Séance du dimanche. La ley de Herodes

25 Oct


1949, à San Pedro de los Saguaros, un bled qui pourrait être n’importe quel village mexicain, le maire se barre avec la caisse. Littéralement : avec l’argent de la commune et le fric qu’il a manifestement détourné pendant son mandat, planqué à l’intérieur du volume de la constitution, qu’il a creusé pour le transformer en tirelire, et derrière le portrait officiel du président qui trône dans son bureau. Il part précipitamment parce qu’apparemment ses administrés lui en veulent un tout petit peu. D’ailleurs, ils l’attrapent avant qu’il ne puisse s’enfuir et tranchent la question en lui coupant la tête d’un coup de machette.
Pour combler cette vacance du pouvoir, étouffer un scandale, nommer un remplaçant qui ne lui fasse pas d’ombre et ne le gène pas pour les prochaines élections, le « licenciado » López, responsable local du PRI (Parti Révolutionnaire Institutionnel) decide de lui trouver un successeur en la personne de Juan Vargas, éboueur de son état, et ancien militant du parti unique.

Le problème c’est que, rapidement, le dévoué Vargas fait preuve d’un talent que son mentor n’aurait jamais imaginé. L’exercice du pouvoir dans modalité priiste lui font vite oublier ses bonnes et ingénues intentions des débuts. Il prend goût aux plaisirs de la corruption, qui lui apporte toute puissance, argent et plaisirs en tout genre. Plus rien ne l’arrêtera pour conserver le pouvoir, pas même le crime.

Ce film du réalisateur mexicain Luís Estrada, sorti en 1999, un an avant les élections marquées par la défaite du PRI pour la première fois depuis 70 ans, avait eu du mal à passer le barrage de la censure, tant la satire est grinçante-et tant elle reflète fidèlement les pratiques de gouvernement du PRI : son autoritarisme, sa façon de toujours conserver le pouvoir en réglant les questions de succession en interne, by any means necessary

Il est impitoyable également dans sa manière de ridiculiser le double discours du parti unique vis-à-vis de l’Église (officiellement bannie de l’espace public depuis la Révolution) et les États Unis, dont on dénonce l’impérialisme tout en courbant l’échine.

Seize ans après la sortie de La ley de Herodes, le PRI est revenu au pouvoir après deux mandats de la droite. Les choses n’ont pas changé. Ah si ! On ne s’embarrasse plus de discours anti-impérialistes, le pays est livré à une des pires guerres civiles du monde, sur fond de guerre de cartels on compte de 85000 à 125000 mort depuis neuf ans, dont plusieurs milliers de disparus, notamment les 43 étudiants d’Ayotzinapa. Mais le PRI et les autres partis de gouvernement se portent bien, merci pour eux, et les affaires vont bon train. Au fait « la ley de Herodes », c’est une expression populaire mexicaine. « La ley de Herodes, o te chingas o te jodes » : « ou tu te fais baiser, ou tu fais niquer ». La seule façon d’y échapper, à cette loi, c’est de plus respecter ceux qui la dictent, au Mexique comme ailleurs.

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