Priez pour nous, pauvres chômeurs

2 Oct

Le chômage a cela de paradoxal qu’il oblige Pôle Emploi à recruter. C’est un bon indicateur de la situation économique actuelle. Cette fois, on renforce les contrôles ! Pôle Emploi finalise actuellement le recrutement de 200 contrôleurs qui garderont les deux yeux grands ouverts sur 180.000 demandeurs d’emploi suspectés d’être des fraudeurs. S’il faut un plus grand nombre de gens pour compter et contrôler les chômeurs, c’est qu’ils sont plus nombreux.
C’est plus parlant qu’une courbe qui passe au journal télévisé.
Ce nouveau boulot promis à deux cents veinards consiste à surveiller les pauvres qui sont au chômage et à les sanctionner s’ils ne suivent pas scrupuleusement les démarches imposées par l’ex Agence Nationale Pour l’Emploi. L’étape d’après c’est gardien de camp.

indemnités_chômeurs

Le gouvernement de Hollande, Valls et Macron recrute des personnes pour radier au moindre prétexte des gens de la liste des demandeurs d’emploi.
Etre solidaire plutôt que culpabiliser celui que le système capitaliste maltraite ? Vous n’y penser pas. Cela demande des moyens et puis, surtout, ça obligerait à partager les richesses produites. La ligne dominante dans le discours médiatique de l’arc des partis de gouvernement allant du FN au PS c’est de traquer les fraudeurs pour mieux dégraisser la masse de chômeurs qui plombe le bilan comptable de notre belle société capitaliste que personne – depuis la dissidence en carton jusqu’à l’aile gauche du PS – ne remet en question.

Pendant que les statisticiens, les économistes et les gouvernants jouent avec les chiffres, dans nos quartiers, on constate les dégâts d’un chômage de masse qui s’intensifie depuis 2008.

Un bon nombre de familles se retrouvent dans une situation difficile. Certaines comptent les jours jusqu’à la trêve hivernale pour éviter de se retrouver expulsées trop vite quand les impayés de loyers s’accumulent.
D’autres développent avec malice une économie de la débrouille.
Pendant ce temps, dans les offices HLM (comme à Pôle Emploi), on recrute des gens pour surveiller les locataires et virer les pauvres dès les premiers impayés.
En somme, toujours cette même chasse aux pauvres qui accélère la mutation des HLM vers un ersatz de logement de standing pour les plus chanceux : ceux qui auront encore un travail ou le plus souvent des boulots pour pouvoir payer des loyers dit « modérés » de 600 à 1000 euros par mois. Qui se souvient encore que nos parents payaient les mêmes logements que nous occupons aujourd’hui 3000 à 4000 francs (soit 450 à 600 euros) ?
C’était il y a plus de 20 ans, quand ils étaient presque neufs. Deux décennies après, on paye parfois le double de ce que nos parents casquaient pour des bâtiments qui ont vieillit, sont souvent mal entretenus et, de fait, sont depuis bien longtemps rentabilisés.

Pour les personnes sans ressources, il reste l’option bidonville ou la rue. C’est un retour 70 ans en arrière pour la France. Nombre de migrants d’aujourd’hui n’ont d’autre choix que de construire et de vivre dans des bidonvilles, comme hier les Portugais dans le bidonville de Champigny et les Algériens dans celui de Nanterre. De fil en aiguille, ces bidonvilles deviennent le dernier refuge avant la rue pour tous ceux que le système économique rejette de ses circuits de consommation.
A la fin, tout ce monde finira par se croiser dans la rue, sous l’étroite surveillance des deux services publics qui engagent celles et ceux des nôtres qui sont prêts à mordre leurs semblables : la police et l’armée. Ce magnifique horizon du capitalisme du 21ème siècle ressemble comme deux gouttes d’eau à celui du début du 20ème : les pauvres mangent les pauvres.
 

Agression Physique d'Ouvriers Spécialisés immigrés grévistes par les syndicalistes "jaunes" de la C.S.L. Image tirée du journal "le perroquet" N°33-34 – 17 Janvier au début Février 1984

Agression Physique d’Ouvriers Spécialisés immigrés grévistes par les syndicalistes « jaunes » de la C.S.L.
Image tirée du journal « le perroquet » N°33-34 – 17 Janvier au début Février 1984

 
Les classes dirigeantes et leurs formateurs d’opinion nous martèlent la vieille ritournelle : « Chacun pour soi, et Dieu pour tous. » De Soral au PS en passant par le FN, tout ce petit monde bourgeois nous fait la promotion de l’entrepreneuriat individuel et de l’élection divine individuelle qui toutes deux viendraient récompenser « celui qui en veut » ou « celui qui est méritant ». Cela leur permet de condamner tous les autres à la misère et de les rendre responsables de leur situation. Comme s’il suffisait « d’en vouloir » et d’être soumis à Dieu pour réussir dans un système capitaliste.

Devant cet horizon tout gris de l’hiver économique, beaucoup des nôtres sont paralysés. On entend même de nombreuses personnes s’en remettre à la prière pour des choses qui ne relèvent pas de l’œuvre de Dieu, de la providence. « Si Dieu veut », « Incha’Allah », « avec un peu de chance on va trouver du travail ».
 
JUSTICE CHIBANIS
 
Tandis que les personnes en âge de travailler s’en remettent au Mektoub, des ancien.ne.s font entendre un autre discours. Une bonne partie des chibanis est croyante, mais leur expérience des rapports sociaux est différente. Assis sur les bancs de nos cités, les anciens du syndicat expliquent qu’il faut aller trouver des comités de chômeurs et manifester, comme au temps des grèves à Poissy ou de celles des Chaussons à Gennevilliers et de SKF à Ivry-sur-Seine.
 

 
D’autres parlent de caisses de solidarité : « comme au temps du FLN ». Ils évoquent tout un tas de pratiques militantes qu’ils n’ont pas toujours eu la possibilité de transmettre et que la société capitaliste a tourné en ridicule. Souvent, leur parole rencontre le vide ou un sourire crispé.
C’est parce que, pour beaucoup de gens, le fait de se retrouver au chômage « tombe du ciel » et ils n’ont alors pas d’autre option que de s’en remettre au ciel pour retrouver du travail, c’est à dire un salaire pour faire vivre leur famille.
La prière individuelle ne résout rien, personne ne retrouve du travail parce qu’il fréquente assidûment le temple, l’église, la mosquée ou la synagogue. L’histoire récente nous enseigne par contre que, quand elle est collective, la prière est traitée comme un « problème social » par les formations politiques de gouvernement. Cela nous indique une direction. Ce que nos élites craignent c’est le collectif : l’action collective.
Pour le chômage et le logement, comme le rappellent les ancien.ne.s, c’est le rapport de force à travers des luttes collectives qui paye.
Aide-toi, et le ciel t’aidera.

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