Finkielkraut viré de la « nuit debout » : une leçon politique

20 Avr

La venue provocatrice d’Alain Finkielkraut à la « nuit debout » et son éviction font beaucoup causer.
Dans les faits c’est un non-évènement. Une personnalité veut donner des leçons à des gens qui n’ont que faire de son prestige et des poncifs qu’il assène sans discontinuer à travers les médias depuis plus de 40 ans.
N’ayant rien à partager avec cet homme : ils le prient d’aller voir ailleurs.
La force du jeu médiatique réside dans sa capacité à mettre en scène une banalité sur laquelle chacun est ensuite sommé de se positionner.
Il y a désormais un avant et un après les « gnagnagna » grommelés par Finkielkraut l’Immortel.

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Mis en scène par les relais du pouvoir, la « nuit debout » aurait montré son « vrai visage », celui de la haine de la démocratie parce qu’elle a gentiment viré sans heurts de la place de la République, après plus d’une heure de présence, un académicien paladin d’un système oligarchique.
Finkielkraut, est opposé politiquement à ce que cette manifestation propose et défend et il ne se cache pas pour la brocarder et la critiquer du haut de ses chairs médiatiques. Qui, dans ce contexte, peut s’étonner que peu de monde ait souhaité converser avec lui et qu’on l’ai prié de rentrer chez lui ?
Les personnes qui prennent le parti de Finkielkraut sont des défenseurs autoproclamés de la démocratie qui ont des sentiments à géométrie variables. Lorsque des travailleurs, des chômeurs ou des lycéens se font taper dessus par les Forces de l’Ordre alors qu’ils sont en lutte de manière pacifique pour ces gens-là, c’est l’expression de la démocratie démocratique.
Par contre refuser de concéder une tribune à une vedette médiatique d’un système oligarchique c’est anti-démocratique.

Le récit de cette anecdote par TF1 & Cie établie que la démocratie a vacillé. Pourtant Finkielkraut sort d’un rassemblement qu’il décrit comme lui étant hostile en parfait état tout en proférant des insultes.
Cela peut rendre jaloux tous ceux qui ont voulu apporter la contradiction à nos gouvernants et nos puissants lorsque ces derniers s’aventurent dans nos rues.
A chaque fois que des audacieux ont cru que la démocratie les autorisait à interpeller les puissants, ils ont récolté des coups de la police républicaine et ont souvent atterri devant la justice démocratique « dont la bâtisse est trop factice pour que s’y hissent, oui, sans un pli nos voix approbatrices. »

L’honnêteté oblige de constater que le retour du philosophe en carton dans son lit s’est passé dans le calme. Les responsables de la sécurité de la « nuit debout » et les camarades de la JC qui ont raccompagné le philosophe ont fait preuve de plus de respect d’autrui – fut-t-il un contradicteur à la noix – que tous les policiers qui agissent de manière autrement plus violente quand il s’agit d’écarter des contestataires des puissants.
Les militants qui se battent pour une société plus juste sont nécessairement plus humains que des personnes stipendiées pour protéger l’ordre établi.
Le traitement médiatique de cette embrouille de cours de récréation révèle aussi des lignes de ruptures.

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Tout d’abord, l’union des politiciens qui se solidarise avec Finkielkraut va du PS au FN en passant par des branches de la dissidence en carton. La « nuit debout » les dérange. Pour la dissidence en carton ce mouvement vient mettre en danger le business de leurs PME dissidentes.
Pour les puissants, ils perçoivent cette initiative comme une menace pour leur « démocratie » celle des 1% qui détienne l’appareil de production et les médias. Tous ces relais médiatiques, de ceux de la « dissidence en carton » aux grands médias se sont précipités unanimement pour mettre en scène le « déni de démocratie » que caractériserait la sortie du grand philosophe.

Miraculeusement face à la « nuit debout » on retrouve dans le même camp des ennemis de façade comme les dissidents du « Cercles des Volontaires » qui tendent la perche à Finkielkraut ou encore Marion Maréchal Le Pen et Julien Dray qui ont une vision commune d’une démocratie limitée aux résultats des élections.
La ligne de fracture entre les soutiens de la « démocratie » selon Finkielkraut et ceux qui n’en veulent pas révèle les vraies lignes d’affrontements qui parcourent la société entre les personnes qui veulent changer la donne et ceux qui veulent préserver et profiter des injustices.

En dévoilant ces antagonismes, cette expulsion de la « nuit debout » est une démonstration qui vaut 1000 discours.

Quand la nuit debout refuse de recevoir et de discuter avec Finkielkraut pour l’ensemble de son œuvre, cela revient à expliquer qu’on peut y accueillir les personnes que ce philosophe passe son temps à insulter.
Refuser le discours et les positions de Finkielkraut qui tire en permanence sur les habitants des quartiers populaires, c’est affirmer que les habitants des quartiers populaires sont les bienvenus aux « nuits debout ». Ce message est compréhensible dans nos quartiers. Le départ de Finkielkraut est plus utile que tous les appels à la convergence des luttes.
Ceux qui hurlent à la démocratie et à la liberté d’expression en soutenant Finkielkraut forment un « eux ».
De l’autre côté, il y a un « nous ».
Un ensemble hétérogène et fragile que les tenants du pouvoir tentent de diviser en l’étiquetant « foire aux bobos » pour repousser les classes populaires ou en stigmatisant les « radicaux » qu’ils voudraient opposés aux « pacifistes ».

Les puissants, se moquent de leurs désaccords qui ne servent qu’à alimenter leur compétition dans la conquête du pouvoir. Ils cognent sur nos divergences pour éviter de nous affronter collectivement. Ils le font parce qu’ils ne veulent pas que l’on prenne conscience de la ligne de démarcation entre eux et nous, entre les 1% et leurs serviteurs et les 99%.
Les copains et copines qui ont sorti Finkielkraut nous font le rappel que les actes comptent plus que les commentaires.

Resister c'est choisir un avenir commun (2)

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