It’s not over

15 Fév

Il y a 8 ans, lors d’un duel pour les primaires du Parti Démocrate Étatsunien, on assistait à un face-à-face entre Barack Obama et Hilary Clinton.
Deux candidats, un homme noir et une femme, qui pouvaient laisser croire qu’il était possible de tourner la page catastrophique des années Bush à coup de slogans publicitaires. Seulement voilà, aux Etats-Unis, pays du changement permanent, on change souvent l’emballage mais rarement le produit. C’est la vieille règle d’airain du capitalisme : tout doit changer pour que rien ne change.

hope

Les médias ont alors vendu Obama comme le renouveau des droits civiques américains, en insistant sur sa négritude, sa modernité et son programme de protection sociale.
Un bon package pour nous vendre une énième fois l’impérialisme Étatsunien. C’est peu dire que cette douille Obama a bien fonctionné ici avec tous ceux qui ont repris le « yes we can », parfois sans retenue, même si certains ont vu clair.

« Obama, pour moi c’est une banane
Y’a qu’un singe lobotomisé pour chialer devant ce faux symbole
J’attendrai qu’il dégage les intérêts de son bled du mien avant de le trouver sympa
« 

Les envolées lyriques et les comparaisons historiques (nouveau Luther king, héritier de Malcolm X, etc.) d’hier pour nous rendre Obama sympathique contrastent aujourd’hui avec le peu d’engouement des médias français pour la nouvelle campagne des primaires démocrates.
Pour une fois, le produit change et il est plus dur à refourguer pour les admirateurs béats du libéralisme Étatsunien : un vieux monsieur, Bernie Sanders, qui, sans être révolutionnaire, perturbe l’élection promise une fois de plus à Hilary Clinton en posant des mots sur les maux américains comme ne l’a jamais fait une personnalité politique américaine de premier plan depuis Malcolm X.

Sanders_Iowa2015
On lui doit quelques déclarations efficaces comme celle-ci sur l’économie :

« tout ce qui nous effrayait du communisme – perdre nos maisons, nos épargnes et être forcés de travailler pour un salaire minable sans avoir de pouvoir politique s’est réalisé grâce au capitalisme ».

Pour ce qui reste de la gauche parlementaire française, il est plus facile de reprendre un slogan comme « yes we can », fabriqué par des vendeurs de lessives, que de s’enrichir de la dynamique impulsée par un candidat du Parti Démocrate qui diffuse un clip sur le racisme et les violences policières qu’aucun parti étiqueté à gauche en France n’aurait le courage de produire et diffuser.

 

 

On attend avec impatience un clip similaire des spindoctors hexagonaux qui sont allés se former chez leurs collègues outre-Atlantique aux déclinaisons du marketing politique depuis 8 ans. Ce serait le genre d’initiative qui illuminerait une primaire « à gauche ».

La question, pour nous qui ne votons pas aux États-Unis, n’est pas de savoir si Sanders est sincère et s’il tiendra ses promesses une fois élu. Au regard des sursauts que déclenche la campagne de Sanders au sein du peuple américain, il est important de bien comprendre que la gauche n’a de dynamique, y compris électorale, que lorsqu’elle décrit le monde tel qu’il est et qu’elle formule sur la base de ce constat des solutions pour améliorer les conditions de vie des classes populaires. Après, la rupture entre révolutionnaires et réformistes se fait toujours sur l’ampleur des reformes à porter, ainsi que sur les conditions de l’encadrement ou de l’abolition du capitalisme qui structure les inégalités.
Aujourd’hui, ce qui se proclame être la gauche française est quasi indifférente à l’actuel candidat aux primaires démocrates car sa campagne porte sur des questions d’égalités économiques, sociales et raciales qui chamboulent un peu plus l’ordre des choses que les slogans creux de l’euphorie Obamaniesque.

durpaire_sanders_trump
Dans le même temps, tous les mythomanes des questions afro-américaines comme François Durpaire, qui s’enthousiasmaient hier pour le candidat Obama et qui s’enflamment aujourd’hui sur l’engagement de Beyonce au nom de la fierté noire, passent aujourd’hui sous silence les axes de campagne de Sanders, qui sont pourtant des axes de lutte portés par les milieux militants afro-américains depuis des lustres. Ce qu’illustre le clip de campagne de Sanders « it’s not over », c’est que ce dernier s’appuie sur les luttes radicales des classes populaires afro-américaines pour l’égalité raciale et la fin du racisme structurel américain. C’est la démonstration du fait que, pour mener ces combats, nul prérequis racial n’est nécessaire.
L’enseignement à tirer de cela, c’est qu’un vieux monsieur blanc et juif qui est candidat à la primaire démocrate mais qui décrit les Etats-Unis tels qu’ils sont (racistes, impérialistes et rongés par les inégalités sociales) demeure bien trop sulfureux en France pour tous ceux qui refusent d’articuler questions sociales et questions raciales que nous subissons dans nos quartiers.

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6 Réponses to “It’s not over”

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