L’âne médiatique embarqué

3 Mai

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L’âne médiatique se soucie avant tout de son picotin, c’est entendu. Si l’avoine est bonne, il est content et remue les oreilles dans le bon sens.

L’âne médiatique est un animal du XXIe siècle : il sait qu’il faut regarder la réalité telle qu’elle est et « moderniser » le code du travail. Il le sait : le patron de son groupe de presse le lui a dit. En bon tirailleur du Parti de la Presse et de l’Argent, son rôle est d’assurer le service après-vente de la loi El Khomri. Alors c’est sûr il y a bien quelque mécontents, mais faudrait pas tout confondre, hein. Il y a d’un côté ceux qui manifestent gentiment leur opposition, en faisant une journée de grève de temps en temps et en disant dans le micro combien ils ne sont pas contents. Ça c’est bien, c’est républicain, paritaire et représentatif. Ça permet de conserver l’appareil bureaucratique pour être en mesure, la prochaine fois, d’aller de nouveau dire dans le micro qu’ils ne sont pas d’accord. Et puis il y a les casseurs. Alors ceux-là, le chroniqueur aux grandes oreilles les connaît bien aussi : ils sont toujours là pour nier la réalité telle qu’elle est et perturber le jeu démocratique. Ils ne sont pas représentatifs, ils ne parlent pas dans le micro et en plus ont l’outrecuidance de ne pas obtempérer quand le bon monsieur Cazeneuve et ses gentils playmobils leur demandent de dégager l’espace public, de rentrer chez eux et, tant qu’à faire, de ne pas en sortir. Alors là l’âne médiatique il sait ce qu’il faut dire : le « casseur » il ne pense pas, il n’est là -enfin, plutôt que là, il est « en marge »– que pour jeter des projectiles sur les forces de police, sans doute parce que ça l’amuse, parce que c’est son kiff, comme pense l’âne que dit le casseur, qui en général est jeune, écervelé et manipulé (on ne sait pas trop par qui, mais on le sait). Et ça c’est pas correct, de s’en prendre aux forces de l’ordre, qui sont là pour protéger les grandes avancées démocratiques que sont les agences bancaires et les agences d’esclavage intérimaire. Du coup l’étable médiatique, très confraternellement, reproduit la liste des accidents du travail de la porcherie d’à côté.

CRS blessés

En général il oublie dans la facture le montant des primes de risque allouées aux Miliciens de la République Sécuritaire (M.R.S.) et autres chiens de garde mobiles, mais quand on aime on ne compte pas, c’est bien connu. La modernisation ça a un coût. Ça implique quelques coups, aussi. Mais légers, déontologiques, jamais disproportionnés. Quand vraiment ça crève les yeux -au sens propre du terme-, les mécanismes de défense médiatiques se mettent tous seuls en place : les violences sont présumées, ou alors liées à une nécessité absolue d' »évacuation ». Alors l’âne, par mimétisme, il évacue aussi. Il parle d' »affrontements », comme si les « casseurs » enfermés dans la nasse des ninjas cazeneuviens ou frappés au sol par les plus courageux d’entre eux étaient en mesure d’égaler la puissance de feu de l’État.

Bon, quand l’évacuation ressemble un peu à l’ attaque d’un commando paramilitaire d’une dictature latinoaméricaine des années 1970, il braira de plaisir qu’elle est musclée. Et quand ça sent vraiment trop le gaz, il préfère même ne pas en parler, c’est mieux. Le premier mai 2016, pour la première fois depuis très très très longtemps, l’État a envoyé la troupe contre la manifestation des travailleurs. Les consignes ont été appliquées à la lettre: des dizaines de milliers de vilains casseurs, de 7 à 77 ans, certains armés de merguez, d’autre de brochures subversives, ont été copieusement gazés aux frais du contribuable. Un grand nombre a été frappé avec les impôts des Français et certains, mutilés, sont en train d’alourdir le fameux trou de la sécu à l’hôpital à cause du zèle des Sections d’Assaut républicaines.

Commando

Le soir-même, la place de la République a été « évacuée » à grands coups de grenades et de tonfa. De nombreux blessés, dont certains grièvement. L’âne lui, n’a toujours rien vu. Sans doute à cause du brouillard lacrymogène. Au matin du 2 mai, rien. Dans Libération, l’organe illustré du macronisme il faut attendre la page 20 pour avoir un entrefilet qui ne dit rien. Avant, l’âne libéré s’est répandu sur les déboires d’un flic ripoux, a servi la soupe au précandidat lérépubliquins Bruno Le Maire et a rediffusé le énième épisode de la saga familiale de la PME Le Pen (on ne sait jamais, ça peut servir).

Une libé 2 mai

Rien sur la fascisation de plus en plus claire de l’État néo-socialiste, rien sur les techniques militaires appliquées aux populations civiles. Rien sur le délire répressif des tribunaux d’exception, rien sur les blessés graves, rien sur la terreur d’État qui est en train de s’étendre comme mode de gouvernement, des quartiers populaires jusqu’au cœur des grandes villes. L’âne médiatique préfère le brouillard, parce que quand il se dissipe un peu trop, il voit des choses qu’il ne faut pas dire, et du coup certains sont tentés de quitter le troupeau.

L’âne est un animal prudent, mais pas forcément très prévoyant : un jour le vent va se lever, chasser les lacrymos, et ce jour-là on les retrouvera en pleine lumière, les ânes embarqués, ceux qui, en 2005 comme en 2016, ont brai en cadence, au rythme des coups de matraque.

 

4 Réponses to “L’âne médiatique embarqué”

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  1. N’ayons l’air de rien, matraquons cette révolte – Le Rel@is - 3 mai 2016

    […] Source : https://quartierslibres.wordpress.com/2016/05/03/lane-mediatique-embarque/ […]

  2. L’État néo-socialiste et la tentation mexicaine | Quartiers libres - 6 mai 2016

    […] plutôt que de faire le tour des hôpitaux et des salles d’audience. Le journalisme embarqué, c’est plus facile, ça prend moins de temps et on ne risque pas de se faire remonter les […]

  3. L’État néo-socialiste et la tentation mexicaine | ★ infoLibertaire.net - 6 mai 2016

    […] plutôt que de faire le tour des hôpitaux et des salles d’audience. Le journalisme embarqué, c’est plus facile, ça prend moins de temps et on ne risque pas de se faire remonter […]

  4. La police des ondes | Quartiers libres - 7 novembre 2016

    […] ne savaient plus ou donner du tonfa. C’est d’ailleurs ce qu’on était priés de croire : les micros aimablement tendus par l’âne médiatique aux bureaucrates policiers nous rapportaient à longueur d’antenne le […]

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