La séance du dimanche : We Are Winning, Don’t Forget et Entre chiens et loups

20 Mar

We Are Winning, Don’t Forget et Entre chiens et loups de Jean-Gabriel Périot

 

Plus le temps du chômage perdure, plus est imposée l’idée, vécue comme vraie par la société, que le travail est nécessaire. Non pas seulement dans le sens pécuniaire, mais nécessaire à l’individu. Il est considéré comme outil d’émancipation personnel, par lequel le citoyen devenu travailleur peut se réaliser. Nécessaire surtout car travailler est utile à la société : le travailleur donne son savoir-faire, son énergie, ses envies. Il est devenu le « moteur de la croissance ».

Le travail devient le remède à tous les maux économiques de notre société. Ainsi, certains proposent, comme uniques solutions contre le chômage, l’allongement du temps de travail et la baisse des allocations pour les sans-emploi… L’apparition du chômage de masse dans les années 70 et son inscription à long terme rend caduc aujourd’hui toute politique basée essentiellement sur le travail.

Le fait que cette idéologie soit stupide n’empêche nullement qu’elle ait des conséquences sur notre comportement. Ainsi nous ressentons comme « déplacé » de refuser du travail quand bien même ses conditions sont insuffisantes, comme « honteux » de recevoir de l’argent quand on est au chômage, comme « déplacé » de réclamer ses droits quant on a un travail et finalement comme « rétrograde » de refuser le modèle imposé par le libéralisme.

Comme nous ne refusons pas ce monde qui nous est offert et que nous acceptons l’abnégation de nos désirs et de nos aspirations, nous sommes sujet à un certain rejet de nous-même. Je ressens personnellement quelque chose de sourd à regarder ma génération. Il me semble que cela a à voir avec le décalage de nos situations et de l’ambition qu’avait pour nous la génération de nos parents.

Globalement, cette génération a profité du boom économique de l’après-guerre et dépassé les niveaux économiques de la génération précédente faisant passer la société d’une économie agricole et ouvrière à une économie tertiaire dans laquelle la classe moyenne prédomine. Il me semble qu’en s’extrayant du milieu de ses parents, cette génération nous a légué l’obligation d’une « réussite » encore plus flagrante que la sienne.

Nous sommes éduqués non pas à faire face à la réalité du monde, mais à suivre une idée qui se révèle aujourd’hui catastrophique : faire mieux que nos parents, réussir à s’extraire définitivement de la classe populaire dont ils sont issus. Cela suppose aussi une certaine « gêne » vis-à-vis des métiers considérés comme moins « nobles », voire un certain jugement dégradant envers les métiers ouvriers, manuels…

Lorsque nous affrontons le monde du travail, nous sommes souvent obligés de réduire nos aspirations. Et de vivre avec l’idée que nos parents se sont « sacrifiés » pour nous payer des études, ont tout fait pour que l’on ait toutes les chances de notre côté… et donc de vivre avec un certain sentiment d’échec.

Ainsi, je me demande souvent combien de temps nous allons tenir dans cette schizophrénie complexe entre nos ambitions, façonnées par notre éducation, notre propre rapport libéral au travail et une réalité sociale dévastée.

(Entre chiens et loups, Jean-Gabriel Périot)

Suite : http://www.jgperiot.net/TEXTES/FR/08/FR%2008%20JG%20dossier%20ECEL.pdf

 


<p><a href= »https://vimeo.com/11868542″>WE ARE WINNING DON’T FORGET (2004)</a> from <a href= »https://vimeo.com/jgperiot »>Jean-Gabriel P&eacute;riot</a> on <a href= »https://vimeo.com »>Vimeo</a&gt;.</p>

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<p><a href= »https://vimeo.com/62637685″>ENTRE CHIENS ET LOUPS / BETWEEN DOGS AND WOLVES (2008)</a> from <a href= »https://vimeo.com/jgperiot »>Jean-Gabriel P&eacute;riot</a> on <a href= »https://vimeo.com »>Vimeo</a&gt;.</p>

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