Solidarité inacceptable, grève criminelle

11 Fév

ratp-quai

C’est un peu passé sous silence ces derniers jours, pour cause de faux débat parlementaire sur la constitutionnalisation du pétainisme. Pourtant l’âne médiatique l’a brai à s’en rompre les cordes vocales radiophoniques, télévisuelles, journalesques et magasinesque : se mettre en grève par solidarité est une attitude in-ad-mi-ssi-ble, in-ac-cep-ta-bleuh. L’inénarrable petit monsieur Valls l’a officialisé comme position de l’État. Avec les mêmes termes qu’il avait choisis pour dénoncer l’incendie de la mosquée d’Ajaccio le 25 décembre : c’est inacceptable. La grève et l’incendie criminel. Pareil.

Et puis le gentil Stéphane Le Foll, le mainate à poils longs du gouvernement, en a remis une couche pour que tout le monde comprenne bien :

« Je demande à ce que la CGT ait la mesure des décisions qu’elle prend. Parce que soutenir les salariés de Goodyear pour mettre des milliers de gens et de salariés dans la difficulté, je ne vois pas comment on peut expliquer ça. »

C’est vrai, ça, comment les usagers du RER A et B peuvent-ils comprendre que les cheminots irresponsables de la RATP aient débrayé pour un motif aussi futile que la condamnation à de la prison ferme pour les ouvriers de l’usine Good Year d’Amiens ?! Hein ? Rien à voir ! De quoi ils se mêlent ?! Des pneus et des métros, franchement… Pour protester légitimement, il faut qu’ils attendent leur tour, en rang par deux. Et puis, comme il dit si bien, Manuel – Adrien Marquet reborn– Valls «expliquer, c’est déjà un peu excuser». Alors faut surtout pas chercher à comprendre : faire grève, « grogner » quand c’est pas son tour, ça ne se fait pas, c’est tout.

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Bon, c’est vrai qu’en ce moment il y a la queue à l’abattoir, ça peut être un peu long, mais patience, ça va venir, ça sera toujours plus court que la queue à la Préfecture pour essayer d’obtenir un récépissé. Parce que si on laisse les gueux de la RATP rejoindre les pue-la-sueur de Goodyear, si ça continue d’autres va-nu-pieds vont vouloir prendre la défense des bolcheviques d’Air France, qui ont attenté contre la chemise de leur DRH ! Encore « des actes intolérables ! » pour Adrien Valls, qui reprend les mêmes mots une fois encore pour qualifier le mitraillage à la kalache d’un kebab. Tout ça en plus pour empêcher les entrepreneurs de les aider à faire les « efforts nécessaires ». Intolérable, on vous dit. Du coup Manuel Marquet exige des « sanctions lourdes », et il ne manquerait plus que d’autres prennent l’habitude de débrayer sous prétexte qu’on les a sanctionnés à mort, comme ils le méritent. Ce serait d’autant plus scandaleux que tout est prévu pour qu’ils ne sentent pas seuls dans leur reconversion en chômeurs utiles : les charrettes sont bien garnies. Mais faut pas les mélanger hein : celle de Goodyear avec celles de Goodyear, celles d’Air France avec celles d’Air France, et bientôt celles de la Poste avec celles de La Poste, et les vaches seront bien gardées. D’ailleurs, en parlant de bêtes à cornes, tous ces inutiles trouveront facilement un job, pour peu qu’ils soient un tant soit peu patriotes : avec l’état d’urgence permanent, on va engager à tour de bras dans la police et chez Vigipirate. Un petit job dans la police, ça leur permettrait d’aller revoir leurs ex-collègues et de renouer à coups de tonfa, ou de les accompagner au Palais de Justice. Une bonne façon de ne pas perdre le contact. Quand on vous dit que le gouvernement ne laisse rien au hasard…

Capture d’écran 2016-02-11 à 00.33.17.pngEn tout cas, la violence, dans un état (d’urgence) de droit, n’a pas sa place. Il faut que les choses soient claires : inviter un patron pour un thé un peu prolongé ou le retenir un peu trop vivement par la manche de sa chemise, c’est un délit, presque un crime. Ça peut conduire en taule. C’est comme manifester ou avoir l’intention de manifester contre les dispositions du gouvernement et des intérêts économiques qu’il représente, c’est in-to-lé-rable : là aussi, le gnouf ou l’assignation à résidence !

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