Séance du dimanche. La Nuit des morts-vivants

31 Jan

 

affiche

En 1968, un parfait inconnu de 28 ans, Georges Romero, sort un film financé avec un budget ridicule à Pittsburgh, en dehors des circuits de production classiques de l‘industrie cinématographique nord-américaine. Une micro-société de productions composée d‘une dizaine d‘amis et quelques autres pour arriver à boucler le tournage et mettre le tout en boîte.

Le film est inspiré de Je suis une légende, un roman fantastique de Richard Matheson sorti en 1954, qui racontait l‘histoire du dernier homme survivant au milieu d‘une humanité frappée par un virus qui transforme tout être humain en une sorte de vampire nocturen décérébré. En bref, La nuit des morts-vivants est le premier film de zombie, bien inquiétant, un peu gore mais pas trop, là encore pour des raisons financières : les effets spéciaux ça coûtait cher, comme la couleur, d‘ailleurs. Du coup, le film est en noir et blanc, et les maquillages n‘ont pas coûté une fortune.

Très vite, le film devient culte, pour au moins deux raisons : 1/ c‘est beaucoup plus qu‘un énième film de monstres, de vampires ou de en carton-pâte. Les zombies, c‘est beaucoup plus flippant : ils nous ressemblent, ils sont là, et parfois on les connaît, on les reconnaît. Ou plutôt : on les connaissait. Avant… Les trucs de suspense marchent particulièrement bien : on apprend avec les personnages la gravité de la situation, le tout au compte-goutte, à travers une radio qui crachotte : l‘infection des morts par une contamination radioactive provenant d‘une expérience spatiale qui a mal tourné, le mode d’emploi : les morts reviennent à la vie et ils ont très faim…alors même qu’il y a des macchabées dans la ferme où se sont enfermés les survivants pour échapper aux morts-vivants qui cherchent à entrer pour avoir accès à leur quatre-heures…

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2/ La nuit des morts vivants, de même que les autres films de zombies signés par Romero par la suite est un film politique. Pas dans le propos explicite, ni, a priori, dans le sujet lui-même. Mais en 1968, en plein mouvement de revendication du black power, dans la foulée de l‘assassinat de Malcom X et de Matin Luther King, choisir comme acteur principal –et seul personnage positif au milieu d‘un océan de connerie et de mesquinerie – un Noir (Duane Jones) c‘était déjà prendre position, surtout quand on connaît le sort qui lui est réservé à la fin du film (qu‘on ne va pas révéler ici, évidemment). Romero a toujours affirmé qu‘il l‘avait engagé parce qu‘il avait été le meilleur à l‘audition, pas parce qu‘il était noir. C‘est peut-être une manière encore plus radicale de revendiquer sa prise de position, une constante qu‘on retrouve d‘ailleurs dans tous ses films de zombies : une critique radicale du racisme de la société WASP. L‘ouverture du second de ses films de morts-vivants –Zombie, sorti en 1978– est encore plus claire : c’est l’état d’urgence (Tiens ?) on y voit une brigade d‘intervention de la police ultra-violente prendre d‘assaut un immeuble peuplé de porto-ricains qui refusent de livrer le corps de leurs morts. Là encore, un des héros est un de ces flics, noir, en rupture de ban face à l‘orgie raciste de certains de ses collègues de travail contre les vivants et les morts, et qui décide de déserter avec un de ses potes et un couple d‘amis qui ont le bon goût d‘avoir récupéré un hélicoptère.

ken-foree-Zombie 1

Dans le quatrième de la série, Land of the Dead (le Territoire des morts, 2005), le leader des (véritables) damnés de la terre, qui se sont mis à penser et à s‘organiser contre la caste dominante des vivants, est encore un prolétaire noir, l‘acteur Eugene Clark.

Land-of-the-Dead-2005

L‘autre constante des films de Romero, c‘est la violence. Pas uniquement les festins cannibales des zombies : la violence sociale, la violence de l‘État et de ses forces de sécurité, l‘armée, la police. Ici, en 1968, impossible de ne pas voir dans le déploiement militaire massif sur l‘ensemble du territoire un écho direct à la guerre du Viet-Nam. Le charme discret de ses opérations « search and destroy », le ratissage systématique du territoire et l‘incinération des cadavres. Impossible de ne pas voir non plus dans Zombie une critique de l‘Amérique réactionnaire, avec ce mélange indigeste de flics, de militaires et de milices de red necks qui font le carton sur les zombies en buvant de la bière et en écoutant de la country bien grasse.

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Le troisième film sur les morts-vivants de Romero (The day of the Dead, le Jour des morts-vivants, sorti en 1985) est d‘ailleurs peut-être encore plus explicitement antimilitariste : il se passe dans une base de l‘armée spécialisée dans les expérience sur les zombies. Inutile de dire que l‘image des militaires n‘est sort pas indemne. Inutile de préciser que ça se passe mal pour eux aussi, on est dans un film d‘horreur à thèse…

 

captainrhodes

Quartiers Libres vous souhaite un bon dimanche avec les zombies. Et vous renvoie également vers une séance précédente : Invasion Los Angeles (They Live), de John Carpenter, autre maître du cinéma d‘horreur indépendant également riche en critique sociale.

 

-VO sous-titrée en français

 

-Une interview de Romero, qui revient sur ses partis-pris politique et satiriques

http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19258570&cfilm=1133.html

 

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