Blanc-Mesnil : quand le rêve de certains vire au cauchemar pour d’autres.

12 Mai
Blanc Mesnil,  Août 2014

Blanc Mesnil, Août 2014

« Je vis un rêve éveillé. C’est une période passionnante de réveiller une ville ». C’est sur ces mots que le maire du Blanc-Mesnil, Thierry Meignen, entame son propos dans la vidéo promotionnelle de ses deux ans de mandat. Puis, il égrène ses réussites : la chasse aux Rroms, la montée en puissance de la police. Eh oui, il ne fait pas les choses à moitié. Il dote la ville d’une brigade équestre, d’une brigade canine, armées, dont l’effectif passera en deux ans de zéro à 33 agents, auxquels il faut ajouter les ASVP (agents de surveillance de la voie publique), utilisés comme supplétifs de la police. Nous en avons eu un bel exemple lors du Conseil municipal du 24 mars 2016, lorsqu’ils ont exfiltré de la salle des syndicalistes CGT salariés de la ville, sans ménagement, bousculant au passage le public.
En matière de surveillance, ce n’est qu’un début : les élus ont voté un budget de 4,5 millions d’euros pour l’installation 101 caméras, malgré le fait que les nombreuses études scientifiques prouvent à la fois le peu d’efficacité et le coût exorbitant de la vidéosurveillance.
Des festivités en veux-tu, en voilà, avec « Beach-mesnil », une installation de loisirs avec piscine placée au parc Jacques Duclos durant 3 semaines en été ; la chasse aux œufs le lundi de pâques ; un marché de Noël avec ses jolis chalets, sa crèche et sa tartiflette aux lardons pour tous, « attendu avec impatience » par la population selon le dernier numéro du journal local, Le Blancmesnilois. Ce marché n’est pas vraiment pour tous puisque, pour la deuxième année consécutive, il maintient son souhait d’exclure de ce repas de fête plusieurs catégories de la population. Le maire choisit ses convives.
Thierry Meignen, 24 décembre 2015 · Je vous souhaite à toutes et tous un bon réveillon ainsi qu’un joyeux Noël. En ces temps difficiles, il est important de profiter de ces moments en famille ou entre amis.
J’ai également une pensée particulière pour ceux qui sont seuls ou loin de leurs proches.

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Photo de la crèche exposée sur la place Gabriel Péri pendant le marché de Noël, reprise sur son FB

 

Poursuivons son bilan. Pour les enfants au programme, des jeux d’échecs, du golf, du latin et du grec. Et voilà une étrange manière de régler son sort à l’échec scolaire. Tout n’est pas encore complètement opérationnel hormis une très forte communication sur les événements. Mais selon les principes de la méthode Coué, et avec une dose d’imagination, le pari est tenu, beaucoup y croient, à commencer par son équipe. Il reste aux enfants et aux parents à s’armer de patience pour qu’enfin ce qui relève des inégalités disparaissent par la magie des mots et des slogans. Quant aux enseignants, on leur souhaite beaucoup de pugnacité pour expliquer plus tard, pourquoi le roi des jeux, n’a pu honorer ses engagements : vaincre l’échec scolaire, les échecs.
Les parents séduits par les promesses de cantine gratuite attendront le retour du Père Noël, gageant qu’il n’apporte pas de nouvelles surprises désagréables. En effet, en lieu et place de gratuité annoncée, les tarifs ont augmenté de 4% depuis deux ans, le système d’organisation modifié. Dorénavant, pour accéder à la cantine, aux activités périscolaires et aux centres de loisirs, les parents doivent réserver à l’avance et programmer les jours de fréquentation de ces activités. Sans cela, l’enfant n’est pas accepté par les équipes, et toute absence sans justificatif ne peut faire l’objet d’un remboursement. Comme il n’est pas à un mensonge prêt, il met fin aux centres de loisirs le mercredi au motif que la loi sur les rythmes scolaires ne permet plus le maintien de ce service à la population.
Depuis deux ans, il a mis fin à toute forme d’organisation démocratique, étouffé la moindre initiative populaire. L’ensemble des structures et initiatives des habitants, comme la Bourse du travail, les centres sociaux, le CASC, le Forum, etc., ont tout simplement été réduits à néant.

Qui sont les heureux gagnants ?

C’est bien connu ici comme ailleurs, ce sont les retraités ; divers services à la personne sont créés, navettes gratuites, colis de Noël, après-midi dansant, casino, banquet, séjours « haut de gamme » ; même si en réalité, une grande partie de ces services existaient auparavant. Avec un bémol cependant, l’augmentation du coût des inscriptions, à l’heure où une grande partie des retraités de la ville rencontrent comme le reste de la population des difficultés économiques grandissantes ; le compte n’y est plus.

Voilà pour les mesures les plus spectaculaires. Pour le reste, il s’en vante moins, si ce n’est qu’il entend bien transformer le cadre urbain, « tenir le crayon de l’architecte » afin de dessiner selon ses goûts haussmanniens la ville de demain. Il envisage contre vents et marées d’entamer le virage du changement de population, ah non pardon de la mixité sociale… Il s’est concerté avec lui-même, soutenu par son équipe qui reproduit mot pour mot son discours, sa vision, ses mensonges. Son modèle : le Plessis-Robinson,

Une ville ravie aux communistes en 1989 par Philipe Pémézec, devenu maire à 33 ans sous les couleurs UMP, avec à ses côtés Gérard Lesuisse, directeur de cabinet. Ils mettront 4 ans pour trouver les marges de manœuvre… en baissant de façon drastique les charges de personnel (de 53 % à 48%), en renégociant la dette, en réduisant le fonctionnement au profit de l’investissement. « Pendant toute ma campagne, j’ai annoncé du changement….. Mais cela prendra du temps. Alors en attendant de modifier l’urbanisme, il faut transformer le décor. Je vais mettre de la couleur et du bonheur sur les murs ! Pour marquer la différence, je vais repeindre les trottoirs en blanc. C’est peu de chose, mais c’est le début du changement… » avait annoncé Pémézec.
Les trottoirs au Blanc-Mesnil sont repeins en vert. C’est la fête en permanence. Même la saison culturelle est baptisée « y a d’la joie »… Quant au budget 2016, il applique point par point la méthode du Plessis à quelques détails près : vente du patrimoine, baisse drastique du personnel, inflation de la ligne « prestations », en augmentation de 1 984 908€ (soit plus de 89 % par rapport à 2015). On peut en déduire qu’il s’agira de mettre en œuvre progressivement le passage du service public au prestataire privé.
Concernant le projet ANRU2, programmé dans le grand ensemble des Tilleuls, il prévoit « de noyer » tout le quartier sous des rivières, un lac, agrémenté d’espaces verts en conséquence, dans le prolongement du parc urbain. Meignen aime les villages, « voir les mamans s’y promener au milieu des oiseaux » (propos véridique tenu en Conseil municipal…) et veut reconstruire la totalité de la cité bâtiment après bâtiment et passer de 3 000 logements à 5 000 logements.

Les Tilleuls

Les Tilleuls

Il garantit oralement que tous les habitants actuels pourront rester, mais n’apporte aucun élément concret sur le devenir du quartier et de ses habitants. Pour le moment rien n’est fait : juste une série d’annonces depuis deux ans, pas le début d’une concertation, aucune visibilité sur l’état d’avancement du projet, le contenu de la convention, le montant de l’enveloppe négociée avec l’État, les bailleurs impliqués, etc. Tout cela reste bien opaque à l’image du contrat de ville rendu public il y a très peu de temps suite à l’insistance de citoyens, et ce, malgré l’absence de signataires importants. Quant au conseil citoyen, hormis l’exclusion d’un certain nombre de personnes du dispositif, il demeure aujourd’hui à l’état d’embryon.
L’article 7 de la loi de programmation pour la ville et la cohésion urbaine du 21 février 2014 pose le principe de création de conseil citoyen dans chaque quartier prioritaire de la politique de la ville. Ces conseils citoyens sont associés à l’élaboration, à la mise en œuvre et à l’évaluation des contrats de ville, ils participent à toutes les instances de pilotage du contrat de ville, y compris celles relatives aux projets de renouvellement urbain.
Il semblerait qu’au Blanc-Mesnil on en soit encore loin, aucune visibilité des conseils citoyens dans le journal de la ville, sur le site de la ville, ni même sur les réseaux sociaux. Pourtant le maire communique, ne fait que ça d’ailleurs, dès qu’il le peut. Il publie des photos de lui, avec les enfants, avec des artistes, avec la police…

Les actions dont il ne parle pas.

Si le maire communique beaucoup, il est seul en scène, son équipe semble fondre comme neige au soleil. Même en Conseil municipal, une partie de ses adjoints désertent. Cependant, tous ne sont pas logés à la même enseigne ; arrêtons-nous sur sa garde rapproché, ses soldats.
Son conseiller spécial, Lesuisse, aux honoraires mirobolants, près de 10 000 euros mensuel (les salaires des 4 membres de son cabinet s’élèvent à 387 000€ par an.) Calife à la place du calife, il semble être le cerveau qui orchestre le saccage de la ville, de ses salariés et de sa vitalité démocratique. Rien ne lui échappe, il est de tous les coups, à toutes les heures du jour et de la nuit. Efficace, tenace, rien ne lui résiste, enfin jusqu’à ce que des citoyens, syndicats, salariés, décident qu’il en soit autrement.
Le Conseil municipal de décembre 2014 a octroyé la protection fonctionnelle au maire ainsi qu’à son conseiller spécial, peu de temps après le suicide de Philippe Hoang-Mong.
Ce drame a touché tous les collègues de la ville lorsque qu’en ce lundi 3 novembre 2014 nous apprenions la triste nouvelle. Le maire avait réuni tous le personnel dans un gymnase, fidèle à ses pratiques, il n’a pu s’empêcher de lire aux employés un discours à vomir, laissant sous-entendre que Philippe était seul et mal dans sa peau. Suggérant par-là que son mal être ne pouvait résulter que d’affaires privées et non professionnelles. Mais ses collègues et amis, à la grande surprise du maire, ont rédigé un discours que l’un d’entre eux a lu ce jour devant tous le personnel communal. « Philippe était arrivé sur la ville en 1999 au sein des services techniques ou il officiait en qualité d’ingénieur Voirie, puis directeur de la Voirie. Les missions n’étaient pas simples, mais il avait à cœur de remplir sa mission. Avril 2014, nouveau Maire, nouveaux élus, nouvelle direction, nouvelles façons de travailler. …Professionnellement, tu ne t’es pas ménagé pour répondre aux multiples demandes qui t’étaient faites, à toute heure du jour et de la nuit, et tu as pris beaucoup sur toi. Beaucoup trop… Par ton geste extrême, tu nous interpelles tous dans notre for intérieur. Nous voulons te rendre hommage en demandant que ce choc d’alerte soit entendu et réellement pris en compte ».
Doit-on y voir un aveu d’implication ? En effet, dans l’hommage rendu par ses collègues sous forme de lettre ouverte, une phrase interpelle. La CGT a exercé son devoir d’alerte, exigeant la tenue d’un CHSTC (comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail qui vise à protéger la santé et la sécurité des salariés de l’entreprise.) afin qu’une enquête soit diligentée pour faire la lumière sur les conditions réelles de travail de cet ingénieur : a-t-il été victime de harcèlement moral dans le cadre de son emploi ?
Or, à ce jour, malgré les nombreuses alertes déposées depuis, concernant de nombreux, services et salariés, cette instance pourtant obligatoire ne s’est toujours pas réunie pour aborder ces sujets dramatiques.
Toujours très proche de lui, l’équipe aux multiples mandats.
Sa compagne est adjointe aux séniors et élue départementale. Sa sœur est adjointe aux sports et 10ème vice-présidente de Paris Terres d’envol. Son directeur de cabinet exerce aussi le mandat d’élu départemental. Lui-même, maire, conseiller régional et 2eme vice-président Paris Terres d’envol. Des indemnités cumulées qui ont même bénéficié de trois augmentations depuis le début de mandat. Ce n’est pas la crise pour tout le monde. Quant aux autres élus, ils se distinguent en deux catégories, celles et ceux qui exercent le pouvoir, celles et ceux qui subissent le pouvoir.
Deux ans déjà et l’addition devient lourde à payer. Dernière en date à faire les frais des changements annoncés, la Régie de Quartier créée il y a plus de 15 ans. Son directeur Mourad Ait Kaci, un enfant du Blanc-Mesnil, des Tilleuls, très apprécié de tous (salariés, habitants, partenaires), nous a quitté le 24 février 2016. Je citerai quelques propos de l’hommage rendu par le président d’Inser’Eco93 reflétant la nouvelle gestion mise en œuvre sur notre ville, influençant la vie de chacun d’entre nous au plus profond de nos familles :
« Mourad Aït KACI, Un grand Monsieur s’en est allé… tu nous as quittés le cœur gros. Tellement gros qu’il a lâché. Tu as combattu pour la survie de la régie, sérieusement menacée par la volonté politicienne de la nouvelle majorité municipale, de l’ébranler en lui retirant une importante part de son action citoyenne : un marché pour donner du travail et de la dignité à ceux qui ont en besoin. »

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Il serait intéressant de revenir en détail sur la situation faite aux salariés de la ville, victimes de pressions, harcèlements, délations, mensonges, surveillances, organisés par le haut et mis en œuvre par des collègues, eux-mêmes sous pression, convaincus qu’ils échapperont ainsi aux sorts fait à certains. Mais ces deux années nous ont aussi appris qu’il n’en est rien, et qu’il suffit de peu pour passer de salarié protégé à salarié jetable. Comme pour les élus.
Depuis, c’est l’inflation concernant la protection fonctionnelle. Cette mesure qui permet aux élus de bénéficier de la prise en charge par la ville de tous leur frais judiciaires, dans le cadre de procédure qu’ils peuvent lancer. Ce dont ils usent avec faciliter. Ainsi après avoir voté en décembre 2014, la protection fonctionnelle pour le maire et son conseiller spécial, le conseil municipal à deux reprises en février puis en mars 2016 voté à nouveau la protection fonctionnelle pour deux conseillères municipales, Mme Bour et Mme Hamidi. Cette protection qui fait tant défaut aux blanc-mesnilois qu’ils soient salariés ou habitants.
Ont-ils peur, ou ont-ils des choses à se reprocher ? Les deux mon capitaine.

Rahma

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