La séance du dimanche: Le monde selon Monsanto

15 Mai

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Une enquête de 3 ans sur 3 continents. Rapports mensongers, collusion avec l’administration nord-américaine, pressions et tentatives de corruption. Dans les coulisses d’un empire industriel, premier semencier de la planète.

Implantée dans quarante-six pays, Monsanto est devenue le leader mondial des OGM, mais aussi l’une des entreprises les plus controversées de l’histoire industrielle. Depuis sa création en 1901, la firme a accumulé des procès en raison de la toxicité de ses produits, mais se présente aujourd’hui comme une entreprise des « sciences de la vie » convertie aux vertus du développement durable.

A partir de

documents inédits, de témoignages de victimes, de scientifiques et d’hommes politiques, Le monde selon Monsanto reconstitue la genèse d’un empire industriel qui a grand renfort de mensonges, de collusion avec l’administration américaine, de pressions et de tentatives de corruption est devenu le premier semencier du monde, permettant l’extension planétaire des cultures OGM sans aucun contrôle sérieux de leurs effets sur la nature et la santé humaine !

 

 

Critique de Bruno Lapeyssonnie (Alternatives Economiques n° 267 – mars 2008 )

La récente adoption par le Sénat du projet de loi (charcuté) sur les organismes génétiquement modifiés (OGM) ravive une fois de plus le débat sur les biotechnologies et leurs enjeux sanitaires, économiques, politiques et environnementaux. Un documentaire fleuve, Le monde selon Monsanto (1), diffusé par Arte le 11 mars et accompagné d’un livre éponyme (2), apporte des éléments à ce dossier déjà lourd avant la discussion prochaine à l’Assemblée nationale.

Au coeur du procès fait à l’expansion des cultures transgéniques dans le monde se trouve le rôle déterminant des multinationales du secteur de l’agroalimentaire, dont l’américaine Monsanto est à la fois le leader et le symbole. Après s’être attelée précédemment aux méfaits des biotechnologies dans les pays « pauvres » (3), la journaliste et réalisatrice Marie-Monique Robin mène cette fois-ci l’enquête sur les pratiques industrielles et commerciales de l’une des entreprises les plus controversées des dernières décennies.

L’histoire de l’industrie, chimique notamment, est émaillée d’une suite d' »incidents »: le déversement de mercure à Minamata au Japon, l’usage de gaz de toutes sortes, dont le fameux « agent orange » pendant les guerres, notamment au Vietnam, la catastrophe de Seveso en 1976, qui ont participé à une prise de conscience collective des risques majeurs que comporte le développement incontrôlé de technologies dangereuses en soi. Prise de conscience largement facilitée par la diffusion d’images fortes, comme celles des enfants malformés de Minamata.

Ce qui est nouveau dans cette histoire récente des OGM, c’est qu’elle concerne la nourriture, un élément symboliquement essentiel de la vie, et qu’elle se déroule dans un contexte de mondialisation de l’information, favorisée notamment par le développement d’Internet. Pour mener son enquête, Marie-Monique Robin a effectué ses recherches devant son écran d’ordinateur, comme tout un chacun peut le faire. Tous les éléments, y compris les plus confidentiels du dossier, y apparaissent clairement, cette mise en scène accentuant le caractère dénonciateur d’un complot mené à grande échelle face auquel l’internaute curieux est à la fois bien seul et très informé. On y apprend ainsi les multiples cas de collusion entre le pouvoir politique, principalement américain, et les intérêts de Monsanto, les techniques d’infiltration des instances publiques comme la FDA (Food and Drug Administration) par les hommes de main de la multinationale, le jeu des « portes tournantes » entre public (la FDA) et intérêts privés (Monsanto), les pressions exercées sur les scientifiques qui ont eu la mauvaise idée de contester les résultats des analyses officielles. Bref, toute la panoplie du complot ourdi par la pieuvre chimique est révélée par la Toile.

Le sérieux de la démarche se lit surtout dans les enquêtes sur le terrain à travers le monde. Des ravages de la contamination du maïs mexicain par le maïs américain, à ceux causés par le développement du coton BT (transgénique) en Inde ou les effets environnementaux du soja transgénique entré clandestinement au Paraguay, le documentaire approche de près la réalité de ces transformations profondes des structures de production, un peu comme ce fut le cas lors de la « première révolution verte », comme le note d’ailleurs une intervenante indienne.

Malgré tout, ce documentaire reste à sens unique. Sur le fond, il n’y a rien de très nouveau dans cette énième dénonciation des méfaits du développement des biotechnologies. Comme un autre documentaire, The Future or Food (4), Le monde selon Monsanto apparaît comme un procès à charge, une charge certes argumentée, mais qui renforcera surtout les convaincus dans leurs convictions. Il ne laisse jamais la parole à ceux, et il doit bien y en avoir, qui ont sur la question un avis plus mesuré. On touche ici la limite de ce genre de démarche…

Bruno Lapeyssonnie
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