Séance du dimanche. Queimada

13 Déc

 

queimada-affiche

Début du XIXe siècle aux Antilles, sur l’île de Queimada, une colonie –imaginaire– du Portugal. On est en plein mouvement d’indépendance des ex-colonies américaines, en particulier espagnoles, mais l’exemple d’Haiti n’est pas très loin non plus. Les colons se soulèvent et veulent chasser la puissance coloniale pour obtenir leur indépendance. Ils sont bientôt rejoints par les esclaves noirs et appuyés en sous-mains par les Anglais, dont on ne va pas tarder à comprendre que leur soutien est loin d’être désintéressé. Très classiquement, une fois l’indépendance acquise, les planteurs blancs, nouveaux maîtres du pays et de la machine productive, reprennent les vieilles pratiques des colons vis-à-vis des esclaves noirs, qui se révoltent contre eux. Le plus intéressant est le jeu de la puissance néocoloniale anglaise, qui navigue subtilement entre un appui aux révoltés quand il faut mettre un coup de pression au gouvernement « indépendant » pour qu’il ne s’en prenne pas à ses intérêts économiques –en l’occurrence le monopole commercial autour de l’exportation du sucre pour la Royal Sugar Company – et un soutien y compris militaire au pouvoir en place pour écraser la révolte dès qu’elle se montre trop menaçante. Il faut à tout prix éviter une contagion aux îles voisines, et en particuleir à celle qui font toujours partie de l’empire colonial britannique. L’aide au pouvoir permet en retour d’assurer sa dépendance et de sanctuariser les intérêts économiques britanniques.

 

Le film, réalisé en 1969 par Gilles Pontecorvo (La bataille d’Alger, Operación Ogro) démonte les mécanismes de l’impérialisme néocolonial. L’arrière-fond historique est bien sûr Cuba –première puissance sucrière des Caraïbes, libérées de la tutelle espagnole avec l’appui militaire américain en 1898 et maintenu sous un régime de quasi-colonie, de réserve sucrière et de bordel flottant pour riches touristes yankees jusqu’à la révolution castriste de 1959. Mais le message est beaucoup plus large : en cette période de décolonisation, il peut concerner l’ensemble des nouveaux États indépendants de fait de la Grande Bretagne, de la France, de la Belgique ou des Pays Bas, mais toujours soumis à une dépendance économique de la part des nouvelles puissnces impérialistes ou, tout simplement, de leur ancienne métropole coloniale. Le jeu de la France en Afrique, par exemple est particulièrement clair sur ce point : la disparition de l’A.O.F. et de l’A.E.F. n’a jamais entraîné la libération réelle des peuples africains, jusqu’à preuve du contraire.

Le film suit deux lignes narratives : le point de vue d’un esclave noir appelé Dolores et celui de Marlon Brando, alias John Walker agent secret britannique aux manœuvres auprès des Noirs pour le compte des intérêts de sa Très Gracieuse Majesté et des capitaux qu’elle représente. Il ne s’en tient pas à la dénonciation des mécanismes de l’impérialisme : la vengeance du peuple sur la personne de Walker laisse ouverte la perspective d’une libération et matérialise les dernières paroles du leader révolutionnaire Dolores au pied de la potence où l’a conduit le double jeu de Walker : la liberté ne se concède pas, elle se gagne.

 

 

 

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