La violence des autres

23 Nov

La nuit du 16 novembre 2015, les forces de défense israéliennes ont de nouveau frappé. Lourdement armées de charges explosives, de fusils d’assaut et de gaz lacrymogène, les forces d’occupation sont arrivées au petit matin, en Jeeps blindées, dans le camp de réfugiés de Qualandia, situé entre Ramallah et Jérusalem. Elles y ont fait sauter un appartement, causant des dommages dans les appartements de cinq familles. Les camps de réfugiés palestiniens ayant une densité de population énorme, avec de nombreuses habitations collées les unes aux autres, une explosion d’une telle ampleur risquait bien évidemment de toucher beaucoup de civils, et uniquement des civils. On a pu entendre l’explosion à plus de 6 kilomètres. Réveillés par la terreur, les habitants ne se sont pas vus proposer par Facebook d’activer le « Security Check » permettant de rassurer leurs proches. Après tout, ce genre d’acte de guerre les touche quotidiennement, il n’y a pas de quoi alarmer Facebook.

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En repartant de la scène de terreur, les occupants ont été confrontés à une résistance de la population, exaspérée par la brutalité et l’insécurité quotidiennes. Des affrontements ont eu lieu pendant plusieurs heures, faisant de nombreux blessés parmi les habitants, mais aussi deux morts. Lors des manifestations qui ont suivi les funérailles de ces personnes, les forces d’occupation ont encore blessé au moins huit personnes, par des tirs à balles réelles.
En Palestine occupée, les visages des auteurs de ces violences politiques exercées à l’encontre de civils sont souvent ceux d’occidentaux, parfois nés à Paris, New York ou Moscou. Il ne viendrait à l’idée de personne de sérieux de nous expliquer que, s’ils se comportent ainsi, c’est que leur religion prône la violence, en citant des passages, par exemple, du deutéron ou d’autres livres sacrés étudiés dans les écoles religieuses et publiques israéliennes. Seuls les antisémites essentialisent ainsi les comportements violents des sionistes. Pour autant, ces sionistes ne sont pas qualifiés de sanguinaires, de fous, de brutaux, et encore moins de terroristes, ni par les médias occidentaux, ni par les dirigeants occidentaux. Le plus souvent, ils reçoivent le soutien de ces derniers, à travers des contrats économiques, des accords politiques, des ventes d’armes, etc. Les médias occidentaux ne parlent d’eux que quand ils se font tuer, jamais quand ils tuent.

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Par contre, leurs victimes palestiniennes, elles, à la moindre utilisation de la violence politique, ont le droit à toutes les caricatures essentialisantes : il faut dire qu’il s’agit souvent de musulmans, qui entrent donc bien dans les critères dominants du « méchant », tel que défini aujourd’hui en occident. Des citations d’ouvrages religieux musulmans nous expliquent alors les fondements de « l’éducation à la haine », dont le recours à la violence politique et parfois au terrorisme des Palestiniens serait la preuve absolue.
Sans surprise dans l’ambiance actuelle, nombreux sont les médias et dirigeants occidentaux qui qualifient la résistance palestinienne de terrorisme, n’hésitant pas à la mettre dans le même sac que les attaques menées par Daesh. Dans un article du Monde sur « les autres villes frappées par le terrorisme » est ainsi indiqué :

« En Israël, les attentats sont une réalité avec laquelle il faut régulièrement composer. Cette violence, la société tente de la conjurer au quotidien, en vivant, en sortant, en faisant tout pour que la vie suive son cours. Mais aussi en s’armant pour se protéger. ».

Dans cette comparaison indigne, qui vient servir le projet d’une normalisation de l’État israélien, aucune remise en question du statut d’occupant de l’Etat d’Israël. Celui-ci est présenté uniquement comme une « victime ». A aucun moment ne sont employés les mots « bourreaux », « occupants » ou « terreur » pour qualifier les actions des sionistes en Palestine, ce qui viendrait contextualiser la violence palestinienne. Il ne faudrait surtout pas s’interroger sur les causes de la violence politique palestinienne, en lien avec celle des forces d’occupation.
Sur ces mêmes bases, des dirigeants israéliens, Netanyahu en tête, s’empressent de faire un parallèle entre Paris et Israël. L’Ambassade de France à Tel Aviv reprend elle aussi ces éléments de langage. Peut-on le voir comme un aveu, monsieur l’Ambassadeur ?
Sioniste ou pas, personne ne conteste, même pas l’actuel gouvernement français, qu’Israël est en conflit avec les Palestiniens pour le contrôle de la terre de Palestine. Les gens honnêtes parlent d’occupation et de spoliation quand les hypocrites évoquent des territoires contestés, mais nul ne nie ce fait : le contrôle de la terre de Palestine est l’enjeu du conflit qui oppose le projet sioniste en Palestine au peuple palestinien. Si les situations de Paris et de Tel Aviv sont similaires, où sont les territoires occupés par la France ? Qui sont les peuples spoliés et martyrisés par la France ? On a bien notre petite idée là-dessus monsieur l’Ambassadeur.

ambassade france israel
A toutes les époques depuis la création d’Israël par l’occident, les chefs des forces d’occupation installant un climat de terreur en Palestine ont été reçus à bras ouverts par les dirigeants occidentaux. La provocation, mais surtout le ridicule, a pu aller jusqu’à les faire défiler au premier rang des « Charlie ».
Rarement le mécanisme se grippe, et quand cela se produit – comme en Espagne avec la mise en accusation par une cour espagnole de sept responsables israéliens anciens et actuels, y compris le Premier ministre actuel, dans le cadre de l’enquête sur l’arraisonnement du Mavi Marmara en 2010 qui, avec d’autres navires cherchait à rompre le blocus de Gaza – cela fait rarement la Une des journaux. Là encore, il ne faudrait surtout pas s’interroger sur les faits qui peuvent motiver une cour de justice espagnole à émettre un mandat d’arrêt contre des représentants de « la seule démocratie du proche orient ».

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En Palestine, la terreur n’est pas l’apanage de groupuscules rassemblant de nombreux paumés, elle a, au quotidien, le visage d’un État, doté d’une armée rudement bien équipée et soutenu par de nombreux alliés, dont les plus grandes puissances impérialistes mondiales. Ces soutiens permettent à l’État d’Israël d’agir impunément depuis plus de 67 ans, tuant, emprisonnant, déportant et torturant des civils.
Les forces d’occupation sionistes sont composées de militaires professionnels, mais également de civils qui ont le droit d’être armés et de tuer. Aucune enquête sérieuse n’est jamais menée quand la brutalité et la terreur s’abattent sur des Palestiniens. Aucune sanction sérieuse n’est jamais prise, pour permettre à chaque sioniste, militaire ou civil, de répandre la terreur comme il l’entend. Chaque Palestinien est une cible potentielle, la moindre rencontre avec un sioniste, militaire ou civil, peut donner lieu à des humiliations ou des violences.
Pour le peuple palestinien, la terreur est quotidienne. En vivant dans la Palestine occupée, même si l’on ne s’habitue pas à la violence, on s’y attend chaque jour. On se lève en pensant que cela peut arriver, on prend la route en connaissant les éventuels risques d’une rencontre à un check point ou fortuite avec des soldats ou des colons, et on se couche également en espérant que tout se passe bien. Nombre d’adultes et d’enfants palestiniens ont des troubles du sommeil, craignant que leur maison ou leur quartier soit le théâtre de raids de l’armée, d’affrontements…
La semaine dernière, une Jeep roulait sur un enfant de deux ans ; la semaine d’avant, un groupe d’agents de l’État « déguisés » en Palestiniens pénétrait dans un hôpital pour kidnapper un patient, tuant sur son passage le cousin de ce dernier  ; un autre terrorisait un enfant de 13 ans lors d’un interrogatoire musclé .
Plus humiliant et sournois encore, l’État israélien refuse de rendre les corps des martyrs à leurs familles, retardant ainsi le processus de deuil. Les corps ne sont rendus qu’après de longues négociations avec les forces d’occupation, qui imposent bien souvent que les funérailles se déroulent en pleine nuit, avec un nombre très limité de participants.

Enterrement
En Palestine occupée, les exemples de terreur et de violence sont innombrables et s’inscrivent dans le quotidien depuis 67 ans. Pour autant, ils n’émeuvent que très peu en occident. A l’inverse, ces derniers jours, les Palestiniens ont apporté des marques de soutien à chaque Français qu’ils rencontraient, prenant des nouvelles de leurs proches, s’inquiétant. Chacun d’entre nous qui connait des camarades palestiniens peut témoigner de ce que leurs messages d’affection et de compassion ont été nombreux et sincères. Nos camarades palestiniens vivent la terreur au quotidien, pour la plupart depuis qu’ils sont nés, et ils ont reconnu dans les victimes françaises de la semaine dernière les mêmes souffrances que celles qu’ils endurent, même si les violences politiques qui ont tué 130 parisiens ont été perpétrées par des acteurs aux motivations différentes de ceux qui terrorisent et tuent en Palestine occupée.

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Sur ce point, Monsieur l’Ambassadeur de France a bien raison : la terreur est similaire puisqu’elle frappe des innocents, meurtrissant les chairs et les consciences. Mais des artifices de langage et des associations mensongères ne sauraient masquer qu’en Palestine occupée, les principales victimes du terrorisme sont les Palestiniens, dont les bourreaux les plus actifs sont les amis israéliens de Monsieur l’Ambassadeur de France.

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