Bleu-Blanc-Rouge. Gaaarde à vous !

27 Nov

On mettra tout au tricolore,

Les plats du jour et les rubans,

Pendant que le héros Pandore

fera fusiller nos enfants

(La semaine sanglante, chant communard, Paris 1871)

Il y a 154 ans, Jean-Baptiste Clément composait une chanson racontant le massacre du Paris populaire sous les balles des troupes versaillaises. L’armée de Thiers avait tué plusieurs dizaine de milliers de Parisiens des quartiers populaires et en avait envoyé des milliers également pourrir dans les bagnes coloniaux, en Algérie et en Nouvelle Calédonie. Une orgie réactionnaire plus sanguinaire encore que la Saint Barthélémy. Quelles étaient donc les couleurs arborées fièrement par la troupe et vomies par les communards ? Le bleu, le blanc et le rouge, qui suscitaient une allergie déjà ancienne dans les classes populaires.

IMG_0146

C’est marrant comme tout est fait ces jours-ci pour organiser l’amnésie autour de ce symbole de la République bourgeoise qui a toujours (ou presque) servi à écraser toute tentative d’instauration d’une république sociale et égalitaire. Aujourd’hui tout doit être repeint en bleublancrouge, les fenêtres, les trottoirs, les bus et, surtout, les consciences. La moindre interrogation sur le fait que recouvrir d’un drapeau BBR toutes les victimes des assassins réactionnaires de Daech n’est peut-être pas le meilleur hommage qu’on puisse leur rendre est interprétée comme un crime contre le patriotisme. Silence dans les rangs ! Tous les tués auront droit à leur drapeau, et tant pis s’ils étaient espagnols, turcs, italiens, burkinabés, anglais, allemands, tunisiens, algériens, chiliens, nord-américains, maliens ou, tout simplement, s’ils ne se reconnaissaient pas dans ce bout de tissu. Quiconque discute ce code couleur est complice de l’anti-France, voire des terroristes. Tout le monde doit être uni derrière le drapeau et communier dans l’état d’urgence. Pour ceux qui n’avaient pas compris que nous étions en train de changer de régime, on rappellera que 58 personnes identifiées à partir de leur fichage par la maréchaussée à la manif de dimanche en faveur de l’accueil des réfugiés ont été convoquées au commissariat dans les jours qui ont suivi. Certains d’entre eux n’y étaient même pas, à cette manif, preuve que ce qui prime, c’est la fiche bleublancrouge, pas même la réalité du délit –hallucinant– de rassemblement interdit sur la voie publique, qui devient une habitude pour l’ordre public trouble de ce gouvernement. Cette pratique ne peut que rappeler ce que signifie l’écusson bleublancrouge qui orne l’uniforme : l’autorité de l’État et la criminalisation du mouvement social. L’état d’urgence est une mesure scélérate qui prend cyniquement prétexte des massacres du vendredi 13 novembre pour généraliser l’interdiction de tout mouvement critique à l’égard du pouvoir et des intérêts économiques qu’il sert. La pétainisation générale de la société est en marche, elle veut compter sur le sursaut patriotique de tout un peuple au garde-à-vous derrière la fière bannière tricolore.

IMG_2215

Aucun effort n’est épargné pour relancer l’industrie textile du tricolore : les bureaucrates de tous les partis ne lâchent plus leur gri-gri électoral BBR, et l’âne médiatique brait à longueur de journée en tricolore également. Vous ne savez pas où acheter un drapeau ? Regardez la télé, allumez la radio. Vous préférez le faire vous-même ? Libération, fidèle à son origine spontanéiste vous donne la recette du drapeau en perles ou en origami… Do it yourself ! Soyez auto-patriote !

Sarkozy avait rétabli le délit d’insulte au drapeau et au sanguimpur de l’hymne national, Hollande réinvente l’obligation morale de « pavoiser ». Ah mais faudrait quand même pas laisser le drapeau de la Révolution à l’extrême droite, hein ! Ouais. Sauf que ce n’est pas la première fois que le socialisme de gouvernement se bleublancrougise, et que ce n’est jamais bon signe. En 1914 c’était pour l’Union nationale et la République contre le kaiser et les casques à pointe. On a vu la suite. En 1954, le national-molletisme entendait enrayer le « terrorisme » des fellaghas. Résultat : état d’urgence et guerre d’Algérie. Dernier accès de pigmentation à trois bandes en date, le chevènementisme contre les sauvageons et pour la fierté nationale. Il a fourni les cadres du FN et Chevènement lui-même a rallié Dupont-Aignan. En attendant, l’hommage aux victimes et l’état d’urgence permanent servent surtout de prétexte : aligner tout le monde derrière le drapeau, interdire toute contestation et accélérer la guerre sociale en cours. Le Bleu-Blanc-Rouge, c’est le code couleur actuel du macronisme.

IMG_2217

Advertisements

2 Réponses to “Bleu-Blanc-Rouge. Gaaarde à vous !”

Trackbacks/Pingbacks

  1. Livre du samedi. Tricolores, une histoire visuelle de la droite et de l’extrême droite | Quartiers libres - 28 novembre 2015

    […] À l’heure où le régime hollando-vallsiste veut nous faire le coup de l’union nationale pour essayer de masquer sa politique antisociale, il n’est peut-être pas inutile d’en revenir à l’usage des symboles en matière de communication politique. Le drapeau tricolore, que l’on veut nous vendre comme l’étendard de la Révolution et de la Liberté est depuis très longtemps le signe de ralliement du nationalisme le plus rance et de l’extrême droite. Toutes les fois où la gauche de gouvernement, socialiste ou communiste, a prétendu se réconcilier avec le drapeau français, cela a débouché sur une répression du mouvement social et une politique de droite dure justifiées en bleublancrouge  par l'(état d’) urgence du moment. Bleu-Blanc-Rouge, personne ne bouge ! […]

  2. French way of life | Quartiers libres - 28 novembre 2015

    […] comme « le pays réel » ou « la patrie des terroirs », le drapeau tricolore n’a jamais fait […]

Les commentaires sont fermés.

%d blogueurs aiment cette page :