À Matthieu Giroud

17 Nov

Nous avons eu l’occasion de mentionner le nom et les travaux de Matthieu Giroud lors de notre émission de radio sur la gentrification. Matthieu est mort au Bataclan vendredi. Nous avons lu Matthieu, nous l’avons connu, et pour certains d’entre nous il était un ami cher. Nous n’avons pas toujours été d’accord mais ses textes nous ont fait réfléchir, nous ont permis de penser certaines inégalités comme autant de réalités spatiales, géographiques. Parce que dans ses mots « le/la géographe a son mot à dire, et sa place à prendre, pour comprendre et dénoncer ce qu’on pourrait appeler imparfaitement des formes spatiales [ …] de dominations sociales ». Matthieu a traduit et contribué avec d’autres à faire connaître les rares géographes marxistes de langue anglaise qui permettent de comprendre l’espace comme un terrain de luttes, comme un lieu de résistances. Il a traduit et commenté des textes traitant d’expériences militantes au Brésil, aux États-Unis ou ailleurs qui ont permis d’analyser et de comprendre l’effet croisé des dominations de classe, de genre, de race et de territoire.

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Matthieu n’a jamais prétendu être autre chose que ce qu’il était. Ni militant, ni simple chercheur, il prenait la mesure de l’utilité possible de ses travaux et a travaillé sans relâche, modestement, à nous aider dans nos combats, qu’il a toujours soutenus. Pour le citer encore : « très souvent les chercheurs en sciences sociales sont critiqués pour leur regard surplombant, ou bien pour leur trop grande distance à l’égard du terrain des luttes et du militantisme… Ces critiques proviennent bien entendu des activistes et militants de terrain, mais aussi de la communauté universitaire elle-même. […] Ce qui est certain c’est que les militants, en tout cas ceux que nous rencontrons en tant que chercheurs ou simples habitants-citadins, sont demandeurs d’analyses poussées, réfléchies, mêlant apports empiriques et propositions théoriques. »

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Nous qui l’avons rencontré avons su mesurer la sincérité de sa démarche, sa bienveillance à l’égard des critiques que nous pouvions formuler, sa curiosité et son désir d’apprendre de nos expériences, de nos récits, de nos vies. Matthieu avait conscience du dialogue nécessaire mais parfois conflictuel qui doit s’ouvrir entre chercheurs et militants. Nous rendons ici hommage à son honnêteté, à sa lucidité, à son travail de terrain et à la qualité de son engagement scientifique, qui nous a tous servis.

Nous pensons aussi aujourd’hui à sa femme et ses enfants.

RIP, Matthieu.

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