Le fond et la forme : chez Soral, les deux sont vaseux

23 Oct

Alain Soral a été vexé de ne pas apparaître dans le reportage de France Télévision sur l’antisémitisme en France. Il est leader sur le marché et pourtant se retrouve ignoré. Pire, un media mainstream a fait la démonstration que l’antisémitisme des Quartiers Populaires, monté en sauce par les sionistes et leurs relais, est pour une large part exagéré et mis en scène. Un comble que le grand timonier de la dissidence n’a pas digéré. Du coup, il sort une « contre-interview » de l’entretien dont aucun extrait n’a été retenu et s’attribue le mérite de la démonstration du journaliste de France 2 sur la mise en scène de la montée de l’antisémitisme dans les quartiers populaires.

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Qu’importe que la rencontre entre le journaliste et le gourou de la dissidence se soit déroulée plusieurs semaines après le tournage des heures de déambulation kipa sur la tête du journaliste. Alain Soral s’en attribue la paternité. Ce péché d’orgueil n’est pas nouveau. Et il est d’autant plus risible qu’une fois encore, les dates et les faits viennent détruire toute son argumentation et sa posture.

Plus révélateur encore, on retrouve ici la marque de fabrique de la dissidence en carton : une utilisation malhonnête des sources et des images. Quand on passe son temps à crier à la manipulation des images par les médias, la moindre des choses serait de ne pas soi-même détourner des images. Question de logique et de cohérence.
« On ne peut reprocher aux autres ce que l’on est soi-même ».
C’est vrai qu’avec les montages à charge contre les militants de la CGT de Vincent Lapierre, ERTV nous a habitués au pire. Mais là, dans cette vidéo d’autocélébration soralienne, on trouve quelques perles.
Si on prétend faire de la « ré-information », inutile de faire de la propagande grossière. Pour Soral et ses boys d’E&R, mentir n’est pas un souci et colporter des fadaises est un métier.
Un exemple parmi tant d’autres : pour illustrer ses propos, Alain Soral utilise des images d’enfants qui pleurent. Sur le fond, on peut trouver à y redire : faire du pathos pour asséner un argument, c’est faire exactement dans la chialerie qu’il dénonce.
Problème, à 26 minutes et 22 secondes, le petit garçon qui pleure ses sœurs disparues n’est pas palestinien. Il est syrien et ses sœurs ont été tuées dans un bombardement aérien opéré par l’armée de Bachar El Assad, « L’armée la plus morale du monde ? ».

Pour reprendre le concept de Yayah Gouasmi, colistier de Soral sur la « Liste Anti Sioniste » lors des élections européennes de 2009, « derrière tout et n’importe quoi, il y a un sionisme ». Derrière chaque môme en larmes, il y aurait un rabbin sanguinaire ? Doit-on en déduire que Bachar El Assad est juif ? Pour Soral et ERTV, l’authenticité des documents utilisés n’a aucune importance (négationnisme oblige).
C’est révélateur d’une chose : ils ne cherchent pas à faire éclore la vérité. La seule chose qui compte c’est de marteler leur propagande.

« Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains, aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques. »
Il est clair que Jaurès n’aurait jamais voté FN ou soutenu un clown comme Soral.

Faire dans le pathos avec les pleurs d’un enfant syrien martyrisé par l’armée de Bachar, que Soral soutient pour nous vendre la haine des juifs comme solution au conflit de la colonisation de la Palestine par l’occident, c’est un beau résumé de l’arnaque de la dissidence.

Second enseignement de cet entretien monté et mis en scène par ERTV : Soral tente de réhabiliter le national-socialisme allemand par la blague. Rions un peu d’une bonne petite guerre mondiale qui a ravagé l’Europe.
Le propre de Soral et des droitards, c’est qu’ils rient avec le racisme pour en minimiser ses conséquences. Ils ne se servent pas de l’humour pour dénoncer une absurdité liée à l’inégalité basée sur une appartenance raciale, mais ils rient des conséquences du racisme pour mieux faire passer le bilan du racisme. La vanne sur Poutine en haut de l’échelle raciale face au juif Elkabach, présentée comme fine par Soral, est l’archétype de cet humour, dont au quartier on connaît bien la déclinaison : « Les noirs sont bons en sport et les blancs au jeu d’échec ».
Dans la dissidence, la vanne est souvent moins subtile quand la différence de taux de mélanine augmente entre les protagonistes. Quelques petites blagounettes soraliennes pour illustrer tout cela : Dieudonné est génial grâce à son côté blanc, il est classe parce qu’il sort avec une blanche…

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Sur le modèle allemand version 33-45, ça donne, sur un ton badin : « Le Reich, ce n’était pas si mal ». Selon Soral, c’était certes un peu dur pour les juifs, mais quel bon moment pour les prolos allemands au sang pur. Et c’est parti pour la grande réhabilitation du national-socialisme allemand. Tout y passe dans les poncifs d’extrême droite sur le 3ème Reich. A l’écouter, c’était le paradis sur terre.
Par contre, pas un mot sur pourquoi les patrons des grands groupes industriels ont financé les nationaux socialistes allemands. C’était pour aider la classe ouvrière de race « supérieure » ?
La bourgeoisie allemande et les grands trusts comme Krupp ont financé les nazis parce que la révolution socialiste réelle menaçait et que détourner la colère des gens vers des chimères permettait de protéger leur situation sociale. Les nationaux socialistes ont mis les prolos allemands au turbin à marche forcée, sans les payer mieux qu’avant.
Pour parler comme Delavier, expert dissident de l’Allemagne, de la civilisation européenne et des inégalités biologiques, le moment où la ration calorique augmente dans le Reich c’est quand il commence à coloniser ses voisins. Le Reich n’a pas duré 1000 ans. Il a connu 6 années de paix relative, de 1933 à 1939, durant lesquelles le peuple se serrait la ceinture et bossait dans des usines ou partait en déportation pour équiper l’armée et préparer la guerre, puis quatre années glorieuses, de 1939 à 1942, durant lesquelles l’Europe a été pillée et massacrée par ses troupes, et trois années de déclin qui amenèrent à un désastre continental. Le bilan du national-socialisme allemand, c’est des dizaines et des dizaines de millions de morts, et à peine trois années de gloire et de confort basés sur la prédation. Présenter ça comme un modèle viable, c’est du kolossal humour.
Pas besoin d’être visionnaire pour faire ce bilan, Gabriel Péri, arrêté par les policiers français et fusillé par les allemands en 1942 a écrit en 1941 un texte ou l’on retrouve en creux le portrait de tous les escrocs comme Soral qui ont voulu faire passer le nazisme pour du socialisme.

« Parmi tant de services que les nazis d’Allemagne et les nazillons de chez nous ont rendu à la réaction capitaliste, l’un des plus remarquables est probablement leur impudente tentative de falsification du socialisme. Présenter aux masses avides de justice une caricature grossière en leur disant : « Voilà le socialisme ! » Leur offrir les cogitations primaires d’un Rosenberg ou d’un Fergy, les recommandations pédantes d’un Marcel Déat, l’immorale physionomie d’un Laval, les apostrophes antisémites d’un Göbbels ou d’un sous-Göbbels ; restaurer les pratiques médiévales et proclamer : « Voilà le socialisme ! » Leur montrer l’Allemagne de 1941 où subsistent l’exploitation de l’homme par l’homme, le vol de la plus-value, le profitariat capitaliste, l’enrichissement des marchands de canons, la dictature des hobereaux, montrer tout cela et dire aux masses « Voilà le socialisme ! » n’est-ce pas le plus sûr moyen de rendre le socialisme odieux, d’en détourner les hommes et de les river au vieil ordre où quelques oligarchies vivent de la sueur et du sang des multitudes ? »

La seule raison pour laquelle une partie de l’extrême droite et Soral kiffent encore le 3ème Reich, c’est que les nationaux socialistes allemands ont liquidé une quantité astronomique de juifs et de tziganes (plusieurs millions, même d’après un des leurs comme Pressac). Par contre, leur Reich qui devait durer 1000 ans n’a jamais touché aux banquiers ni aux industriels qui étaient de bons Allemands.

Pour en revenir à cette vidéo d’autocélébration du génie soralien, l’homme qui dit tout et son contraire dénonce « la » communauté organisée toute puissante qui contrôle le monde de la finance, des médias et de la politique. Et peu importe si, dans les faits, pour un milliardaire comme Drahi, on compte une dizaine de Pinault. La classe économique dominante est à plus de 90% blanche et chrétienne. Pourtant, Soral ne l’attaque jamais ou bien l’assimile au « sionisme », c’est-à-dire aux juifs. Le conservatisme de cette posture parle de lui-même.

Cela fait plus de deux siècles qu’en France, on publie des livres avec succès sur ce paravent. En réalité, la finance juive ne sert qu’à masquer le bon capitaliste national dont ERTV fait la publicité ou dont les bailleurs comme Péninque, Chatillon et Lousteau sont des représentants.

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Il y a tout de même dans cette haine un petit paradoxe pour les soraliens.
Les fans de Soral se réjouissent sur le Net que leur grand gourou ait démontré le caractère raciste du judaïsme qui se transmet par le sang de la mère. « Ce n’est pas moi le raciste, c’est eux », argument de cours de recrée. Les juifs, ces affreux parasites sanguinaires selon Soral, ont donc une logique raciste liée à leur culture et à leur religion. Super essentialisation. Nul ne conteste le caractère grégaire du judaïsme, tout comme celui de beaucoup d’autres groupes. A cet endroit, la démonstration soralienne enfonce des portes ouvertes. Ce qui est intéressant, c’est de voir où tout cela mène une fois que l’on s’est rué dans cette direction.
Soral veut nous entrainer sur un terrain que l’on ne connaît que trop bien, parce qu’on y est souvent traîné pour y être maltraité médiatiquement.

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Quand ça parle sur nous, ça donne des trucs comme « l’éducation des familles maliennes crée plus de délinquants en raison de la structure familiale ».

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Ou encore, « les gitans et les tziganes n’aiment pas le travail, c’est pour cela que ce sont des gens malhonnêtes ».

Il y a évidemment le classique « c’est dans la culture maghrébine de rabaisser la femme »…

Ce terrain vaseux, on le connaît, on s’y débat malgré nous depuis môme et Soral veut nous y enliser et nous faire rebalancer les cailloux qu’on s’est pris sur les juifs. Pour pas mal de gens, ça le fait. Quand on se met à appartenir à un groupe qui lynche aux côtés du patron blanc, c’est qu’on quitte le statut de gibier et qu’on devient assimilable. Des nègres de maison en somme.

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Pour d’autres, ça donne à réfléchir : est-ce que les maliens sont tous des délinquants en puissance en raison de leur culture ? Est-ce que les juifs sont des banquiers sionistes de par leur religion ?
Si c’est le cas, comment on règle le problème de la délinquance et les problèmes de fric et de racisme en France ? On leur demande de renier leur culture et tout ce qui va avec ou bien on tue les personnes ?
La bonne blague, sauf pour les nationaux socialistes qui ont de l’expérience en la matière. Eux, ne blaguent pas avec nous.
Tout ce numéro de bateleur est mis au point par Soral pour nous inviter à voter pour l’extrême droite. C’est là que le paradoxe de la pensée soralienne atteint le comble du ridicule. Il dénonce un racisme structurel du judaïsme en le réduisant à son avatar sioniste pour, au final, nous appeler à voter Front National, c’est-à-dire pour des gens qui affirment que c’est le droit du sang qui fait d’une personne le citoyen d’un pays. D’un côté, le droit du sang pour être juif c’est raciste, mais le droit du sang pour être français c’est progressiste. L’impasse de la pensée soralienne est là. Ce qui est bon quand c’est dit par le FN n’est pas juste quand c’est dit par le Likhoud … Deux poids, deux mesures, comme dirait l’autre.

Le sionisme est un produit de la pensée européenne du XIXème siècle. C’est un nationalisme européen et il en reproduit les même travers. Pour beaucoup de nationalistes européens, il n’y a plus de problème juif en Europe puisqu’ils ont dorénavant un état… Ils ont mis le paquet pour exporter les conséquences de leur racisme en Palestine, qui s’inscrivent dans le projet de domination occidentale sur les ressources de cette région. C’est pour cela qu’une partie importante de l’extrême droite a rangé au placard l’antisémitisme pour le remplacer par l’islamophobie.
Soral et les siens sont des nostalgiques de « La France juive » de Drumont. Ils s’échinent à vouloir fédérer autour de l’extrême droite en instrumentalisant la haine des juifs, alors même que c’est l’islamophobie qui est porteuse aujourd’hui.

soral éleveur de porcs
D’où les grand écarts constants qu’ils font avec le FN, qui comme tous les partis d’extrême droite est né de la matrice antisémite mais la substitue progressivement par l’islamophobie.
Soral est un mec du passé, il est claqué. C’est un produit en fin de cycle à l’extrême droite. Comme nos quartiers sont le réceptacle de tous les produits de consommation périmés qui n’ont plus d’utilité pour les riches, pas étonnant que nos quartiers soient pour lui un débouché. La bourgeoisie française, pour maintenir son pouvoir, joue sur deux tableaux : aux classes moyennes la peur des barbares islamistes ; aux quartiers populaires la peur du banquier juif.
Le banquier dérange Soral lorsqu’il est juif, pas parce qu’il est banquier. C’est pour cela que des avocats d’affaires comme Péninque, qui ouvre le compte en banque de Cahuzac, peuvent l’entourer et le choyer. La finance et le capitalisme lui profitent et lui vont bien.
Soral et les droitards ne combattent pas le pouvoir de l’argent, ils contestent la possibilité à d’autres que des blancs chrétiens de posséder de l’argent et du pouvoir.

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