Tout le monde déteste la police

9 Avr

Les slogans ne tombent pas du ciel. Ils synthétisent la pensée ou le sentiment d’une époque.
Dans les manifs d’aujourd’hui le slogan « Tout le monde déteste la police » s’est imposé.
Ça fait bien longtemps qu’en France le pouvoir ne repose plus sur un consensus large. Malgré la mise en scène constante des acteurs politiques les gens refusent de participer aux élections qui apparaissent de plus en plus comme des mascarades. La mise en orbite médiatique d‘Emmanuel Macron le nouveau « bogoss » du patronat ne change pas la donne. La seule chose qui reste au pouvoir en place pour tenir son rang, c’est l’usage de la force. Ce n’est donc pas un hasard si les anciens ministres de l’Intérieur se retrouvent depuis le début des années 2000 aux postes de Président ou de Premier Ministre. C’est depuis toujours un poste clé dans l’appareil d’État mais il est devenu le poste qui propulse à de hautes responsabilité dans une République qui est de plus en plus sécuritaire et de moins en moins sociale.

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Valls l’a dit : la loi on l’aura quand même. C’est donc une épreuve de force qui s’engage. Pas d’argument, pas de dialogue aucune considération pour ce que les gens expriment. Les arguments creux pour expliquer la dérégulation du marché du travail, les explications techniques qui évacuent systématiquement le fait que nul ne peut contester plus les travailleurs sont précaires et plus le chômage augmente tournent en boucles dans les bouches des politiques et médias dominants.
Auprès des jeunes ça passe mal parce qu’il est très difficile de se projeter sans espoir, sous cachetons, dans un monde sans cesse plus dégueulasse.
Après les révoltes de 2005 et le mouvement du CPE, la cocaïne à prix discount a déferlé sur les quartiers. Dix ans après les jeunes ne sont pas tous résignés à retourner la violence sociale contre eux. C’est un constat que les gouvernants ont dressé silencieusement et dont ils ont pris acte en mettant le paquet sur le tout répressif.
La violence et les abus de pouvoir de la police, c’est une constante dans les quartiers. Mais la brutalité de l’exercice du pouvoir ne se cantonne plus aux jeunes des quartiers populaires.
C’est devenu la règle pour l’ensemble de la société des lors qu’elle conteste l’ordre établi. Il suffit pour s’en rendre compte de compter le nombre de blessés par tirs de flashball lors de manifestations souvent bon enfant. La répression meurtrière, historiquement l’apanage des gouvernements estampillés à droite, est désormais une constante républicaine, comme l’atteste la mort de Rémi Fraisse.
Les troupes de maintien de l’ordre agissent de plus en plus violemment à mesure que la vie des gens se dégrade et que l’emprise du pouvoir se fait plus pressante.

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Les slogans d’hier « CRS avec nous, vos enfants sont étudiants » ont disparu et cèdent la place à « Et tout le monde déteste la police ». Les cortèges ne rejettent plus les expressions de colère de certains groupes un peu trop « detères » comme c’était le cas dans les années 80-90 et début 2000 où on entendait souvent le refrain de l’UNEF « étudiants, pas casseur ». En 2016 sous le gouvernement PS le tube du printemps c’est « Et tout le monde déteste la police » et il est même repris dans les cortèges de l’UNEF et de la Fidl.
Ce qui faisait plaisir « aux mauvais garçons » devient aujourd’hui l’expression de tout le monde :

« ça fait plaisir quand on te desserre les menottes, quand un keuf saigne du nez à la salle de boxe»

Il est ainsi aussi logique que les noms des jeunes tués par les représentants des forces de l’ordre apparaissent sur des bâches dans les manifs d’aujourd’hui. La conscience que la répression aveugle peut s’abattre sur chacun est un fait établi pour toute cette génération. Le 5 avril 2016 à Paris il y a eu plus de 150 arrestations à Paris.

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Le pouvoir en place veut effrayer et punir pour contenir physiquement la colère.
Il espère qu’en punissant toujours plus il préviendra toute forme de contestation à l’avenir. Son pari c’est que la jeunesse finira par accepter de se faire marcher dessus économiquement toute sa vie par un entrepreneur et cet apprentissage de la soumission commence par un stage de piétinement par un policier avec option coup de tonfa sur le crâne. C’est un pari risqué à l’heure où chacun peut regarder les chiens de garde du capital, numéro dans le dos 4G 2C 3B 3D 4D 3F 3C 4B,  faire leur salle besogne sur les réseaux sociaux, loin des commentaires complices de TF1. Tout le monde peut voir la police s’acharner à coups de matraque sur un jeune à terre. On regarde les numéros 2B 3C 4D 3A 2F cracher du gaz lacrymogène à bout portant sur des manifestants pacifiquement assis.

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D’un coup, la violence larvée quotidienne du système capitaliste prend la forme de ces uniformes bleus numérotés qui mutilent la jeunesse. Ces images agissent pour beaucoup comme une révélation. Les tabassages auxquels se livrent ces hommes réduits à des numéros de par leur soumission volontaire pour 2000 balles par mois en affronteront nécessairement des conséquences.

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Qu’espèrent-ils quand ils s’acharnent sur un manifestant à terre ? Leurs coups tassent la colère et la rendent plus compacte et plus dense. Demain, ce n’est pas l’autre joue que cette jeunesse va tendre. Sa colère s’ajoutera à celle de toutes celles et tous ceux qui voient leur enfant se faire démolir par des numéros. Cela annonce des lendemains qui chantent pour longtemps le tube du printemps 2016 : « Et tout le monde déteste la police ».

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