L’État néo-socialiste et la tentation mexicaine

6 Mai

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A Paris, l’ordre règne et doit régner.

(le représentant du parquet auprès du tribunal de grande instance de Paris)

 

Valls, Hollande et Cazeneuve sont des soixante-huitards. Si si ! Mais leur modèle n’est pas celui de mai 1968: c’est celui d’octobre 1968. Pas à Paris : à Mexico.

Pendant plusieurs semaines, la capitale mexicaine avait connu une vague très importante de manifestations de la jeunesse, en particulier des étudiants, contre la violation de l’autonomie universitaire et la dérive clairement autoritaire du pouvoir. Des occupations, des assemblées générales et, surtout, une auto-organisation des luttes qui était en train de structurer un vrai mouvement populaire de contestation de l’ordre priiste : confiscation du pouvoir, domination sans partage de l’oligarchie économique, contrôle de l’information, alignement sur les États-Unis. La répression de ces manifestations s’était durcie au fur et à mesure que le mouvement se développait, jusqu’au 2 octobre et au massacre de Tlatelolco (plusieurs centaines de morts et de disparus, des miliers d’arrestations arbitraires par l’armée et les granaderos, l’équivalent de nos vaillants CRS).

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La raison d’un tel écrasement du mouvement social ? Fondamentalement, arrêter un processus révolutionnaire à une époque où le fond de l’air était rouge. Mais l’urgence était plus conjoncturelle : il fallait dégager l’espace de toute contestation, pour laisser la place au spectacle des Jeux Olympiques. Beaucoup d’enjeux pour l’État, énormément de contrats pour les intérêts économiques qui le contrôlaient.

Ce qui explique la sauvagerie orchestrée des porcs casqués en ce moment, c’est évidemment le besoin pour Hollande, Valls, Macron et cie de tenir leurs engagements vis-à-vis du patronat et de faire passer la loi « travaille ! » coûte que coûte. Mais le second élément plus ponctuel qui justifie aux yeux de l’État néo-socialiste de lâcher la milice y compris sur des familles un dimanche premier mai, c’est le début de l’Euro de football le 10 juin.

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Il faut dégager les places et les rues de grandes villes pour installer les « fan zones » il faut que le monde entier s’extasie sur le pays des droits de l’Homme, du Rafale et de la Françafrique. Il faut que les investisseurs soient suffisamment rassurés pour pouvoir signer des contrats. Et Hollande a besoin que ça se passe sans bruit pour sa campagne électorale. Pour ça, il faut que soit respectée la liberté de consommer : Nuit Debout privatise l’espace public ? Les Fan zones tm sont sans doute là pour le libérer, par exemple en permettant à des marchands d’armes et de papier comme Lagardère et des grandes multinationales comme Coca Cola de faire leur beurre sur les places des grandes villes, protégés par la police. Étant donné que les mauvais citoyens qui tiennent la rue le jour et restent debout la nuit risquent de ne pas être convaincus par ce genre d’arguments, il n’y a pas cinquante solutions : on lâche les chiens. Tout est mis en place pour terroriser et reconquérir militairement le terrain.

-Par la brutalité des milices républicaines d’abord : la politique de tension qui consiste à attaquer les cortèges ou à gazer et grenader à l’intérieur des nasses, l’ultraviolence des milichiens lors des arrestations, les blessures et les mutilations délibérément écrites sur le corps des manifestants. En lâchant la bride sur le cou des troupeaux casqués et surarmés, Hollande sait qu’il risque de tuer. Mais l’Euro vaut bien un enterrement…

Violence plocice Voix du Nord

-Par le délire répressif des tribunaux ensuite : le 3 mai, le lendemain de la rentrée des classes, 13 lycéens de Léonard de Vinci à Levallois-Perret étaient placés en garde-à-vue pour fait de grève, après un mois d’enquête, ce qui veut dire que l’appareil d’intelligence de l’État, dont on nous bassine qu’il sert à traquer les réseaux de Daech, est employé pour casser toute contestation populaire et pour espionner des mineurs, en criminalisant pour l’exemple (47 lycéens ont déjà été traînés devant les tribunaux depuis le début du mouvement). Ça signifie aussi que le ministère de l’Education Nationale, qui est derrière cette plainte, se met objectivement au service de la mairie de Levallois, squattée par le couple Balkany, qui devrait casser des cailloux au soleil depuis longtemps si la justice existait en France. Les réquisitoires prononcés contre toutes les personnes arrêtées ces dernières semaines sont le pendant judiciaire de la matraque et de la gazeuse.

-Par le contrôle de l’information ensuite : la censure n’est pas encore nécessaire, parce que dans un unanimisme presque parfait les journaux préfèrent reproduire tels quels les communiqués des préfectures plutôt que de recouper leurs informations, et « informer » sur les souffrances des « forces de l’ordre » et la férocité irrationnelle des « casseurs » plutôt que de faire le tour des hôpitaux et des salles d’audience. Le journalisme embarqué, c’est plus facile, ça prend moins de temps et on ne risque pas de se faire remonter les bretelles. À de rares exceptions près, comme pour les révoltes de novembre 2005 et comme pour le CPE, la grande presse et les organes de décervelage radiophoniques et télévisuels sont idéologiquement sur la ligne du pouvoir et jouent un rôle actif dans la répression.

Siné-mortnaturel

Tout est réuni pour un nettoyage final : le préfet de police de Paris en appelle désormais explicitement à une suspension de la liberté de rassemblement, pour faire la peau à Nuit Debout, notamment. Les Faisceaux de Combat de la République Sécuritaire (F.C.R.S.) et les chiens de Gardes Mobiles ne s’embarrassent même plus des politesses d’usage : le 4 mai à 6h du matin, ils ont chargé et gazé sans la moindre sommation les personnes venues soutenir les réfugiés installés dans le Lycée Jean Jaurès, XIXe arrondissement de Paris, élus compris.

Les dizaines de bétaillères affrétées pour cette glorieuse rafle répondaient, là encore, à une plainte de la droite officielle pour « atteinte à la propriété privée » : la Versaillaise Pécresse était pressée de libérer ce lycée… inoccupé depuis six ans, sans doute pour y envoyer ses enfants. Cazeneuve, Vallaud-Belkacem et le préfet Cadiot ne pouvaient pas lui refuser cette faveur. La prochaine étape sera dans doute l’interdiction des manifestations, une multiplication des assignations à résidence et une forme plus ou moins ouverte de couvre-feu, c’est-à-dire une application stricte de l’état d’urgence, réclamée ouvertement par de plus en plus de « responsables » politiques, comme le grand antifasciste niçois Christian Estrosi.

Estrosi No pasarán

La seule réponse à cette offensive mexicaine des héritiers d’Adrien Marquet et de Marcel Déat est de tenir la ligne et de ne rien céder à la violence de l’État. Ni un paso atrás ! On ne lâche rien et on n’oubliera rien. La paix sociale ne se décrète pas.

L’Euro sera chaud.

 

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