La séance du dimanche / Häxan : La Sorcellerie à travers les âges

6 Mar

Häxan : La Sorcellerie à travers les âges, Benjamin Christensen, 1922

Sorcières

À partir de la seconde moitié du XVe siècle, l’occident chrétien voit s’intensifier le nombre de procès pour sorcellerie et en trois siècles, pas moins de 60 000 sorcières sont envoyées au bûcher. Si les racines de ces persécutions relèvent en partie du culturel et du social, elles n’en demeurent pas moins fondamentalement liées à une évolution globale du système juridique. L’assimilation du concept de sorcellerie par les autorités civiles, le passage au sujet de ces crimes d’une juridiction religieuse au laïc, ainsi que le recours à la torture ont joué un rôle décisif dans la lourdeur des peines encourues lors des chasses.

Les procès de sorcellerie permettent de voir que les femmes sont particulièrement désignées. Elles représentent 75 pour cent des accusés des 110 000 procès de sorcellerie et des 60 000 condamnations qui s’ensuivirent. L’historien B.P. Levack donne le profil suivant de la sorcière : c’est une femme, âgée, veuve ou célibataire, généralement pauvre mais rarement parmi les plus démunis – les vagabonds n’apparaissent jamais de façon significative –, en effet de nombreuses sorcières possédaient quelques biens. Ces informations, même s’il existe dans la pratique de grandes disparités, montrent un groupe en position de faiblesse par rapport aux instances judiciaires pour assurer sa défense.

Les crimes reprochés sont de pratiquer le maleficium, c’est-à-dire la nuisance par des moyens occultes, et de se rendre en chevauchant leurs balais au sabbat où se déroulaient les plus folles orgies et l’adoration du diable.

Aux XIXe et XXe, remise au goût du jour par le romantisme, la sorcière n’est plus seulement un mage démoniaque, elle devient une image de la révolte contre la société, de la femme combattant l’oppression patriarcale, de la lutte des classes, des premières expérimentations de drogues, etc. La Grande Chasse aux Sorcières a, de par sa barbarie, durablement marqué les esprits, faisant de la sorcière un symbole par excellence de la victime de la discrimination et de l’oppression.

Häxan : La Sorcellerie à travers les âges, film dano-suédois réalisé par Benjamin Christensen, sorti en 1922, s’inspire en partie de l’étude du Malleus Maleficarum, ouvrage allemand du XVe siècle décrivant les méthodes de la chasse aux sorcières pour les membres de l’inquisition. Le film analyse la manière dont les superstitions ainsi que l’incompréhension des maladies et pathologies mentales peuvent mener à la chasse aux sorcières. Réalisé sur un mode documentaire, il contient, néanmoins, de nombreuses scènes de fiction comparables aux films d’horreur traditionnels.

Bien qu’il trouvât une reconnaissance au Danemark et en Suède, Häxan fut banni aux États-Unis et fortement censuré dans d’autres pays pour ses nombreuses séquences impliquant (pourtant assez sagement) des représentations de torture, de la nudité et ce qui fut considéré à l’époque comme des perversions sexuelles.

Häxen s’achève par un parallèle entre la sorcellerie médiévale et les traitements (tant en asile que dans la société) réservés aux femmes souffrants de diverses pathologies mentales, au début du XXe siècle. La réclusion et les douches froides ont remplacé la torture et les bûchers, mais l’oppression patriarcale demeure et est toujours d’actualité au début du XXIe siècle.

sorcières 2

%d blogueurs aiment cette page :