Etat des lieux de l’état d’urgence : premiers constats

29 Nov

Sous couvert d’état d’urgence et de lutte contre le terrorisme jihadiste, l’État français et ses agents répressifs s’attaquent à leur réel ennemi.

Après 15 jours d’état urgence, pas de perquisition, ni de garde à vue, ni d’assignation à résidence pour les guignols dissidents du Net. De Soral à Laibi en passant par les journalistes des agences de « réinformation » (toujours prompts à nous dévoiler l’envers du décor, avec son lot de Francs-maçons, de Juifs, d’Illuminatis et autres forces sataniques) : pas une perquisition, pas une descente. Rien. Eux, peuvent continuer à déverser tranquillement leur moisissure idéologique enrobée de paroles magiques.
S’ils peuvent poursuivre ainsi leur œuvre de diversion à caractère lucratif, c’est précisément parce qu’ils ne représentent pas une menace pour le pouvoir. Bien au contraire.
Ces guignols proposent des contre-feux frelatés et contrefaits qui drainent les internautes vers des combats inutiles et stériles. L’État français aurait donc tort de se priver de leurs services.

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Les forces de police chères à Alain Soral ciblent en revanche clairement leur véritable ennemi : l’extrême gauche. C’est le seul truc « rassurant » pour nous en ce moment.
Aussi faible et divisé que soit notre camp, la tête bien au fond du seau, l’Etat nous considère toujours dans les faits comme son ennemi politique numéro 1.
C’est la preuve que nos grilles de lecture et les modalités d’action héritées des luttes de nos anciens demeurent pertinentes et effrayantes pour les classes dominantes et leurs serviteurs.

Les Zadistes n’ont absolument rien à voir avec des Tak-taks. Même les reportages bidons de TF1 auraient du mal à établir une telle connexion. Pourtant, dans le contexte actuel, les perquisitions se multiplient dans l’univers des ZAD. A titre d’exemple, jeudi 26 et vendredi 27 novembre 2015, des perquisitions administratives ont visé des militants rennais. Six personnes sont depuis assignées à résidence jusqu’au 12 décembre 2015 et d’autres sont interdites de séjour en Ile-de-France.
Nous relayons ici intégralement le communiqué des camarades rennais, qui illustre bien la réalité de la séquence que nous vivons partout sur le territoire national :

« Le jeudi 26 novembre au matin a eu lieu une importante opération de police visant des militants écologistes et d’extrême gauche. Des perquisitions musclées ont eu lieu quasi-simultanément dans plusieurs habitations de Rennes (à notre connaissance, au moins six). À chaque fois une personne se voyait signifier une assignation à résidence. Les fonctionnaires de police, en grand nombre et armés de fusils à pompes, sont venus chez nous, où vivent aussi des enfants, nous ont tous menottés et plaqués au sol.
Pour justifier ces interventions, les forces de l’ordre nous ont dit agir dans le cadre des opérations de police en marge des manifestations prévues lors de la COP21. Ils nous ont délivré des assignations à résidence. Interdiction de quitter Rennes, obligation de pointer trois fois par jour au commissariat et de rester chez nous de 20h à 6h, et ce jusqu’au 12 décembre. La décision de ces perquisitions a été directement ordonnée par le Préfet. Les policiers, qui expliquaient qu’ils avaient désormais des « pouvoirs élargis », assumaient ostensiblement leur toute-puissance en évoquant avec un humour cynique la recherche bien sûr infructueuse « d’armes de guerre et d’explosifs ». Les papiers qui nous ont été délivrés expliquent que « la forte mobilisation des forces de sécurité pour lutter contre la menace terroriste ne saurait être détournée pour répondre aux risques de troubles à l’ordre public liés à de telles manifestations revendicatives ». Ce qui légitime pour eux ces assignations préventives.
Les informations utilisées pour justifier les assignations émanent vraisemblablement des services de renseignement et évoquent pêle-mêle des faits faux, imaginaires ou approximatifs. Trois raisons principales sont invoquées :
La participation à la manifestation anti-aéroport du 22 février 2014, à Nantes, à laquelle avaient participé 40 000 personnes et pour laquelle aucune des personnes assignées n’ont été arrêtées ou condamnées.
Leur présence au week-end de mobilisation contre les violences policières organisé à Pont-de-Buis un an après la mort de Rémi Fraisse par une grenade de la gendarmerie. Une  mobilisation publique et soutenue par l’Assemblée des blessés qui soutient les victimes de la répression policière.
L’arrestation préventive dans un squat à Milan avant une grande manifestation contre l’exposition universelle à laquelle ont participé les opposants à la ligne TGV Lyon-Turin, des cortèges syndicaux et militants pour le logement.
Certaines personnes sont accusées d’avoir été en « possession d’engins incendiaires », ce qui est faux et qui a été contesté devant la justice italienne.
À aucun moment la préfecture ne se donne la peine de prouver ces informations. Certains d’entre nous ont été présents lors de ces manifestations, d’autres non et aucun n’a jamais été inculpé pour des faits de violence ou de troubles à l’ordre public.
Il n’aura pas fallu deux semaines pour que se révèle ce que permet l’état d’urgence.
Alors que le gouvernement clame que la vie doit continuer normalement (appel à sortir aux terrasses, à participer aux concerts…) et que de grands événements sont maintenus, la contestation politique, elle, se retrouve acculée au silence avec des interdictions de manifester, à Rennes et Paris notamment. Une opération d’intimidation et de neutralisation (perquisitions arbitraires et assignation à résidence) dont on commence seulement à soupçonner l’ampleur…
Après la communauté musulmane dans son ensemble – avec l’intervention hallucinante de la police au restaurant Pepper Grill en région parisienne, par exemple –, voilà les militants des luttes écologiques, en soutien aux immigrés, pour le droit au logement, devenus victimes de la « guerre contre le terrorisme » chère à François Hollande.
Si ce type d’intervention et d’assignation ont eu lieu en France, qu’il s’agisse de militants d’extrême-gauche ou d’autres victimes de l’État d’urgence, n’hésitez pas à nous contacter.
Vous pouvez communiquer avec nous en nous écrivant à l’adresse suivante :
a.residence@riseup.net »

Dans nos quartiers, le nombre de perquisitions et de GAV qui touchent des militants devient lui aussi inquiétant. Les forces de police règlent ainsi leurs comptes avec tous ceux qui les gênent au quotidien. Cette ère de répression ne fait que commencer. L’État français a même le culot d’avertir officiellement la Commission européenne des droits de l’Homme qu’il suspend l’application des conventions qu’il a signées et qui garantissent un certain nombre de droits démocratiques en France. Un comble pour un pays qui prétend imposer ces droits ailleurs, à coups de canon s’il le faut.

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L’état d’urgence permet aujourd’hui aux forces de police de mener une répression contre toutes les forces militantes qui gênent ce qui constitue réellement le pouvoir en France.
C’est un véritable juge de paix entre les bavards du Net et celles et ceux qui tentent quotidiennement de construire une alternative au capitalisme et aux racismes qui structurent la république bourgeoise française.

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6 Réponses to “Etat des lieux de l’état d’urgence : premiers constats”

Trackbacks/Pingbacks

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    […] Nous relayons le témoignage d’un assigné à résidence qui montre à quel point la répression préventive à la « minority reports » n’a rien à voir avec la lutte contre le terrorisme: […]

  2. Robocop 21 | Quartiers libres - 30 novembre 2015

    […] attendant, en interne, on s’occupe de faire rentrer tout le monde dans le rang. Après les assignations à résidence aux quatre coins de la France de suspects –du délit de zadisme aigu ou de manifestite […]

  3. LA FRANCE QUI DERIVE | Raimanet - 30 novembre 2015

    […] Etat des lieux de l’état d’urgence : premiers constats https://quartierslibres.wordpress.com/2015/11/29/etat-des-lieux-de-letat-durgence-premiers-constats/ […]

  4. DERIVES POLICIERES | Boycott - 30 novembre 2015

    […] Etat des lieux de l’état d’urgence : premiers constats https://quartierslibres.wordpress.com/2015/11/29/etat-des-lieux-de-letat-durgence-premiers-constats/ […]

  5. Etat d’urgence en mode Turc | Quartiers libres - 22 décembre 2015

    […] vidéo nous livre un regard cru sur cette violence d’état qui frappe en Turquie et peut être demain en France. Qui peut aujourd’hui nous dire que cette scène ne se produira pas en France lors d’une des […]

  6. Les Unités de Protection de la Femme (YPJ) vues par sœur Caro | Quartiers libres - 4 mars 2016

    […] Ce documentaire sur les combattantes du PKK et plus encore le débat qui l’a suivi nous montrent que le tabou réside dans les principes et le projet politique que celles-ci portent. Un documentaire d’une heure sur les combattantes du PKK peut ainsi expurger totalement le fait que ces femmes qui se battent sont formées politiquement par « un parti » et que ce parti a un projet politique. Pour disqualifier le côté politique, le documentaire et le débat dénoncent un embrigadement de femmes dont on loue pourtant l’émancipation. La seule preuve trouvée repose sur la récurrence des photos du leader du PKK et de ses martyrs. Si on appliquait la même grille de lecture aux établissements publics de notre république, qui ont l’obligation d’exposer le portrait du chef de l’État, ça ferait de la France un pays officiellement totalitaire. […]

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