Livre du samedi : Between the World and Me / Ta-Nehisi COATES

14 Mai

Colere Noire

Une colère noire : Lettre à mon fils

«  Ils ont fait de nous une race, nous avons fait de nous-mêmes un peuple  »

« Voilà ce qu’il faut que tu saches : en Amérique, la destruction du corps noir est une tradition – un héritage. Je ne voudrais pas que tu te couches dans un rêve. Je voudrais que tu sois un citoyen de ce monde beau et terrible à la fois, un citoyen conscient. J’ai décidé de ne rien te cacher. »

« La race naît du racisme, et non le contraire. La façon dont on nomme les gens n’a jamais été une affaire de généalogie ni de physiognomonie. Elle est plutôt une affaire de hiérarchie. Les différences de couleur de peau et de nature de cheveux remontent à la nuit des temps. En revanche, croire à la prééminence de la couleur de peau et de la nature de cheveux, penser que ces facteurs peuvent contribuer à l’organisation cohérente d’une société et reflètent des caractéristiques plus profondes, indélébiles: voila l’idée nouvelle qui fonde ce nouveau peuple, qui a été conduit à croire, contre tout évidence et de manière tragique, qu’il est blanc. »

«Tu sais à présent […] que les services de police de ton pays ont été dotés du pouvoir de détruire ton corps. Peu importe que cette destruction soit le résultat d’une réaction malencontreuse et excessive. Les auteurs de cette destruction auront rarement des comptes à rendre. Pour la plupart, ils percevront leur retraite.»

«l’Amérique blanche est une sorte de syndicat, déployé pour protéger son pouvoir exclusif de domination et de contrôle sur nos corps. Parfois ce pouvoir est direct (lynchage), parfois il est insidieux (discrimination)».

« Je ne craignais donc pas seulement la violence de ce monde mais aussi les règles conçues pour t’en protéger, les règles qui allaient imposer à ton corps des contorsions pour affronter le quartier, d’autres contorsions pour être pris au sérieux par tes collègues, et d’autres contorsions encore pour ne pas donner de prétexte à la violence ­policière.
Toute ma vie, j’avais entendu des gens dire à leurs filles et leurs­ garçons noirs d’être “deux fois meilleurs”, ce qui ­revient à dire “accepte d’avoir deux fois moins”.
Ces ­paroles étaient prononcées sur un ton de déférence religieuse, comme si elles recelaient quelque qualité ­tacite, quelque imperceptible courage, alors qu’en fait ­elles ne prouvaient qu’une chose? : on avait un fusil pointé sur le front et une main qui nous ­faisait les poches. C’est comme ça que nous perdons ­notre douceur. C’est comme ça qu’ils nous arrachent notre sourire. (…)
Il me semblait que le pillage redoublait d’intensité à cause de nos propres règles. Voilà ce qui me frappait : le trait commun caractéristique de tous ceux qu’on rangeait dans la ­catégorie de la race noire, c’était l’inévitable soustraction du temps, car ces instants passés à préparer notre masque – ou à nous préparer à devoir accepter deux fois moins – ne pouvaient jamais être rattrapés. L’unité de mesure de cette soustraction du temps, ce n’est pas la vie entière, mais ­l’instant. »

« C’est la nuit sans fin. Et cette nuit a occupé la plus grande part de notre histoire. N’oublie jamais que nous avons été esclaves dans ce pays plus longtemps que nous n’avons été libres. N’oublie jamais que pendant deux cent cinquante ans les personnes noires naissaient enchaînées – des générations entières, suivies par d’autres générations, n’ont rien connu d’autre que les chaînes. (…) Les esclaves n’ont pas été des pavés sur ta route, et leurs vies n’ont pas été des chapitres de ton histoire rédemptrice. C’étaient des gens, transformés en carburant pour alimenter la machine américaine. L’esclavage n’était pas destiné à s’arrêter, et il est immoral de prétendre que notre situation présente – peu importe à quel point elle s’est améliorée – représente une rédemption pour des individus qui n’ont jamais demandé la gloire posthume et inaccessible de mourir pour leurs enfants. (…) Tu dois faire la paix avec le chaos, mais tu ne peux pas mentir. Tu ne peux pas oublier tout ce qu’ils nous ont pris et la façon dont ils ont transfiguré nos corps pour en faire du sucre, du tabac, du coton et de l’or. »

 

4 Réponses to “Livre du samedi : Between the World and Me / Ta-Nehisi COATES”

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