mais elles ne sont pas encore structurées dans un corpus idéologique fort. Ce qui domine, c’est le sentiment de révolte face à l’injustice. A la faculté de Bethleem, je milite au syndicat étudiant palestinien au sein de sa fraction de gauche. C’est là que commence à se structurer chez moi une réflexion idéologique sur le conflit. Ce cheminement de la révolte à l’idéologie sera accéléré par mon second passage en prison en 2004. J’ai alors 19 ans, je suis envoyé dans une prison avec des adultes. Ces 5 mois de détention administrative se font au contact de militants aguerris. Les Israéliens ont réoccupé la Cisjordanie. Avec l’opération Rempart, ils ont rempli leurs prisons de plus de 17 000 prisonniers politiques dont de nombreux cadres de la Résistance. La surpopulation carcérale contraint les Israéliens à mettre en contact des militants chevronnés avec des jeunes comme moi. Ces 5 mois de détention m’ont profondément marqué. Je me retrouve avec des militants de la première Intifada qui nous transmettent leurs expériences politiques, l’histoire de leur organisation. Se confronter à des gens qui ont fait des années de prison lors de la première intifada et qui se trouvent encore en prison 10 ans après, ça forge les convictions dans l’acier. À ma sortie, je garde le contact avec les camarades palestiniens de la gauche révolutionnaire que j’ai appris à connaître en prison.

À t’écouter, la prison a été pour toi une école de formation militante, presque un mal nécessaire dans ta formation militante. Qu’est ce qui s’est joué pour toi en prison ?

Entrer en prison, c’est entrer dans un autre monde où les lois de l’extérieur n’existent plus. C’est évidemment un monde de privation et de souffrance, où il faut savoir s’adapter rapidement. La prison ne s’adapte pas à toi, c’est à toi de t’adapter à elle. C’est particulièrement dur quand on est jeune. L’énergie de la jeunesse n’est pas compatible avec l’enfermement 24h/24h. C’est vrai partout dans le monde mais se retrouver dans des prisons ou les détenus sont majoritairement des politiques, c’est encore autre chose.

Pour ma troisième incarcération, après les longues semaines aux mains des services sécuritaires israéliens, je suis enfin mis en détention dans une cellule avec d’autres détenus. J’entre dans la cellule et je fais face à un homme âgé, avec des cheveux blancs. Je le salue, il me rend mon salut. Son nom ne m’est pas inconnu. Je fais face à Ahmad Hanani. C’est un militant historique de notre mouvement. L’homme est en prison depuis 20 ans. Il est entré en prison avant ma naissance. J’entre en prison dans la cellule d’un de ceux qui sont des exemples à l’extérieur. Il est presque 19h, mon arrivée ne chamboule pas l’organisation de la cellule. On passe à table, je partage mon premier repas avec mes camarades de cellule. Le repas fini, ils sortent les livres. Je commence mon premier cours politique de cette nouvelle détention. La vie de prisonnier prend le pas sur ma vie, il n’y a pas de transition, c’est immédiat. Ce rythme-là sera celui de ma détention. Marqué par la lecture, les cours, les rapports politiques à faire pour les autres camarades. En détention, chacun devait lire 2 à 3 livres par mois et faire un rapport sur ses lectures aux autres.

Quelles étaient vos lectures en prison ?

En bouquins proprement politiques on lisait beaucoup d’ouvrages de Lénine, mais il y avait aussi de la littérature étrangère comme Papillon d’Henri Charrière, des biographies militantes je me souviens du bouquin de Georges Malbrunot, Les révolutionnaires ne meurent jamais. On avait aussi des lectures plus théoriques comme Frantz fanon. On lisait aussi beaucoup de littérature arabe comme Elias Khoury La porte du soleil, Ghassan Kanafani Des hommes dans le soleil, Mustafa Khalife, La coquille.

Comment est organisée la détention dans les prisons israélienne pour les détenus palestiniens ? Qu’est-ce que cela a impliqué pour toi quand tu es entré en prison ?

Les luttes des prisonniers en Israël font qu’aujourd’hui en prison chaque organisation à ses quartiers, les sections de détention sont politiquement homogènes. La première chose quand tu entres en prison c’est d’apprendre à connaître tes nouveaux camarades. Il y avait 120 détenus dans mon bloc réservé à la gauche palestinienne. Certains sont plus engagés que moi dans la lutte, d’autre moins. L’acte d’accusation israélien me menace alors de 14 années de prison. Les premiers temps de la détention tu parles peu, tu écoutes. Il faut laisser venir à soi l’expérience de gens plus aguerris que toi à la prison et à la lutte. C’est une étape importante de la vie carcérale. Tu laisses la vie de la prison t’irriguer. Tu apprends comment on communique avec l’extérieur comment on communique entre détenus et comment on communique entre organisations au sein de la prison. Ainsi, tu t’imprègnes des luttes quotidiennes des prisonniers contre la tutelle de l’administration pénitentiaire. Les premiers jours de détention sont importants pour chaque détenu. L’organisation clandestine de la prison évalue ton niveau de formation politique, culturelle, ton niveau sécuritaire. Ces évaluations lui permettent de t’assigner une place dans l’organisation. Ces quelques jours fournissent à chaque nouvel entrant un emploi du temps immédiat : certains ont besoin de formation politique, d’autres sécuritaires. Cette étape a un double objectif : elle permet d’évaluer chaque nouvel entrant mais elle permet aussi à chaque nouveau détenu d’occuper son esprit et de se sentir pris en charge. Ce processus d’accueil te permet de comprendre que tu n’es pas seul face à la machine carcérale israélienne. Après, en fonction des individus, de leurs parcours militants à l’intérieur et à l’extérieur mais surtout aussi en fonction des évaluations faites par l’organisation clandestine de la prison, tu peux être amené à prendre des responsabilités dans la vie de la prison.

À t’écouter la prison semble autogérée par les militants politiques. C’est presque une université politique meilleure que ce que peuvent trouver les militants palestiniens à l’extérieur.

C’est le constat paradoxal personnel que je tire de mes incarcérations. L’organisation politique à l’intérieur de la prison est meilleure qu’à l’extérieur. Dans la prison, tu as la tranche sociale de la société palestinienne qui s’est sacrifiée pleinement pour les droits du peuple palestinien. A l’extérieur dans n’importe quelle organisation tu auras toujours des opportunistes, des gens qui vont s’engager mais qui vont à un moment jouer leur carte personnelle. En prison personne ne peut tricher. Tu as les révolutionnaires les plus purs en prison et ils entraînent par leur exemplarité l’ensemble des prisonniers. Ce sont eux qui par leur combativité permettent de maintenir un rapport de force avec l’administration qui est obligée de nous reconnaître des droits.

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La construction de la vie politique en prison n’est pas le fruit de ma génération, c’est celle qui est entrée en prison après 1967 qui a construit l’organisation clandestine dans les prisons. C’est la génération des Fedayins formée par la gauche révolutionnaire dans les années 60 à l’extérieur de Palestine au Liban en Jordanie. Ils sont rentrés en Palestine pour combattre, beaucoup sont morts lors d’opérations militaires, nombreux sont ceux qui se sont retrouvés en prison – pour beaucoup à vie. Ce sont eux qui les premiers ont demandé la séparation des prisonniers politiques des droits communs. Ce sont eux qui au prix de luttes souvent violentes avec l’administration ont obtenu cette capacité à s’organiser politiquement en détention pour les prisonniers palestiniens. Tout cela s’est fait dans le temps dans un rapport de force toujours constant mais dont l’intensité varie au grès des événements à l’intérieur et a l’extérieur de la prison. Aujourd’hui encore les prisons regorgent de luttes. J’ai participé comme d’autres détenus à des grèves de la faim et à d’autres formes de luttes en prison. C’est un rapport subtil avec les officiers qui gèrent les prisons. Pour leur carrière c’est mieux s’il n’y a pas de bordel et en même temps il faut qu’ils nous mettent la pression pour être bien notés. Chaque directeur de prison veut montrer que dans sa prison il parvient à garder le calme tout en nous « neutralisant » politiquement. C’est ce rapport de force constant qui par exemple nous permet encore aujourd‘hui de nous regrouper par formation politique dans la prison et de recréer une « mini OLP » ou chaque organisation FPLP, Fatha, Hamas, Jihad, etc… est représentée pour porter ensemble les revendications face à nos geôliers mais aussi pour peser sur la vie politique palestinienne à l’extérieur. C’est une sorte d’« OLP » libéré des bureaucrates qui regroupe au-delà du cadre politique de l’OLP à l’extérieur des prisons. C’est pour ça que je disais que la prison politiquement c’est paradoxalement mieux qu’à l’extérieur. En disant cela, il ne faut pas penser que la prison c’est du plaisir, c’est un espace de privation de liberté et de coercition violente. C’est un espace où la vie est dure, où elle est rendue dure par les autorités pénitentiaires.

Justement dans ce contexte carcéral comment as-tu géré tes détentions ? Comment as-tu fait pour tenir le coup pour ta 3eme détention lorsqu’ à l’âge de 20 ans, tu risquais 14 ans de prison ?

Il y a une expression en arabe qui dit «  quand tu vois les galères des autres, tu te dis que tu n’as rien finalement ». Par exemple, l’homme dont j’ai parlé tout l’heure, celui qui m’accueille dans sa cellule pour ma 3eme détention. J’ai dit que son nom Ahmad Hanani ne m’était pas inconnu. J’étais ami avec son fils à l’extérieur. Son fils ne pouvait lui rendre visite depuis 1996. L’homme qui m’accueillait en 2005 était en prison depuis 20 ans. Son fils que je connaissais de l’extérieur ne l’avait pas vu depuis 1996. Qu’est-ce que pèsent à ce moment-là les incertitudes de ma détention ? En 2006, son fils est à son tour incarcéré, les deux se croisent pour la première fois après 10 ans de séparation en détention dans notre prison. A ce moment, la seule chose que j’ai en tête c’est que je veux être fort comme eux. Si eux ils tiennent : je tiendrai. En prison, tu croises des camarades qui sont passés par des moments plus durs que toi et qui sont toujours debout. À leur contact, tu apprends la persévérance qui te permet d’affronter les années de détention. En 2007, je suis transféré dans la prison de Hadarim. Je me retrouve pour la première fois à 3 dans une cellule. La première classe par rapport à mes conditions de détention précédente. Dans cette prison réservée aux prisonniers importants – ce que je deviens malgré moi a cause de la campagne de soutien international – il y a de nombreux dirigeants politiques et militaires de la Résistance. J’entre dans la prison du secrétaire général du FPLP. Comment tu veux ne pas être à la hauteur quand tu te retrouves dans la même prison qu’Ahmed Saadat qui a été emprisonné dans la prison palestinienne de Jéricho, sous la surveillance des Américains et des Britanniques pour être finalement livré aux Israéliens ? Quand je croise Saadat, il a plus de 20 ans de prison au compteur. Il est encore fort, te pousse à lutter. Il organise des cours pour les camarades. La prison regorge d’exemples auxquels tu peux t’accrocher quand tu es un jeune militant. Je ne dis pas que c’est facile, loin de là. La vie en détention c’est dur très dur, mais au contact de camarades exemplaires tu prends de la force. Et puis il y a la lecture, les livres, les discussions politiques avec les camarades, les prises de parole quand c’est toi qui doit rapporter sur un thème. Toutes ces étapes toutes ces rencontres transforment ton engagement. Pour moi progressivement le sentiment d’injustice qui a été le moteur de mon engagement est remplacé par l’idéologie, par le politique. Les sentiments ça monte et ça descend. Là, je sens en moi autre chose : ces années de détention sont pour moi des années d’adhésion idéologique. L’acier est trempé.

Ahmed Saadat, Samir Kuntar, Marwan Barghouti, Salah Hamouri

Ahmed Saadat, Samir Kuntar, Marwan Barghouti, Salah Hamouri

Tu as évoqué la campagne internationale organisée autour de toi par le mouvement communiste français en particulier la Jeunesse Communiste et le Parti Communiste Français. Peux-tu nous dire le rôle que cela joué lors de ta détention ?

En 2007, ma mère qui est française m’annonce qu’elle a pris contact avec Jean-Claude Lefort député communiste français qui avec d’autres vient de créer un comité de soutien pour ma libération. Cette annonce me réjouit, car de façon théorique je sais l’utilité des campagnes de solidarité internationale pour tous les peuples en lutte. Mais à ce moment-là, je ne mesure pas encore l’ampleur que cela va prendre. Je ne vais pas tarder à le découvrir. Ma mère me demande d’écrire un mot sur ma situation. On fait sortir ce mot de la prison. C’est ma première communication avec le comité de soutien. Très vite je reçois la visite de Jean-Claude Lefort. Son statut de député français contraint les autorités israéliennes à le laisser me visiter. J’ai la double nationalité par ma mère. Notre première rencontre est drôle, je n’ai pas encore « un français très courant ». Je lui parle des livres de nos lectures en prison. En sortant de cet entretien Jean-Claude lance avec le comité de soutien la campagne des livres et des courriers pour Salah. Une vingtaine de jours après, un officier de la prison m’amène un énorme sac contenant des dizaines de livres. Je vais ainsi recevoir parfois jusqu’à 300 livres et 500 lettres par semaine. Le directeur de la prison finit par me convoquer pour me dire qu’il faut que cela s’arrête, ils n’arrivent plus à contrôler le flux de ce que l’on m’envoie. Dans la prison, mes camarades m’interrogent. Chacun veut comprendre le sens de ces envois. Alors j’explique que des militants en France marquent leur soutien à notre lutte à travers moi en envoyant des livres et des courriers. C’est la preuve que la propagande israélienne qui veut nous faire passer pour des terroristes assoiffés de sang ne marche pas. À partir de ce moment l’arrivage d’un sac plein de livres ou de courriers provoque les sourires sur les visages des détenus. À chaque livraison, chacun prend conscience que dans notre lutte nous ne sommes pas isolés. C’est à ce moment que je comprends que je vais avoir une responsabilité politique singulière. Jusqu’à présent, j’étais un militant palestinien parmi des centaines de milliers d’autres. Là, s’ouvre pour moi une nouvelle tâche militante : celle de faire le lien entre les militants français et les militants ici en Palestine.

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Mon rôle en détention va être de faire connaître le sort des prisonniers politiques palestiniens. Je m’attèle à cette tâche militante en écrivant des textes pour le comité de soutien dont certains sont lus pendant ma détention par ma mère à la fête de l’Humanité sur la grande scène devant des dizaines de milliers de personnes. Le journal l’Humanité publie aussi mes écrits. Une des anecdotes marrantes de cette campagne, c’est qu’à un moment le comité de soutien fait passer la consigne d’utiliser les impressions personnelles de timbres de La Poste pour m’écrire. Je reçois donc des centaines de lettres avec ma tête sur les timbres. Qui peut imaginer à ce moment en Israël que La Poste offre à n’importe quel quidam le luxe de se payer son effigie en timbre ? Ces premiers envois avec ma tête en timbre affolent la hiérarchie pénitentiaire israélienne : l’Etat français a édité un timbre à l’effigie « d’un terroriste ».

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La réalité est tout autre. L’Etat français ne se préoccupe de ma détention qu’à partir du moment où mon nom est posé sur une liste d’échange dans le cadre de la capture du soldat Guilat Shalit par la Résistance.

Justement peux-tu nous parler de ta libération qui est à elle seule révélatrice du rôle partisan de l’Etat français dans la région.

Durant toute ma détention l’ambassadeur de France ne vient me voir que deux fois. Une fois suite à une grève de la faim à laquelle je participais avec d’autres détenus et une autre fois dans le cadre du processus d’échange de prisonniers entre la Résistance et l’Etat hébreux suite à la capture du soldat Shalit. Les seuls visiteurs « réguliers » officiels des différents gouvernements français lors de ma détention sont des consuls. Ça donne le niveau de la prise en compte de ma situation par les gouvernements français qui se sont succédés. Le sommet du ridicule est atteint lors de la phase d’échange de prisonniers qui a enclenché ma libération. L’Ambassadeur de France, pour sa deuxième visite en 7 ans de détention, vient me voir pour m’annoncer qu’il a vu 14 ministres israéliens qui lui ont tous confirmé que je devrais faire partie de l’échange de prisonniers mais qu’il ne sait pas si je serai libéré. En gros, il a parlé avec 14 chefs israéliens mais le représentant de la France est incapable d’obtenir d’eux une date et une confirmation de ma libération. Je lui dis que s’il ne sert à rien à ce point, ce n’est pas la peine de venir me voir ! Je mets fin à l’entretien mais au lieu de me ramener en cellule on m’emmène voir le médecin. Je proteste, je n’ai pas demandé de rendez-vous médical. Durant cet entretien médical, sur une bourde du médecin, je comprends que je vais être libéré : mon dossier médical va être sorti de la prison. C’est ce qui précède la libération de tous les détenus. Deux jours plus tard, je suis libéré. J’apprends donc ma libération par le lapsus d’un docteur israélien, le jour même où l’ambassadeur de France qui s’enorgueillit d’avoir vu 14 ministres n’est pas capable de me confirmer ma libération. Ça en dit long sur le rôle de la France. De retour en cellule, l’annonce de ma libération est accueillie par chacun avec joie. Ce qui n’empêche pas mes camarades de me dire spontanément qu’ils n’avaient pas intérêt à ce je sorte ! Pour eux, je suis utile en prison pour maintenir cette campagne internationale. Je sais à ce moment que ma tâche militante qui consiste à relier les militants français à ceux en Palestine ne s’arrête pas avec ma libération.

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