Séance du dimanche. Johnny s’en va-t-en guerre (Johnny got his gun 1971)

15 Nov

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A l’origine cette séance était programmée en lien avec les célébrations martiales du 11 novembre, le soldat inconnu et sa flamme, l’unité nationale François Sarkozy et Nicolas Hollande sous le drapeau tricolore. Bref, la nation et ses sacrifices comme substitut à toute question sociale. Le chantage du sang versé –par qui ?– pour faire taire toute autre cause. Et la guerre comme instrument de promotion de l’autoritarisme politique et des badernes galonnées assises sur les millions de cadavres de la guerre de 14-18. Le massacre du 13 novembre 2015 dans les rues de Paris vient nous rappeler sous une forme différente –la guerre asymétrique– mais tout aussi atroce ce qu’est la guerre, en Syrie, en Irak, en Erythrée, en Libye, à Madrid, à Londres et, donc, à Paris.

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Johnny s’en va-t-en guerre est le seul film jamais réalisé par le scénariste Donald Trumbo, à partir d’un roman qu’il avait lui-même écrit en 1938 pour dénoncer l’absurdité de la guerre. Il est sorti en 1971, et la guerre dont il parle en évoque évidemment une autre : celle menée alors par les Etats-Unis au Viêt-Nam. C’est une des raisons qui expliquent le scandale qu’il a pu susciter à sa sortie : le monologue du protagoniste principal –un jeune soldat nord-américain massacré par une bombe, sans yeux, sans bouche, sans oreille, sans bras, sans jambes, enfermé dans son corps– est impitoyable pour la haute hiérarchie militaire et religieuse. Les généraux qui détiennent le pouvoir de faire mourir et, en l’occurrence, d’obliger à vivre ce malheureux apparaissent sous un jour particulièrement infect. Le film, extrêmement original d’un point de vue formel pour l’époque, est un réquisitoire implacable contre la propagande va-t-en guerre qui pousse l’ensemble de la jeunesse à s’enrôler dans l’armée et à partir au front, pour défendre ce qui lui est présenté comme un idéal de civilisation et le seul engagement possible. Le renvoi à la guerre coloniale en cours dans le sud-est asiatique est transparent, et la mise en évidence des intérêts réels qu’elle sert ne fait aucun doute.

Une leçon à méditer à l’heure où les mesures d’exception prises dans le cadre de l’état d’urgence tendent et tendront de plus en plus à nous faire rentrer dans le rang d’une union nationale qui ne profitera qu’aux puissances économiques qui contrôlent l’État. Le danger qui nous guette c’est celui de prendre les lignes de front de l’État-nation pour seul terrain de lutte et de se laisser entraîner dans ce qu’aussi bien les néo-conservateurs occidentaux que les réactionnaires fanatiques de Daech et leurs inspirateurs du Golfe voudraient imposer : une guerre de civilisation. Dans ce cadre-là, il n’y aurait pas de place pour la contestation de l’ordre économique qui maintient et accentue les inégalités sociales. On peut s’attendre à ce que la militarisation généralisée du pouvoir s’attache d’abord à faire taire toute vélléité de résistance populaire sous couvert de pacification. Une seule solution : serrer les dents, serrer les rangs, ne servir personne et tenir la ligne.

Le film, en V.O. :

-Bande Annonce (VOstfr)

-Début du film en français

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