Archive | décembre, 2015

Etat d’urgence en mode Turc

22 Déc

Dilek-Dogan (2)

Le 18 octobre dernier, Dilek Dogan, jeune militante de 24 ans a été abattue devant sa famille, dans sa maison par des policiers turcs lors d’une perquisition violente. Ce 20 décembre pour la première fois la vidéo de cette perquisition est rendue publique. Elle montre l’exécution de la jeune militante kurde alévie, Dilek Dogan.

Le film complet du raid commence avec les membres lourdement armés des forces spéciales.
Le frère de Dilek peut être entendu disant : «105 personnes ont été récemment massacrés à Ankara par l’état islamique, aucun policier n’était présent; mais vous apporter toute une armée dans ma maison ».
Un des policiers peut être entendu hurler sur Dilek : « qu’est-ce je viens de te dire ? » suivi par un coup de feu. La mère de Dilek hurle : «Ils ont tiré sur ma fille. »
S’ensuit un échange de coups entre la famille et les policiers.
Dilek Dogan meurt à l’hôpital après une semaine de coma.

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En Turquie nos camarades kurdes et turcs subissent une répression ultra violente de l’état turc au service des impérialistes et de l’Otan dans la région. Cette vidéo nous livre un regard cru sur cette violence d’état qui frappe en Turquie et peut être demain en France. Qui peut aujourd’hui nous dire que cette scène ne se produira pas en France lors d’une des multiples perquisitions violentes et inutiles mise en scène par le gouvernement français pour masquer ses responsabilités sociales et géopolitiques dans l’importation de la violence takfiriste sur le sol français ?

En finir avec l’état d’urgence, c’est en finir avec la guerre

21 Déc

« L’essentiel est que nous soyons prêts à les prévenir au maximum, à les réprimer dans tous les cas. »

Le ministre de l’Intérieur François Mitterrand devant l’Assemblée nationale, le 12 novembre 1954, à propos des attentats du FLN en Algérie.

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#HORRIA (liberté), Tag , Turin, novembre 2015.

L’état d’urgence à la base, arme de guerre contre le peuple algérien

L’état d’urgence est né avec la loi n° 55-385 du 3 avril 1955, qui prévoit qu’il « peut être déclaré sur tout ou partie du territoire métropolitain ou des départements d’outre-mer, dans deux hypothèses :

– soit en cas de péril imminent résultant d’atteintes graves à l’ordre public ;

– soit en cas d’événements présentant, par leur nature et leur gravité, le caractère de calamités publiques. »

L’état d’urgence est le cadre juridique que choisit l’État français pour mener sa guerre contre le peuple algérien après le 1er novembre 1954, date du début de la révolution lancée par le FLN. Cette loi engage la France contre l’histoire, contre le mouvement de décolonisation de l’Afrique, dans une guerre perdue d’avance. Ce faisant, elle supprime tout un pan des droits et des libertés individuelles pour permettre à l’armée et à la police coloniales de démanteler les structures révolutionnaires algériennes. Chercher pourquoi le gouvernement Valls a choisi cette même loi en réponse aux attentats du 13 novembre à Paris amène à relire « L’ennemi intérieur » de Mathieu Rigouste. Ce livre de socio-histoire militante montre comment la révolution algérienne a été l’occasion pour la République française de tester de nouvelles pratiques de répression et de contrôle sur le sol de son ancienne colonie et sur le territoire national, simultanément. En France, ces pratiques n’ont pas cessé d’être expérimentées dans un cadre juridique toujours en évolution. Toute une partie des structures et du personnel militaire, policier ou administratif issus de la France coloniale a été réintégrée en métropole, dans la société dans laquelle nous vivons. La figure de « l’ennemi intérieur » s’appliquait, dans la société coloniale, aux résistants algériens, fellagha ou fidaïnes, ainsi qu’aux quelques communistes ou anarchistes qui les soutenaient. Elle s’applique désormais spécifiquement à la figure des « jeunes » issus des quartiers populaires, surtout s’ils sont musulman-es, et aussi à un certain nombre de militant-es d’extrême gauche, tous montrés comme de potentiels terroristes. Lorsque l’état d’urgence est mis en place par Nicolas Sarkozy lors des révoltes populaires de novembre 2005, c’est la figure du jeune musulman des quartiers qu’il réprime de façon spectaculaire. L’état d’urgence est un élément moteur de l’ordre sécuritaire qui faut comprendre sur le long terme, comme l’explique Mathieu Rigouste :

« Depuis les années 1960 jusqu’aujourd’hui, l’ordre sécuritaire redéploie aussi ces schémas contre-insurrectionnels contre les mouvements sociaux et les mouvements révolutionnaires.
Les sociétés impérialistes importent en fait en permanence des dispositifs de domination issus de la guerre coloniale pour restructurer leurs modèles de pouvoir. Elles rénovent et réagencent des doctrines et des idéologies, des personnels et des réseaux, des matériels et des technologies pour la restructuration du socio-apartheid et l’encadrement des quartiers populaires. Elles les adaptent et les recombinent ensuite vers le contrôle et la domestication des luttes sociales et des mouvements révolutionnaires. »
(1)

L’état d’urgence de novembre 2015, tout en dépassant le niveau de répression des révoltes de 2005, comme nous allons le voir à la suite, s’inscrit à son tour dans le cadre d’une guerre menée à la fois en Syrie, en Irak, en Libye, et dans la population française. Ce paradigme néocolonial est un héritage de la guerre contre-révolutionnaire en Algérie, il doit être comprit à partir de cette histoire. Aux débuts des années 2000, les interventions américaines en Afghanistan et en Irak font rejaillir des modèles de contre-insurrection où s’enchevêtrent guerre impérialiste « là-bas », et État policier « ici ». C’est, en d’autres termes: « un continuum de violence d’État circulant entre le contrôle et la guerre, l’intérieur et l’extérieur, la guerre et la paix, les domaines militaires et policiers. »(2) Et nous pouvons parier que si nous ne freinons pas l’élan guerrier de l’armée française, nous en subirons les conséquences désastreuses dans notre quotidien, dans nos droits et nos libertés.

Hollande et Valls contre les libertés individuelles, jusqu’où ira l’héritage de Vichy et de la guerre d’Algérie ? Lire la suite

Séance du dimanche. Creation for liberation 1979-1981

20 Déc

Creation for liberation

Retour sur l’histoire explosive du quartier londonien de Brixton, théâtre d’une énorme activité culturelle et politique à la fin des années 1970, notamment autour de la scène jamaïcaine, et lieu également d’une des plus graves émeutes raciales de ce Royame Uni violent et policier du début de l’ère Thatcher.

Un film en deux partie de Ray Kril et produit par le Cultural Media Collective (CMC) d’Amsterdam, en deux parties. La première revient sur la librairie activiste de Brixton Bogle Louverture (du nom de Paul Bogle et de Toussaint Louverture, deux figures historiques de la lutte pour l’abolition de l’esclavage, en Jamaïque et en Haïti), ouverte dix ans auparavant, en 1969 par un couple d’activistes également originaire du Guyana, Jessica et Eric Huntley. En plus de leur activité de diffusion de toute la culture Black Power, notamment à travers leur travail d’édition, commencé justement avec les cours de Walter Rodney – The groundings with my brothers, Comment l’Europe sous-développa l’Afrique : Analyse historique et politique du sous-développement (1972) – on y retrouve l’effervescence culturelle du quartier populaire fortement métissé de Brixton. Tous les personnages du milieu politico-artistico-musical caribbéen de Londres passent par Bogle Louverture. On pouvait y assister à des lectures de poésie, des présentations de livres, des conférences diverses et variées. C’était aussi un repaire de militants et d’activistes, ce qui explique pourquoi la librairie a également été la cible plusieurs fois d’attaques de l’extrême droite. Entre autres personnages marquants de cette époque, on pouvait y voir Linton Kwesi Johnson, dont Bogle Louverture a d’ailleurs publié le recueil de poésies Dread beat and blood. LJK très présent dans ce documentaire, et appelé à réapparaître en personne et en musique dans la deuxième partie. Cette première partie est dédiée à Walter Rodney, spécialiste d’histoire africaine, penseur de la libération noire dans les années 1970, né au Guyana, prof à Kingston, d’où il chassé après les émeutes appelées justement « the Rodney Riots ». Une figure centrale de la libération noire, il a ensuite travaillé à Daar Es Salaam en Tanzanie avant d’être assassiné à Georgetown, au Guyana, le 13 juin 1980.

La deuxième partie, intitulée Reflection in red est consacrée aux émeutes de 1981 à Brixton, émeutes déclenchées sur fond de meurtres racistes

Le documentaire fait d’abord défiler des images reprises des médias avec les inévitables sous-titres attirant l’attention des téléspectateurs sur les souffrances de la police et dénombrant les dégâts (blessés, voitures brûlées etc). Le son est coupé : on lui a substitué « equal rights and justice », un morceau de dub poetry de Oku Onuora, un des pionniers du genre, dont le Reflection in red donne d’ailleurs son titre à cette deuxième partie.

Comme on pouvait s’y attendre, le film ne s’en tient pas là et passe de l’autre côté des sous-titres : à l’intérieur du ghetto, son quotidien de chômage, de logements pourris et de discriminations. Il y est question de la violence policière et de l’image qu’ont les habitants du quartier de la police anglaise. De ce qu’ils subissent au quotidien de la part d’une police dont la présence constitue une véritable menace, pas une protection. Bien avant notre belle France de 2015 finissant, le Royaume Uni s’était doté de mesures d’exception destinées à contrôler les classes dangereuses et à laisser la bride sur le cou des forces de répression. En 1978 –date à laquelle les travaillistes sont encore au pouvoir…– le parlement vote l’application d’une loi spéciale dite SUS (« Stop and Search« ). En clair : la police a toute liberté d’arrêter qui bon lui semble, sur la base d’un simple soupçon. Bien entendu, la jeunesse noire des quartiers populaire, qui a la gueule de l’emploi, en devient une cible de choix, notament sur ce qu’on n’allait pas tarder à appeler la « Frontline » de Brixton. Les Clash avaient sorti une chanson en 1979, deux ans avant les émeutes, qui donnait une image assez claire de la violence et de l’impunité dont jouissait la  police.

Il faut dire que le contexte annonçait l’explosion. La même année, en 1979, avait eu lieu une émeute à Southall, un autre quartier populaire du sud londonien : une manif antiraciste et antifasciste organisée pour protester contre les agressions à répétition du National Front contre Noirs et Asiatiques dans le quartier. Les troupes de choc de la police, les SPG, avaient fait le service après vente des nazillons : un militant connu de l’Anti-nazi League, Clement Blair Peach avait été matraqué à mort dans une petite rue en marge de la manif, et un des membres du collectif reggae Misty in Roots, Clarence Baker, très actif dans le mouvement Rock Against Racism, plongé dans le coma suite à Lire la suite

Livre du samedi: La Patagonie Rebelle / Osvaldo Bayer

19 Déc

Patagonie rebelle

La Patagonie rebelle, 1921-1922 – Osvaldo Bayer

Chronique d’une révolte des ouvriers agricoles argentins

Présentation de l’éditeur:

La description minutieuse d’événements que l’Histoire officielle n’évoque guère. Rien n’a changé depuis ces années 1920 : les mêmes structures foncières demeurent. Immuable et évidente reste la complicité silencieuse de la classe politique, unissant la droite, le centre gauche et l’armée.

« Les événements relatés dans ce livre s’inscrivent dans la longue suite de tragédies qui ont marqué le mouvement ouvrier en Argentine. Les massacres de Patagonie (1921) surviennent après les fusillades de la Semaine rouge (1909) et la de Semaine tragique (1919). La répression continuera tout au long du siècle pour culminer dans l’horreur avec la dictature militaire de 1976-1983 (30 000 disparus).

Au début du siècle, le mouvement syndical est marqué par la présence de la FORA (Fédération ouvrière régionale argentine), anarcho-syndicaliste, plus vieille section de l’AIT. Elle compta jusqu’à 100 000 adhérents.

L’économie de la Patagonie est centrée sur le mouton. La région est divisée en immenses haciendas appartenant à des propriétaires fonciers et des capitalistes argentins et anglais. Les ouvriers et les péons (travailleurs agricoles) vivent dans des conditions lamentables et travaillent pour des salaires de misère. Ils vont déclencher des grèves sous l’impulsion de la Société ouvrière de Rio Gallegos. Celle-ci est affiliée à la FORA, et son secrétaire est l’anarchiste espagnol Antonio Soto. La plupart des grévistes sont des étrangers Chiliens, Espagnols, Russes, Allemands… Lire la suite

14KT feat. Obie Iyoha / Podium

18 Déc

Ça a voté et après ?

17 Déc

Ceux qui ont suivit l’actualité médiatique et politique entre le dimanche 6 décembre et le dimanche 13 décembre 20h n’ont pas pu y échapper : « La République » était en grand danger.
Soulagement : le 13 décembre à 20h01 tout est rentré dans l’ordre (républicain) : la France est sauvée parce que le FN a été privé de présidence de région grâce à « un sursaut de mobilisation », salué par tous les états-majors politiques et relayé par toutes les rédactions des grands médias. Du grand lyrisme.
Jusqu’ici tout va bien.

 

Faut évidemment pas y regarder de trop près. Le taux de participation a gagné en effet un peu plus de huit points par rapport au premier tour mais la réalité est que seulement 58,53% des inscrits sur les listes se sont déplacés contre 50,08% au premier tour. Cela fait tout de même plus de 4 électeurs sur 10 – soit la bagatelle de 18 229 896 français(e)s – qui sont restés chez eux malgré le branle-bas de combat médiatique. Si on y ajoute les 1 254 294 bulletins nuls et blancs ( soit 4.87% des votants), ce sont 45% des électeurs qui ne se sont pas reconnus dans l’offre politique du second tour.
Il faut dire qu’elle se résumait, en fonction des circonstances, au FN, à la clique de Sarko et à une gauche plurielle délavée sans programme mais en mode « je me partage les strapontins ».
Si on ajoute à cela la majorité des électeurs sincères de la gauche qui n’ont pas voté PS au premier tour et qui ont fait le choix d’utiliser leur vote pour faire barrage au FN ou à la droite en portant leur voix sur des candidatures par défaut au second tour, on est loin du sursaut républicain dont nous abreuvent les médias et les états-majors politiques.
Objectivement : cette république est en bout de course et toutes les forces politiques qui s’accrochent à elles perdent chaque jour en crédibilité et donc en force.

FN_régionales2015
Le crash électoral qui verra une victoire du FN au second tour à une grande élection n’est plus une hypothèse farfelue. On peut ainsi constater, dans le Nord et le Midi, que le FN seul contre tous gagne malgré tout des voix au second tour. Dans le Nord, Marine le Pen gagne plus de 10% de voix (soit la bagatelle de 106 627 électeurs) quand la participation entre les deux tours ne passe que de 54% à 61% soit +7%.
Augmentation des votants, oui, mais Lire la suite

Longshot / No Justice No Peace

16 Déc

La campagne BDS et la justice française

15 Déc

BDS

Lancée en 2005 à l’appel de la société civile palestinienne la Campagne BDS (Appel au Boycott, aux Désinvestissements et aux Sanctions contre l’Etat d’Israël jusqu’à ce qu’il applique le Droit International) a pris depuis une ampleur mondiale. Toutefois, cette campagne non violente et citoyenne subit en France une répression particulière. Des militant-e-s participant à des actions dans le cadre de cette campagne sont régulièrement amenés par des organisations pro-isréaliennes à comparaître au tribunal, invoquant la discrimination et l’incitation à la haine raciale. Alors que la plupart ont été relaxés, au nom de l’exercice de la liberté d’expression, un rendu récent de la Cour de Cassation pourrait augmenter les risques de condamnations. Le Collectif Palestine Paris 8 propose alors de questionner les spécificités de la justice française et les perspectives de la campagne internationale.

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Peu importe la raison pour laquelle c’était arrivé

15 Déc

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Quartiers Libres publie ce texte d’une proche qui voudrait que son « expérience » serve et se sache. Q.L/

« J’étais enceinte. Le test disait : « supérieur à quatre semaines ». Alors j’ai paniqué. J’ai lâché le test sur lequel j’avais pissé et je me suis mise à chialer comme une gamine. Et puis j’ai dû, comme plein d’autres avant moi, trouver une solution. Vite. Et comprendre comment régler « ça ».

Car bien que je respecte la vie plus que tout, ce p’tit truc qui pouvait grandir dans mon ventre n’était pas le bienvenu, du tout. Impossible de l’accueillir. Qu’il ait une famille et un tant soit peu de sécurité. Alors bon. Fallait s’y résoudre, fallait qu’il disparaisse. Pas que ça me bouleverse pas, plutôt que j’avais pas le choix.

En cherchant sur le net, tu tombes direct sur toutes sortes d’images affreuses de bébés ensanglantés : les mal-nommés « pro-vie » saturent la toile. Et les informations sur l’IVG, éparses, m’ont vite fait comprendre que j’en aurais pour un moment, à m’occuper de « ça ». Pas si facile, quand il est préférable que ta propre famille n’en sache rien, et que le « monde médical » est soit saturé, soit ouvertement réac. Quand je leur expliquais la Lire la suite

Jeff Le Nerf « ça fera pas twerker »

14 Déc