Séance du dimanche Fuori dalle fogne (sortis des égouts)

3 Jan

 

Fuori dalle fogne

Fascisti, carogne

Tornate nelle fogne

(Fascistes, crevures

Retournez aux ordures)

 

« Le fogne, en italien », c’est les égouts. En guise de cadeau de bienvenue en 2016, QL vous invite à patauger dans les bas-fonds crapoteux du néo-fascisme romain du début du XXIe siècle.

Il y avait deux raisons au moins pour revenir sur les activistes néo-mussoliniens en ce mois de décembre passé : le souvenir de l’attentat de la piazza Fontana à Milan le 12 décembre 1969 et la mort ce 16 décembre 2015 de Licio Gelli, le sinistre maître de la loge fascisto-mafieuse P2, acteur majeur de la stratégie de la tension dans l’Italie des années de plomb, impliqué –directement ou indirectement– dans un grand nombre de saloperies internationales, dont la création des escadrons de la mort de la triple A en Argentine, avant de soutenir la junte militaire. Un condensé de –vrai– complotisme d’extrême doite, le « vénérable » Gelli : ancien volontaire pro-franquiste pendant la guerre d’Espagne, officier fasciste en Italie dans les années 1940, militant du MSI après la guerre, il a été une des pièces clé du réseau paramilitaire Gladio, une espèce d’internationale barbouzarde impliquée dans une infinité de coups tordus, dont le coup d’État des colonels en Grèce ou celui mené en Bolivie en 1980 avec l’aide de Klaus Barbie, en passant par l’organisation des G.A.L., responsables dans les années 1980 de 27 assassinats dans les milieux indépendantistes basques.

Licio_Gelli_tessera_fascio

Le 12 décembre 1969, une bombe placée Piazza Fontana, à Milan, faisait 16 morts et 88 blessés. C’était le premier acte de ce qu’on a appelé par la suite la « stratégie de la tension »: déstabiliser l’ordre démocratique, pousser la gauche à réagir violemment aux attaques fascistes pour justifier l’imposition d’un ordre autoritaire -le coup d’État des colonels en Grèce c’est 1967- ou, au moins, l’instauration d’un état d’urgence plus ou moins permanent permettant d’écarter toute perspective d’une accession de la gauche au pouvoir. Il fallait à tout prix maintenir la Démocratie Chrétienne (et les intérêts économiques qui lui étaient liés) aux commandes de l’État. Pour la bombe de Milan, on dénonça immédiatement l’extrême gauche et les anarchistes, on arrêta à grand renfort de publicité 84 militants libertaires, dont un cheminot du nom de Giuseppe Pinelli, qui passa par la fenêtre du quatrième étage du commissariat où il était interrogé. Après avoir laissé penser qu’il s’agissait d’un suicide qui démontrait son implication dans l’attentat, l’enquête aboutit officiellement à la conclusion que Pinelli avait été victime d’un malaise…

Giuseppe_Pinelli_2

En fait la bombe avait été posée par des militants d’un groupuscule néo-fasciste plus ou moins téléguidés par les services secrets italiens, eux-mêmes en cheville avec la CIA, une sauce particulièrement nauséabonde qu’on devait retrouver systématiquement par la suite. Ce n’était que le début d’une série extrêmement meurtrière d’attentats terroristes aveugles, dont le point culminant aura été bien sûr l’explosion du 2 août 1980 à la gare de Bologne. Action revendiquée en l’occurrence par les N.A.R. (Noyaux Armés Révolutionnaires).

Les N.A.R. étaient organiquement liés, pour une partie de ses militants au moins, au groupe Terza Posizione, dont deux des principaux chefs étaient Roberto Fiore et Gabriele Adinolfi. Ces braves garçons ont dû s’exiler quelque temps à Londres lorsque leur nom est apparu dans l’affaire de Bologne. Ils en ont profité pour faire du fric et continuer à œuvrer pour la cause fasciste. De retour en Italie, on les retrouve en effet à la manœuvre pour passer le relai à croix celtique à la génération suivante. Fiore monte Forza Nuova, parti faf traditionnel, tandis qu’Adinolfi investit dans l’innovation technologique, en finançant Casa Pound, produit frelaté vendu comme du « fascisme 2.0 » en raison d’un gros travail de com et une diversification des activités, en dehors des ratonnades et autres activités ludiques de tout skin reconverti qui se respecte. Un relookage qui fait saliver d’envie les boutiquiers besogneux de la PME soralienne, mais qui ne fait illusion qu’auprès des convaincus : comme QL a déjà eu l’occasion de le montrer, Casa Pound fait surtout du fric grâce à divers trafics, et reste une officine de fafs supplétifs de l’État en l’occurrence berlusconien. De fait, depuis que Berlusconi -lui aussi ancien de la loge P2- a perdu le pouvoir et ses alliés la mairie de Rome, Casa Pound est en nette perte de vitesse. Un hasard, sans doute.

fuori-i-fasci3

Le documentaire de Carlo Bonini, Valeria Teodonico, Fabio Tonacci et Corrado Zunini fait le point sur l’état des forces en 2008. Il est parfois sensationnaliste et irritant dans ses commentaires (c’est la Repubblica qui diffuse, et la Repubblica est au journalisme ce que Matteo Renzi ou Manuel Valls sont à la gauche : un panaris). Il a au moins l’avantage de présenter les sept familles à poil ras du néo-fascisme italien et de donner pas mal de billes pour s’y repérer. Ah ! et bonne année quand même…

http://video.repubblica.it/copertina/1fuori-dalle-fogne/30652/31163?video

 

 

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