Soral : PME, MMA, blablabla

11 Fév

C’est la crise et, depuis un an, c’est même la récession. Soral risque ainsi de se retrouver à poil autrement que sur un selfie. Son partenariat avec Dieudonné bat de l’aile : le mécanisme est cassé depuis un moment. Le rôle politique d’E&R touche à sa fin : le FN n’en a plus besoin et le projet de réconciliation entre nostalgiques de l’OAS et descendants d’immigrés en parlant mal des juifs se heurte à l’islamophobie quotidienne.
Il lui faut donc trouver de nouveaux créneaux pour maintenir son standing.
Durant 10 ans, Soral a roulé en tandem avec Dieudonné : il assurait la partie baratin à caractère théorique du binôme quand son complice s’occupait de faire rire les foules. Sans le ressort comique de Dieudonné, Soral a du mal à percer en solo. Les mauvaises langues (et elles sont nombreuses dans son entourage) diront que c’est parce qu’il ne sait rien faire et qu’il a besoin de quelqu’un dont il peut exploiter l’image, la crédibilité et le travail. Soral reste un publicitaire. Le voilà devenu le promoteur de l’entreprise et plus particulièrement de celle de son nouvel ami.

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Après avoir joué le pygmalion de mecs de quartier à la sauce Cardet, le catholique proche des petites gens, la carte de la décroissance, le commerce bio, les produits dérivés du survivalisme, la vente de textes gratuits car libres de droits, Soral, poussé par le misérable désir de l’oseille, nous joue une resucée de ses années de fils de pub : l’apologie du business et de la libre entreprise. Fini le baratin militant sur l’environnement, la banque et l’avidité mammonique : tous au ski ou en vacances sous les tropiques grâce à la boite de son nouvel ami.
Et quand bien même des grincheux lui font remarquer que promouvoir le bio n’est guère compatible avec le fait de prendre l’avion ou que partir au ski est une mauvaise idée compte tenu du changement climatique lié à la pollution, Soral, qui publie tout et n’importe quoi, peut sortir un bouquin de derrière les fagots expliquant que le changement climatique c’est du bidon.
Dire n’importe quoi tout le temps, ça permet d’inventer toutes sortes d’excuses.
En vrai publicitaire des années 80, il a juste attendu d’avoir 60 ans pour sortir de l’ombre de Beigbeder.

Soral, c’est un peu un Bernard Tapie mais en moins balaise. Ses interventions vidéo avec son nouvel associé rappellent furieusement les années 80.
Quarante minutes de baratin sur la libre entreprise, le fric vertueux, le courage des entrepreneurs et le « quand on veut on peut », avec pour conclusion : « c’est les petits patrons qui font tourner le monde ». Pour quelqu’un qui se revendique Marxiste, ça prête à sourire.
Soral et son poto nous vendent un esprit de pionnier, de winner qui sent bon les années Reagan.
C’est beau comme la pub pour le « jus de raisin » dans laquelle les chefs d’entreprises ressemblent à ses amis du GUD ou encore celle pour les piles Wonder.

 

 

En bon publicitaire, Soral sait que pour vendre du dynamisme, il faut avoir une image sportive. Tapie allait chez Véronique et Davina.
Soral se fait filmer dans des salles « MMA ». Comme il n’a pas la densité d’un Tapie niveau oseille ni une aussi grande gueule, pas de fitness ni de transpiration. Comme il n’a ni palmarès en tant qu’athlète (combien de combats le père Soral ?) ni comme entraineur (combien de boxeurs emmenés en compétition ?), Soral se fait juste filmer en train de réaliser un enchainement qu’il maîtrise à peu près. C’est sa marque de fabrique : faire de l’esbroufe avec trois fois rien.
Avec un enchainement de quatre coups (sans sortie d’axe marque de fabrique de la Savate Boxe Française NDLR) face à un adversaire passif, on devient un spécialiste du pied poing. Merci Internet.

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Soral veut passer pour un expert en sports de combat mais il égrène des platitudes et fait du name-dropping. Comme toutes les grandes gueules au comptoir du coin, il se fait aussi mousser en attaquant quelques personnalités.
Après avoir flatté son associé, raconté n’importe quoi sur les sports de combats, revendiqué être l’héritier de l’enseignement d’une pratique ancestrale de la Savate, notre publicitaire attaque la Fédération Française de Judo.
Joli paradoxe : les traditions du judo et ses règles qui encadrent et codifient la violence nuisent à la libre entreprise du divertissement à caractère sportif.
Une fois n’est pas coutume, Soral est du côté du spectacle et pas de la « tradition ». Jigoro Kano et sa devise « Entraide et prospérité mutuelle » aux poubelles de l’histoire, Soral se range aux côtés de Dana White et ses millions de dollar de droits téloche.
Le défenseur des traditions et pourfendeur de l’argent roi peut nous expliquer sans peur du ridicule que si les Français ne peuvent pas aller briller à l’UFC, ce serait uniquement à cause de la Fédération Française de Judo qui refuse la modernité du sport spectacle.
Pour concilier ce virage à 180° avec les fondamentaux de la dissidence, il faut sortir du chapeau … un juif ou un franc-maçon. Cette fédération est donc puissante, d’après Soral, parce qu’elle est « maçonnique ». Bingo, il fallait y penser : c’est des satanistes qui empêchent des athlètes d’aller se taper dans la cage du casino MGM Grand de Las Vegas. Le diable est vertueux quand ça arrange Soral. Et ses disciples gobent ses âneries sans sourciller. E&R est une secte et ce que dit le chef est parole d’évangile : « Soral à raison ».

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Dans nos quartiers, chacun sait ce qu’est la Fédération Française de Judo. C’est 600 000 licenciés et des milliers d’éducateurs sportifs qui, durant des décennies, ont encadré des millions de gamins et leur ont appris à tomber, à lutter et à respecter des règles. C’est aussi un sport olympique pris dans les spirales de la compétition et de la performance.
Chaque éducateur sportif sait que le mélange de la compétition et de la performance peut donner le meilleur ou le pire. C’est justement là que les qualités des hommes et des femmes qui organisent la pratique sportive sont capitales pour éviter les dérives marchandes et mortifères. C’est pour prévenir certaines dérives que les fédérations encadrent les pratiques sportives.
Soral préfère les hommes d’affaires du MMA pour qui tout est possible à l’actuel Président de la FFJ, Jean-Luc Rougé. Soral est du côté des loueurs de casinos de Las Vegas et n’a rien de commun avec l’homme qui a popularisé le judo en devenant champion du monde en 1975 et qui a affronté la légende Yasuhiro Yamashita.
On peut ne pas être d’accord avec le point de vue de Rougé sur le MMA, mais impossible de nier ou de ridiculiser son impact sur la pratique du judo et du sport en France comme le fait Soral.

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Lancé dans sa logorrhée, Soral nous explique que Teddy Riner serait « un lâche ». Selon Soral, le judo de Riner, c’est juste du tirage de kimono. Venant d’un mec qui a jamais fait de compétition de sa vie et qui a chaque fois qu’il se met en scène sur un ring dépasse d’au moins 20kg et 20 cm son adversaire, c’est plutôt cocasse.
Surtout quand on se souvient qu’à chaque fois qu’il a dû montrer son courage, il nous a surtout fait étalage de ses qualités de sprinter.

Quand on a fait un peu de compétition, contrairement à Soral, on sait au moins deux choses. Premièrement, il est plus difficile de confirmer son statut de champion que de gagner un seul titre. Ensuite, gagner c’est être efficace et pas toujours spectaculaire. Même si on ne partage pas le point de vue de Teddy Riner sur le sport ou la politique, il est impossible de nier ses qualités et son palmarès.
Le judo est un sport « populaire », éducatif et dont la pratique en compétition à haut niveau produit des résultats depuis plusieurs décennies en France. Le Soral franchouillard et réactionnaire devrait en être content. Alors pourquoi critiquer un truc qui marche plutôt bien en France ? Parce qu’il y a de l’oseille à se faire à côté et que le Soral vénal prend une fois encore le dessus.
Quand on veut gagner du fric en baratinant, médire est la chose la plus facile à faire.
Pour cela, il suffit de dire que Ronda Rousey est courageuse parce qu’elle est partie du judo pour aller vers le MMA. Evidemment, Rousey n’a pas le même palmarès que Riner et son parcours dans la cage, mis en scène par la franchise UFC, a connu un sacré revers. Teddy Riner, huit fois champion du monde et un titre olympique, serait un lâche quand Ronda Rousey, aucun titre mondial et passée au MMA, serait un modèle de bravoure ?

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Le MMA, c’est l’avenir pour Soral et les publicitaires parce que ce sont les jeux du cirque modernes dans leur mise en scène.
Le MMA a remplacé la boxe et le Muay Thaï dans le panthéon des Dieux de la cogne rémunérée. C’est le miroir aux alouettes qui fait rêver les spectateurs et les sportifs en mal de reconnaissance. L’âge moyen des combattants de l’UFC est de 30 ans, certains champions ont même dépassé la quarantaine. Le mythe de Rocky en version hardcore et sans effets spéciaux. Du sang, de la promotion, des insultes parfois afin d’attirer le chaland. Aujourd’hui, le « business » du MMA, c’est un monde où seul le fric dicte sa loi et sanctionne la réussite.

Ce qui asphyxie la boxe professionnelle, le Muay Thaï et bon nombre de disciplines sportives, ce n’est pas le manque de spectacle, les règles ou mêmes le comportement des sportifs mais la spéculation : le business qui prend systématiquement le pas sur la forme de pratique. Ce qui tue le sport et ses valeurs éducatives, c’est la recherche effrénée de compétition et de performance pour faire du vainqueur une icône à caractère commerciale. Un dieu du stade dont l’image permet de vendre des barres chocolatées, des voitures et donc, pourquoi pas, des produits kontre kulture.
Ces dérives découlent du dévoiement de la pratique sportive par le monde marchand et hiérarchisé de la société capitaliste.

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Parler de boxe ou de MMA, c’est la possibilité de se la raconter sans être trop contredit, parce que la pratique de ces sports reste confidentielle à côté de celles du football ou du basket. Du coup, facile de divaguer. Soral peut attaquer Floyd Mayweather Jr dans ses diatribes et le faire passer pour un boxeur sans mérite ni panache.
Sans partager la vision du monde de Mayweather Jr, on ne peut pas lui retirer son sérieux et son application tout au long de son parcours pugilistique (médaillé aux JO d’Atlanta et invaincu en professionnel).
A l’instar de Mayweather Jr, de nombreux combattant UFC font et gèrent leur carrière avec la complicité des franchises qui organisent les évènements de divertissement mais Soral ne condamne que Mayweather Jr pour mieux faire passer ses arguments.
C’est un bon publicitaire, habile pour manipuler les faits.

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Pour vendre son nouveau produit, une PME du tourisme, il l’enrobe avec de l’entreprenariat et une image de battant. Comme il n’a jamais rien gagné, il fait de la provocation. Comme il n’a jamais fait le coin et tenu une bassine, il tient le crachoir et colporte des ragots de vestiaires.
Tout ça pour pouvoir ensuite revendre son projet de patron de PME dans lequel il faut investir. Le nouveau Soral, c’est un Bernard Tapie dissident, un Beigbeder avec trente ans de retard.

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2 Réponses to “Soral : PME, MMA, blablabla”

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