Archive | janvier, 2016

Curtis Mayfield : The Underground

21 Jan

Barbès Blues au temps du couvre-feu (partie 28) Farid Taalba

20 Jan

Algérie

Barbès Blues au temps du couvre-feu (épisode précédent)

Grand, sec, le visage basané, les yeux cerclés d’une paire de lunette d’écaille sombre, il était habillé d’un costume de lin blanc, une chemise bleue boutonnée jusqu’au col. Il était coiffé d’un béret basque qui lui donnait une touche exotique au milieu des chèches, des calottes rouges, des capuchons de burnous et des haïks. Il tenait une simple petite valise en carton de couleur rouge, serrant sous l’aisselle des journaux tout frais sortis du kiosque.

« L’instituteur ! », s’étonna Madjid. « Il n’a pas changé, c’est comme si je l’avais quitté la veille ! ».

Il l’avait connu à Akbou. D’ailleurs qui ne connaissait pas l’instituteur, ou plus simplement cheikh Mouloud, dans cette petite bourgade où tout à chacun pouvait le remercier de lui avoir sauvé la mise à un moment critique de son existence. En dehors de ses fonctions d’instituteur, le jour du marché, estimant qu’il se devait de se charger des adultes après s’être occupé de leurs enfants, il avait pris l’habitude de tenir une permanence d’écrivain public dans l’arrière salle d’un café maure où l’on venait lui demander de traduire les mystères de tel document administratif ou bien de telle lettre personnelle, mais aussi pour les conseillers et leur écrire les réponses appropriés. Grâce à lui, combien de vieilles ou de veuves avaient pu entendre par sa bouche leur fils émigré parler, combien de parents en discorde amenés au rapprochement par la diplomatie qui se déployait sous sa plume. A l’annonce de sa voix toujours sobre et mesurée comme des travaux pratiques à la Freinet, combien de sourires de soulagement à l’annonce de la décision favorable d’une administration quelconque d’ordinaire peu soucieuse de l’amélioration du sort de ses indigènes. Cela allait de la pension enfin accordée aux bons de ravitaillement. Et, enfin, en s’en tenant à des faits extrêmes, combien avaient échappé à la grande honte d’avoir à vendre la terre léguée par les aïeux, à la prison ou à la vendetta qui risquait de les décimer dans un affrontement sans fin prévisible. Le père de Madjid lui devait bien des bons de ravitaillement mais surtout d’avoir obtenu pour son fils le permis de sortie du territoire qui lui avait ouvert les portes de l’émigration, et par conséquent du futur pain de la maison.

« Aya cheikh Mouloud, l’interpela Madjid, soit le bienvenu ! Lire la suite

Non, les policiers n’ont pas une totale impunité

19 Jan

Depuis le verdict du procès du vendredi 16 janvier 2016 qui a acquitté le policier Damien Saboundjian, certaines personnes mal intentionnées pourraient croire que quand on est policier on peut agir en totale impunité.
Ce policier reconnu coupable de « violences volontaires ayant entraîné la mort sans l’intention de la donner » a été acquitté parce qu’il a été reconnu qu’il a agi en légitime défense, bien qu’il ait tiré dans le dos d’Amine Bentounsi et menti sur ses déclarations. Cette décision de justice va faire croire aux esprits crédules voire paranoïaques que les policiers peuvent faire ce que bon leur semble.

Manifestation du 5 avril 2014 à Paris. Sur le t-shirt : Amine Bentounsi, tué par un policier le 21 avril 2012. Credit photo : Sophie Garcia

Manifestation du 5 avril 2014 à Paris. Sur le t-shirt : Amine Bentounsi, tué par un policier le 21 avril 2012. Credit photo : Sophie Garcia

Ces personnes mal intentionnées vont additionner des faits qui n’ont rien à voir entre eux pour produire des théories fumeuses. Ces gens vont expliquer que des séquelles de la guerre d’Algérie, des ratonnades des années 70 jusqu’aux crimes racistes et sécuritaires il y aurait une « logique systémique ».
Quel rapport en entre les disparitions de Zyed Benna et Bouna Traore, Makomé M’Bowolé, Abdel Benyhia et Malik Oussekine, Thomas Claudio, Youssef Khaïf, Xavier Dem, Mohamed Berrichi, Abdelhakim Ajimi et tant d’autres ?
Ils ne se connaissaient pas tous, on ne leur reprochait pas les mêmes faits. Alors pourquoi clamer que la police agit en toute impunité lorsqu’elle se défend ?
Pourquoi prétendre que les médias soutiennent la Lire la suite

Etat d’Urgence / D’ de Kabal

19 Jan

Les hordes de migrants, reflet de la civilisation européenne

18 Jan

On y est : l’affaire de Cologne permet au Front National, qui veut déglinguer le Planning Familial, de se draper dans les oripeaux d’un féminisme dévoyé à la Badinter. L’ensemble de l’Europe va pouvoir dénoncer les violences faites aux femmes et se racheter une conscience en expliquant que, chez elle, tout va très bien et que tout cela est le fait de l’étranger.

FN_Cologne

Ce qui s’est passé à Cologne va nous faire très mal, parce que cela va légitimer la foule de lyncheurs.
Le viol et les agressions sexuelles sont des actes inadmissibles et le fait que certains migrants s’en rendent coupables offre l’opportunité de tous les stigmatiser. Cela va permettre de faire une belle diversion, en faisant croire que les viols ne surviennent que dans les caves de cités HLM et que la polygamie rend violent.

N’en déplaise au Premier ministre de la France, pour qui comprendre c’est déjà excuser, on ne peut pas faire l’économie d’une analyse des événements de Cologne, de leur restitution par les médias et de leur exploitation par la classe politique.

On nous annonce que Lire la suite

23 janvier à Calais : manifestation de solidarité avec les exilé-e-s

18 Jan

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La situation des exilé-e-s à Calais est une question qui dépasse largement la dimension locale. C’est un collectif d’organisations nationales qui est à l’origine de la manifestation prévue pour le 23 janvier. Plusieurs réunions de préparation ont eu lieu à Calais avec des exilé-e-s et d’autres acteurs locaux. Cette manifestation fait écho à une initiative à la frontière gréco-turque.

http://www.antiracismfascism.org/index.php/2015-07-16-09-41-59/item/1538-23-24-janvier-2016-mobilisation-nationale-manifestation-a-alexandroupolis-le-23-1-2016-au-mur-d-evros

La manifestation partira à 14h du bidonville de Calais pour s’achever place d’Armes, en centre-ville.

https://www.facebook.com/Calais23Janvier-755969571200452/

 

 

« De Paris à Calais,

Solidarité avec les migrant.e.s !

Un drame se déroule aux portes de l’Europe. Fuyant les guerres et les crises, des millions de personnes quittent leur pays. Des milliers d’entre elles viennent trouver refuge vers l’Europe. La seule réponse qui leur est faite est la fermeture des frontières. Lire la suite

Séance du dimanche. Kanaky

17 Jan

 

machoro

« La nouvelle Calédonie, c’est la France. La force juste de la loi doit s’y appliquer intégralement » Bernard Pons, Secrétaire d’État aux DOM-TOM du gouvernement Chirac (1986-1988)

La dernière fois que l’état d’urgence a été décrété en France, c’était pour laisser les mains libres aux milices d’État en banlieue parisienne en 2005, pour leur permettre de « rétablir l’ordre», un ordre quelque peu altéré après la mort de Zyed et Bouna, réfugiés dans une centrale électrique alors qu’ils se faisaient courser par la police. L’avant-dernière fois, c’était en 1985, pour « rétablir l’ordre républicain en Nouvelle Calédonie », où les affrontements entre indépendantistes Kanaks et colons caldoches massivement rangés derrière les bannières du gaullisme le plus dur tournait à la guerre civile. C’est l’occasion de revenir sur la lutte du peuple Kanak pour ses droits sur sa propre terre.

La présence française sur les îles du Pacifique date de la politique impériale de Napoléon III, qui cherchait à s’implanter dans le Pacifique, pour y fonder une colonie pénitentiaire et concurrencer le Royaume-Uni, autre puissance impérialiste déjà présente en Australie et en Nouvelle-Zélande. La Nouvelle-Calédonie est donc proclamée colonie française le 24 septembre 1853, sans naturellement que ses habitants aient le moindre avis à émettre. Le 25 juin 1854, les militaires français fondent Port-de-France au sud-ouest de la Grande Terre, devenue Nouméa le 2 juin 1866 et qui devait être la principale tête de pont de l’occupation française. Outre l’occupation des terres, l’archipel sert de bagne, d’abord pour les Communards, puis pour des rebelles algériens, dont plusieurs milliers sont également envoyés croupir aux Antipodes, pour leur apprendre à se révolter.

Bagne-travaux forcés

Pour favoriser la colonisation, croissante dès les années 1870, après la découvert d’énormes gisements de nickel, plusieurs expéditions de conquête militaire sont menées pour déplacer les population kanaks de leurs terres, notamment pendant la « grande révolte de 1878 » et lors du soulèvement de 1917. Cela ne veut pas dire que la République ne reconnaissait pas l’apport des populations kanaks : la preuve, en 1931, plusieurs familles sont exposées, dans un enclos de cases, au Jardin d’Acclimatation, à l’occasion de l’exposition coloniale de Paris. Parmi les personnes exposées dans ce zoo humain, l’arrière-grand père du footballeur Christian Karembeu. La Nouvelle Calédonie, pour la France, c’était une position stratégique dans le Pacifique sud, une grande réserve de nickel, et des peuplades exotiques à présenter comme curiosités de l’empire français, aux côtés des autres populations colonisées d’Indochine, du Maghreb ou d’Afrique noire.

A la fin des années 70 et au début des années 80, le rapport de force politique régional a changé : Lire la suite

Livre du samedi : Mémoires de Viet Kieu / Clément Baloup

16 Jan

imageMémoires de Viet Kieu. 1, Quitter Saigon

couv_9782849531297_grande  Mémoires de Viet Kieu. 1, Little Saigon

Présentation par l’éditeur:

Le tome 1 de Mémoires de Viet Kieu propose quatre témoignages de Vietnamiens, dont le père de l’auteur, ayant dû s’exiler à cause d’une succession de guerres de 1945 à 1975.

Le tome 2 nous plonge au sein de cette même diaspora aux Etats-Unis, dans le pays où elle est la plus représentée. Avec ce paradoxe omniprésent pour ces « Viet Kieu » de vivre au sein de la nation qui a « assiégé », ou « aidé » (c’est selon) leur pays natal.

http://electricblogbaloup.over-blog.com/

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La liberté d’expression

15 Jan

Il y a deux trucs qu’on essaye de nous faire avaler au sujet du FN : la première c’est qu’il serait « antisystème ». Cela fait un petit moment que cet argument de vente ne convainc plus que les gens qui ont encore envie d’y croire. La seconde ligne de défense est désormais : « ils ne sont pas pire que les autres », avec comme renfort « il n’y a rien à craindre car le FN c’est la liberté d’expression et la lutte contre le politiquement correct ».
C’est, entre autres, ce que les cadres et les compagnons de route du FN tentent de nous faire croire à longueurs de déclarations. Des phases racistes classiques de Jean Marie à celles plus sophistiquées de sa fille, qui compare la présence de musulmans qui prient à l’occupation nazie ou qui verrait bien Zemmour en ministre de la Culture, le jeu du FN est de faire croire qu’avec lui, tout le monde sera libre de tout dire.
C’est précisément ce que Soral et Dieudonné trompettent depuis 10 piges : le FN, c’est la liberté d’expression. La preuve : on y parle librement de sujets comme le négationnisme, l’inégalité des races, le complot juif international. Bref, c’est la liberté totale.
Il y a eu pas mal de gens pour y croire. Avec le FN, pas de tabou, chacun dit ce qui lui plaît. C’est la liberté de cracher sur tout le monde et de travestir la réalité à sa guise.

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Dans nos quartiers, cette seconde ligne de défense du FN s’écroule aussi vite que la première quand Lire la suite

« Capitaine Thomas Sankara. Il a osé inventer l’avenir » / ‏Villeneuve d’Ascq, jeudi 21 janvier 2016

14 Jan

Capitaine Sankara

Survie Nord et le Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires vous invitent à la projection du film « Capitaine Thomas Sankara. Il a osé inventer l’avenir » de Christophe Cupelin.
La projection sera suivie d’un débat avec Saïd Bouamama, membre du FUIQP et auteur de l’ouvrage « Figures de la révolution africaine : de Kenyatta à Sankara ».
Venez nombreux !

« Capitaine Thomas Sankara dévoile le destin unique du président du Burkina Faso, de son élection en 1983 à son assassinat en 1987. Révolutionnaire, féministe et écologiste, Thomas Sankara a transformé l’un des pays les plus pauvres du monde en défendant la voix des exclus jusqu’à la tribune de l’ONU pour réclamer l’annulation de la dette africaine. Ces archives étonnantes redonnent la parole à ce leader charismatique qui a marqué les consciences bien au-delà de l’Afrique. »
http://www.lemelies.fr/film/capitaine-thomas-sankara/