Livre du samedi: La Patagonie Rebelle / Osvaldo Bayer

19 Déc

Patagonie rebelle

La Patagonie rebelle, 1921-1922 – Osvaldo Bayer

Chronique d’une révolte des ouvriers agricoles argentins

Présentation de l’éditeur:

La description minutieuse d’événements que l’Histoire officielle n’évoque guère. Rien n’a changé depuis ces années 1920 : les mêmes structures foncières demeurent. Immuable et évidente reste la complicité silencieuse de la classe politique, unissant la droite, le centre gauche et l’armée.

« Les événements relatés dans ce livre s’inscrivent dans la longue suite de tragédies qui ont marqué le mouvement ouvrier en Argentine. Les massacres de Patagonie (1921) surviennent après les fusillades de la Semaine rouge (1909) et la de Semaine tragique (1919). La répression continuera tout au long du siècle pour culminer dans l’horreur avec la dictature militaire de 1976-1983 (30 000 disparus).

Au début du siècle, le mouvement syndical est marqué par la présence de la FORA (Fédération ouvrière régionale argentine), anarcho-syndicaliste, plus vieille section de l’AIT. Elle compta jusqu’à 100 000 adhérents.

L’économie de la Patagonie est centrée sur le mouton. La région est divisée en immenses haciendas appartenant à des propriétaires fonciers et des capitalistes argentins et anglais. Les ouvriers et les péons (travailleurs agricoles) vivent dans des conditions lamentables et travaillent pour des salaires de misère. Ils vont déclencher des grèves sous l’impulsion de la Société ouvrière de Rio Gallegos. Celle-ci est affiliée à la FORA, et son secrétaire est l’anarchiste espagnol Antonio Soto. La plupart des grévistes sont des étrangers Chiliens, Espagnols, Russes, Allemands…

Par nationalisme et pour protéger les intérêts des grands propriétaires, un corps expéditionnaire, commandé par le lieutenant-colonel Varela, est chargé de rétablir l’ordre. La répression est impitoyable. Entre 1 500 et 2 000 travailleurs furent fusillés sans procès, alors que le gouvernement radical venait d’abolir la peine de mort ! En janvier 1923, Varela sera assassiné par l’anarchiste Kurt Wilckens.(…) » (extrait d’un article du Monde Libertaire, mai 1996)

Ce livre est la version abrégée de Los Vengadores de la Patagonia trágica, qui se compose de quatre gros volumes. Les trois premiers parurent entre 1972 et 1974. Le quatrième fut publié en Allemagne où l’auteur avait fuit la dictature argentine. Osvaldo Bayer a réalisé une enquête très minutieuse sur le terrain. II a rencontré et interviewé de nombreux témoins des événements. Sur les lieux des massacres, il a même retrouvé des restes humains. Un film a été réalisé à partir de son livre La Patagonia Rebelde, réalisé en 1974 par Hector Oliveira.

 

La Patagonie rebelle est aussi un film d’Hector Olivera, inspiré du livre d’Osvaldo Bayer, qui est également l’auteur du scénario. Sorti en 1974, il retrace l’histoire d’un épisode important de l’histoire du mouvement ouvrier –et de la répression– en Argentine: les mois d’insurrection ouvrière dans la province de Santa Cruz, en Patagonie. Entre 1878 et 1885, l’armée argentine écrasa militairement les Indiens mapuches et tehuelches, durant ce qui pudiquement a été appelée la « campagne du désert » (les Indiens, c’est bien connu, n’existent pas). Des milliers d’Indiens parqués dans des camps de concentration qui servaient de réserve de main d’œuvre quasi-esclave pour l’industrie sucrière du nord du pays ou pour d’autres secteurs ruraux. (…)Le film est sorti en 1974, dans un moment très particulier de l’histoire argentine, enre deux dictatures, à un moment où le retour de Perón pouvait laisser croire à une ouverture vers une démocratie socialiste. Perón, en vieux réactionnaire, en dépit des bases montoneras qui le soutenaient, commença par censurer le film, avant de se raviser et de l’autoriser. Mais le film reste très peu à l’écran : à sa mort, quelques mois plus tard, c’est l’extrême-droite du mouvement péroniste qui arriva au pouvoir, et le film fut de nouveau interdit. Il ne réapparut sur les écrans qu’après la chute de la dictature militaire, au milieu des années 1980.

 

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